L’homme qui passa quarante ans sur les routes du monde
Aujourd’hui, Paris-New Delhi, c’est neuf heures d’avion.
Au XVIIe siècle, partir de France pour l’Inde, c’est une autre histoire.
Il faut des mois. Traverser des montagnes, des déserts et des territoires en guerre. Dormir dans des caravansérails. Affronter les maladies, les brigands et des routes dont aucune application ne vous indique le chemin.
Et surtout accepter une possibilité très simple :
ne jamais revenir.
Jean-Baptiste Tavernier, lui, l’a fait encore et encore.
Un Parisien attiré par le monde
Jean-Baptiste Tavernier naît à Paris en 1605.
Très jeune, il développe une passion pour les voyages et le commerce.
Il parcourt d’abord l’Europe. Mais l’Europe ne lui suffit bientôt plus.
En 1632, il voyage en Perse.
En 1638, il atteint le royaume de Golconde, en Inde.
Puis il repart.
Entre 1643 et 1668, quatre nouvelles grandes expéditions le conduisent à travers l’Asie.
Tavernier passera ainsi une grande partie de son existence sur les routes reliant l’Europe à la Turquie, à la Perse et aux Indes.
Pas un touriste : un observateur
Tavernier ne voyage pas simplement pour voir du pays.
C’est un négociant.
Et un remarquable observateur.
Il étudie les routes commerciales, les monnaies, les poids et mesures, les coutumes et les produits échangés.
Ses voyages deviennent une formidable collecte d’informations sur un monde que les Européens connaissent encore très mal.
Il s’intéresse particulièrement aux pierres précieuses.
Tavernier va jusqu’aux régions productrices de diamants et devient l’un des plus grands spécialistes européens de leur commerce.
Parmi les pierres qu’il rapporte se trouve un diamant bleu exceptionnel qu’il vend à Louis XIV en 1668.
Cette pierre deviendra célèbre dans le monde entier.
Elle est aujourd’hui connue, après avoir été retaillée et être passée entre plusieurs mains, comme l’ancêtre du fameux Hope Diamond.
Six voyages, quarante ans d’aventure
Mais derrière les diamants et la réussite commerciale se cache une réalité beaucoup plus rude.
Voyager au XVIIe siècle n’a rien d’un séjour touristique.
Les déplacements s’effectuent à cheval, en bateau ou avec des caravanes.
Il n’existe évidemment ni téléphone, ni GPS, ni secours international.
Une épidémie peut fermer une route.
Une guerre peut transformer une frontière.
Des brigands peuvent attaquer une caravane.
Une maladie peut tuer un voyageur à des milliers de kilomètres de chez lui.
Tavernier accepte ces risques pendant des décennies.
Il traverse des empires, rencontre des souverains, des marchands et des populations dont les Européens ne connaissent parfois presque rien.
Et surtout, il regarde.
Il écoute.
Il note.
Transmettre ce qu’il a découvert
De retour en France, Tavernier transforme son expérience en livres.
En 1676 paraissent ses Six voyages de Jean-Baptiste Tavernier en Turquie, en Perse et aux Indes.
Ce n’est pas seulement un récit d’aventures.
Il décrit les religions, les gouvernements, les coutumes, le commerce, les monnaies et les routes des pays traversés.
Pour ses contemporains, c’est presque une fenêtre ouverte sur une partie inconnue du monde.
Ses ouvrages rencontrent un immense succès.
Tavernier est également anobli par Louis XIV et devient baron d’Aubonne.
La curiosité comme moteur
Jean-Baptiste Tavernier n’a commandé aucune armée.
Il n’a remporté aucune bataille.
Son courage est d’une autre nature.
Pendant près de quarante ans, il accepte l’incertitude parce qu’il veut voir, comprendre, entreprendre et découvrir.
Il démontre aussi quelque chose de profondément moderne : la connaissance du monde peut devenir une force.
Observer mieux que les autres.
Comprendre les cultures.
Apprendre les langues et les usages.
Savoir comment fonctionnent les échanges.
Puis transmettre ce que l’on a appris.
Quatre siècles plus tard, nous disposons de satellites, d’Internet et de cartes instantanées du monde entier.
Mais aucune technologie ne remplacera jamais complètement la qualité qui poussa Tavernier sur les routes :
la curiosité.
Et peut-être est-ce cela que son histoire peut encore apprendre à un jeune Français :
le monde paraît immense jusqu’au jour où quelqu’un décide d’aller le découvrir.

