Guerre des Mines : Le ministère des armées commande davantage de drones navals et affrète des navires civils pour les déployer
par Laurent Lagneau · 4 août 2026

Lancé en 2015 par la Direction générale de l’armement [DGA] au profit de la Marine nationale, le programme SLAM-F [pour Système de lutte antimine du futur] repose sur quatre nouvelles capacités, dont certaines ont pris du retard.
Le développement de la première, appelée MMCM [pour Maritime Mine Counter Measures], a été confiée à Thales dans le cadre d’une coopération avec le Royaume-Uni. Elle vise à déployer un robot téléopéré [ROV] et trois drones sous-marins [AUV] Exail A27 [ou A-18M] à partir d’un drone de surface qui, faisant en quelque sorte office de «bateau-mère», est aussi équipé d’un sonar d’évitement de mines [MOAS pour Mine and Obstacle Avoidance Sonar] ainsi que d’un sonar remorqué à immersion variable TSAM avec antenne à synthèse d’ouverture SAMDIS. Cet ensemble fonctionne avec le système de mission M-CUB et le logiciel MiMap, capable d’analyser en temps réel les données collectées grâce à l’intelligence artificielle.
Lors de sa dernière audition au Sénat en tant que chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], l’amiral Nicolas Vaujour avait assuré qu’il n’y avait pas de retard «pour ce qui est de notre capacité dronisée de guerre des mines». Et cela vaut sans doute aussi pour le Système d’exploitation des données de guerre des mines [SEDGM], autre pilier du SLAM-F.
En revanche, il va autrement pour le reste, à savoir les futurs Bâtiment de guerre des mines [BGDM], censés remplacer les chasseurs de mines tripartite de la classe Eridan et mettre en œuvre le MMCM, ainsi que pour les Bâtiments bases de plongeur démineurs de nouvelle génération [BBPD NG], la DGA ayant récemment dû relancer un appel d’offres à leur sujet.
Quoi qu’il en soit, ce 4 août, le ministère des Armées a fait savoir qu’il venait de lancer une «nouvelle étape majeure» du programme SLAM-F, avec l’acquisition d’une douzaine de drones de surface et sous-marins supplémentaires ainsi qu’avec l’affrètement de navires porteurs de drones «destinés à protéger les approches maritimes métropolitaines».
« Cette décision, prise dans le cadre de l’actualisation de la Loi de programmation militaire 2024-2030, illustre la volonté du ministère de préparer la Marine nationale aux défis technologiques et opérationnels de demain, tout en garantissant à la France une autonomie stratégique dans un domaine critique pour la sécurité maritime », a-t-il ajouté, avant de souligner que « l’actualité géopolitique nous rappelle la permanence de la menace des mines navales » et qu’il est donc nécessaire de « renforcer ses capacités de guerre des mines et d’intervention subaquatique » afin de « garantir la liberté de navigation, la liberté d’action des forces navales et la protection des intérêts de la France ».
Le ministère n’a pas précisé le modèle des drones navals en question. Cela étant, il est probable qu’il s’agisse de drones sous-marins A-18M équipés du sonar SAMDIS 600 de Thales. En 2024, il en avait commandé huit exemplaires auprès d’Exail et posé une option pour huit unités supplémentaires.
Quant aux navires civils devant être affrétés, ils permettront d’éviter une rupture capacitaire d’ici l’admission au service actif des futurs BGDM, ceux-ci devant être acquis dans le cadre d’une coopération avec la Belgique et les Pays-Bas, ces deux pays ayant fait le choix de se doter de chasseurs de mines de type rMCM [ou classe City], construits par Naval Group.
«En attendant d’avoir ces bâtiments de guerre des mines, comme les Belges et les Néerlandais, nous avons demandé, en capacité intérimaire, à disposer de supply ships pour projeter plus facilement nos systèmes. Nous y travaillons avec les industriels. L’idée serait de mettre sur des bateaux les conteneurs d’aérotransport que nous mettons dans les avions, et de les employer dans des environnements non contestés. Les bâtiments sont en retard, nous allons tout mettre en oeuvre pour maintenir le tempo des livraisons», avait d’ailleurs expliqué l’amiral Vaujour, en mai dernier.