HÉROS DU JOUR — 9 AOÛT

Joseph Vallot (1854-1925)

Le scientifique qui installa son laboratoire à 4 350 mètres

En 1880, Joseph Vallot atteint pour la première fois le sommet du mont Blanc.

Il aurait pu redescendre, raconter son exploit et en rester là.

Il décide au contraire d’y retourner pour travailler.

À une époque sans Gore-Tex, sans GPS, sans téléphone portable et sans secours héliportés, Vallot transforme la plus haute montagne des Alpes en laboratoire scientifique.

Naturaliste, botaniste, météorologue, géographe et alpiniste, il veut comprendre ce qui se passe là-haut : le froid, la pression atmosphérique, les glaciers, le fonctionnement du corps humain en altitude.

Pour cela, il faut monter.

Et remonter.

Joseph Vallot gravira le mont Blanc 34 fois.

En 1890, il fait quelque chose d’extraordinaire : il installe un premier observatoire scientifique presque au sommet du mont Blanc. Un nouvel observatoire sera ensuite construit à environ 4 350 mètres d’altitude.

Là-haut, la science n’est plus une affaire de bureaux.

Chaque expérience commence par une expédition. Chaque instrument doit être transporté dans la neige et le froid. Une erreur, une tempête ou une chute peuvent coûter la vie.

Vallot accepte ces risques pendant des décennies parce qu’il est convaincu d’une chose : pour comprendre le monde, il faut parfois aller là où personne ne veut aller.

Il devient ainsi l’un des pionniers de la recherche scientifique en haute altitude. Il travaille sur la météorologie et la glaciologie, mais aussi sur la photographie, la cartographie et les effets de l’altitude sur l’organisme humain.

Et il continue presque jusqu’au bout.

À 70 ans, il effectue encore une dernière ascension. Son observatoire lui survivra et la recherche scientifique se poursuit aujourd’hui encore sur le massif du Mont-Blanc.

Pourquoi parler de Joseph Vallot aux jeunes aujourd’hui ?

Parce que son aventure raconte quelque chose de très moderne.

Vallot n’attend pas qu’on lui dise que son projet est raisonnable.

Il veut comprendre : il expérimente.

Il rencontre un obstacle : il invente une solution.

Le terrain est dangereux : il se prépare et y va quand même.

Il transforme finalement une passion personnelle pour la montagne en quelque chose d’utile à tous.

À une époque où nous disposons dans notre poche de davantage d’informations que Vallot n’aurait pu en consulter pendant toute sa vie, son exemple pose une question assez simple :

qu’allons-nous faire de tous ces outils ?

Il y a encore des montagnes à gravir. Elles s’appellent intelligence artificielle, espace, énergie, médecine, climat ou océans.

Joseph Vallot nous rappelle que les grandes aventures scientifiques commencent souvent de la même manière :

par quelqu’un qui décide d’aller voir lui-même.

Le courage n’est pas seulement de combattre. C’est aussi d’aller chercher la connaissance là où elle devient dangereuse.

Sources historiques : Chamonix-Mont-Blanc et documents patrimoniaux consacrés à Joseph Vallot.