Le héros du jour – 10 août

Jean-François Pilâtre de Rozier (1754 – 1785)

Le premier homme qui osa vraiment voler

En 1783, l’homme ne vole pas.

Il navigue sur les océans, construit des cathédrales, maîtrise la poudre et commence à comprendre l’électricité. Mais le ciel reste inaccessible.

Jean-François Pilâtre de Rozier va contribuer à faire tomber cette frontière.

Né à Metz en 1754, passionné de sciences, de physique et de chimie, il appartient à cette génération d’expérimentateurs pour laquelle une découverte ne vaut vraiment que lorsqu’on ose la mettre à l’épreuve.

Lorsque les frères Montgolfier mettent au point leurs premiers ballons à air chaud, Pilâtre de Rozier comprend immédiatement ce qui est en train de se produire.

L’homme peut voler.

Mais encore faut-il que quelqu’un accepte de monter à bord.

Pilâtre sera cet homme.

Après plusieurs expériences avec des ballons retenus au sol, le grand jour arrive le 21 novembre 1783.

Avec le marquis François d’Arlandes, Pilâtre prend place à bord d’une montgolfière qui s’élève depuis le château de La Muette, à Paris.

Cette fois, aucune corde ne retient la machine.

Sous leurs pieds : Paris.

Sous la nacelle : un foyer qu’il faut constamment alimenter.

Autour d’eux : aucun moteur, aucun parachute, aucun système de navigation moderne.

Et devant eux : l’inconnu.

Pendant une vingtaine de minutes, les deux hommes traversent le ciel parisien avant d’atterrir à la Butte-aux-Cailles.

Pour la première fois dans l’Histoire, des êtres humains viennent d’effectuer un véritable vol libre.

L’humanité est entrée dans l’ère aérienne.

Pilâtre de Rozier pourrait alors profiter de sa célébrité.

Mais les pionniers sont rarement faits pour s’arrêter après une première victoire.

Il se lance bientôt un nouveau défi : traverser la Manche par les airs.

L’entreprise est extraordinairement dangereuse. Les technologies balbutient. Pilâtre expérimente un nouveau type d’aérostat combinant différents principes de sustentation.

Le 15 juin 1785, il décolle avec Pierre Romain.

Quelques minutes plus tard, leur appareil s’écrase près de Wimille, dans le Pas-de-Calais.

Les deux hommes sont tués.

Jean-François Pilâtre de Rozier avait 31 ans.

Son histoire rappelle une vérité que notre époque oublie parfois : derrière les technologies devenues banales se trouvent souvent des femmes et des hommes qui ont accepté de prendre des risques considérables pour ouvrir un chemin.

Aujourd’hui, nous traversons les continents en avion. Des hommes ont marché sur la Lune. Des sondes explorent les confins du système solaire.

Mais tout cela commence aussi par des hommes comme Pilâtre de Rozier, montant dans une nacelle suspendue sous une immense enveloppe de toile avec une idée presque déraisonnable :

voir si l’homme pouvait voler.

« Les frontières du possible reculent lorsque quelqu’un ose être le premier. »