Financer les entreprises de défense

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 16 avril 2026

Après un an de travaux, les conclusions du dialogue de place sur le financement de la base industrielle et technologique de défense (BITD) ont été rendues le 9 avril, à l’École militaire. L’ambition : démontrer que la défense n’est plus un secteur à part, mais un investissement économique structurant au cœur de la souveraineté, de l’innovation et de l’emploi. 

Catherine Vautrin, lors des conclusions du dialogue de place pour le financement de la BITD – © SGC Christian Hamilcaro / Défense / DICoD

« Notre première arme ne serait-elle pas l’usine ? » Ces mots, prononcés par Catherine Vautrin, la ministre des Armées et des Anciens combattants, résument l’importance du secteur industriel, bancaire et financier dans les politiques de défense. Un an après le lancement du dialogue de place pour le financement de la BITD par les ministres des Armées et de l’Économie, les conclusions dévoilent des avancées dans le domaine. « Vous avez répondu à cet appel, a poursuivi la ministre en s’adressant aux acteurs du secteur privé présents dans la salle. La situation internationale s’est durcie, mais nous avons montré notre capacité à nous mobiliser. »

Ces besoins de financement se comprennent à l’aune du contexte géopolitique actuel. « Nous avons de nouveaux besoins militaires, affirme l’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié transformation (SACT) de l’Otan. Nous voyons que nos adversaires ont construit un modèle de défense résilient, qui s’appuie sur des stocks importants, comme en Iran. La Russie produit dix fois plus d’obus qu’au début de la guerre (en 2022). Et malgré nos efforts, les Européens peinent à suivre cette montée en puissance. »

L’un des enjeux : financer les entreprises de la défense

Cela n’allait  pas de soi pour les acteurs financiers. Une incompatibilité de principe qui s’expliquait notamment par des règles ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) en vigueur entrainant des effets d’éviction du secteur défense. En 2025 elles ont été clarifiées au niveau national par les banques et à l’échelle européenne par la Commission européenne, notamment en retirant la notion d’armes controversées. Seules les armes interdites par les conventions internationales sont exclues, en toute cohérence des engagements internationaux de la France. « Elles classaient la défense tout simplement comme non fréquentable, explique Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Il faut investir dans des entreprises responsables, de long terme, qui nous aident à assurer la force de la France dans le monde. »

Ainsi un an après l’appel à la mobilisation, le financement de l’industrie de défense a profondément évolué.   A titre d’exemple, le financement des entreprises françaises de la défense par les grands groupes bancaires a progressé de 26 % en 2025, pour atteindre 46,6 milliards d’euros.

Une augmentation des budgets de la défense

Cette mobilisation des acteurs privés accompagnera l’augmentation des budgets de la défense prévue par la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 et son actualisation 2026. En effet le ministère des Armées et des Anciens combattants a présenté au Parlement un projet d’actualisation qui propose d’ajouter 36 Mds € au budget de la LPM d’ici 2030. Ce projet porte prioritairement sur les capacités pour lesquelles le besoin opérationnel est urgent comme les munitions, l’espace ou encore les drones et la défense aérienne élargie. L’augmentation de ces investissements va bénéficier à un large tissu industriel réparti sur l’ensemble du territoire français. 

Le dialogue de place a confirmé une prise de conscience collective face à l’impératif du réarmement et a permis de faire évoluer notre environnement culturel et réglementaire pour que le financement de la défense ne soit plus ostracisé, mais désormais identifié comme « une véritable opportunité pour les investisseurs », de la banque au particulier.