Orion 2026 : Le ministère des Armées se prépare à réquisitionner des moyens civils en cas d’engagement majeur

par Laurent Lagneau · 27 avril 2026

Le retour d’expérience [RETEX] de l’édition 2023 de l’exercice de préparation à la haute intensité Orion avait mis en lumière des lacunes dans le domaine de la logistique, faute de pouvoir engager suffisamment de camions dans la manœuvre. D’où l’idée de solliciter le secteur civil.

«La flotte de camions tactiques a éprouvé nos limites. Pendant la phase 3 […], nous avons voulu savoir ce qu’on pourrait mobiliser dans le civil en matière de transport», avait en effet expliqué le général Yves Métayer, alors chef de la division «Emploi des forces» à l’État-major des armées [EMA], lors d’une audition parlementaire sur le RETEX d’Orion 23, en juin 2023.

Seulement, cela s’avéra plus compliqué que prévu. «Des chefs d’entreprises de compagnies de transport nous ont dit que si, jusque dans les années 1990, ils devaient rendre régulièrement un état de leur flotte et de sa disponibilité au Commissariat général aux transports [COMIGETRA], qui le communiquait à la Défense, on ne leur demandait plus rien», avait rapporté le général Métayer. Aussi, en avait-il conclu, «il faut réactiver ces mécanismes afin de savoir de quoi disposer dans le tissu civil, dans quelles conditions et comment y faire appel».

Aussi, la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, promulguée en août de cette année-là, prévoit plusieurs mesures pour faciliter la réquisition de moyens civils par le ministère des Armées. L’une d’elles autorise le Premier ministre à ordonner le «recensement, parmi les personnes, les biens et les services susceptibles d’être requis, […] de ceux que chaque ministre peut, dans les limites de ses attributions, soumettre à tous les essais ou à tous les exercices qu’il juge indispensables».

Dans le détail, est-il précisé dans l’article L. 2211-1 de la LPM, de tels essais et exercices «sont organisés en tenant compte des nécessités de fonctionnement des entreprises concernées et de la continuité du service public». En outre, ils «ne peuvent excéder cinq jours par an» et «ouvrent droit à une indemnisation». Enfin, leur «programmation est portée à la connaissance des personnes concernées et, le cas échéant, de leur employeur au plus tard quinze jours avant leur exécution».

Le 10 avril, alors que l’exercice Orion 26 allait entrer dans sa quatrième et dernière phase, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a pris un arrêté visant à permettre au ministère des Armées de procéder à un «recensement de personnes, biens et services» susceptibles d’être réquisitionnés pour assurer le maintien en condition opérationnelle [MCO] des matériels terrestres et se trouvant dans le périmètre de la 13e Base de soutien du matériel de l’armée de Terre [BSMAT], c’est-à-dire à Moulins [Allier] et à Clermont-Ferrand [Puy-de-Dôme].

Le coup d’envoi de ce recensement a été donné ce 27 avril. C’est en effet ce que vient d’annoncer le ministère des Armées, en précisant qu’il s’agit d’un «premier exercice de réquisition pour renforcer la préparation de la Nation à l’hypothèse d’un engagement majeur».

Organisé par la Direction générale de l’armement [DGA], en lien avec l’armée de Terre, cet exercice vise à tester, pendant quatre jours, la «mise en action temporaire des personnes physiques, des entreprises, des biens et de services issus du tissu économique local» afin d’appuyer la montée en puissance de la 13e BSMAT dans le cadre d’un possible «scénario de projection d’une division sur un théâtre d’engagement majeur».

Selon le ministère, un autre enjeu de cet «exercice de réquisition» est de vérifier si les «outils prévus par le code de la défense sont opérationnels».
«Dans la haute intensité, la capacité à durer repose autant sur le front que sur l’arrière. L’usine doit être notre première arme : la préparation de l’industrie de défense conditionne notre capacité à produire, réparer, régénérer et soutenir nos forces armées dans la durée», a fait valoir Catherine Vautrin, la ministre des Armées.

Aussi, «ce premier exercice de réquisition s’inscrit dans cette logique» et il «participe de la construction d’une DGA de combat, capable d’appuyer la montée en puissance de l’industrie de défense et de coordonner, le moment venu, les ressources nécessaires à l’effort industriel de défense», a-t-elle ajouté.

L’arrêté du 10 avril précise que ce recensement concernera toute personne physique ayant des compétences utiles en «peinture industrielle et mécanique automobile dans le domaine de la réparation et de la maintenance de matériels roulants» ainsi qu’en «magasinage, manutention et préparation de commande en entrepôt». De même que les «personnes morales» spécialistes du «transport routier de fret et de la maintenance de chariots élevateurs».