Les députés demandent une étude de faisabilité pour doter la «France Libre» de catapultes électromagnétiques françaises
par Laurent Lagneau · 25 avril 202

En marge du salon Sea Air Space 2026, peu avant de quitter – brusquement – son poste de secrétaire à l’US Navy, John Phelan a déclaré que ses services étaient en train de finaliser une étude comparative entre les porte-avions de la classe Nimitz et ceux de la classe Ford, l’objectif étant de savoir si les seconds sont «réellement supérieurs» aux premiers.
«Concernant les porte-avions, nous étudions les CVN-82 [USS William J. Clinton] et CVN-83 [USS George W. Bush] afin d’en examiner les coûts, la conception et les systèmes. Il s’agit de nous assurer de leur pertinence et de leur conformité aux exigences que nous souhaitons pour l’avenir», a expliqué M. Phelan. «Compte tenu de leur coût, en pourcentage du budget, et de notre vision de l’organisation de nos forces et de nos besoins futurs, je pense que c’est une démarche prudente et pragmatique», a-t-il ajouté.
L’US Navy n’a toujours pas commandé le CVN-82 et le CVN-83. La construction du CVN-79 [USS John F. Kennedy], qui doit cependant lui être remis en 2027, du CVN-80 [USS Enterprise] et du CVN-81 [USS Doris Miller] a pris du retard. D’où sa décision récente de prolonger l’USS Nimitz pour au moins un an de plus.
Quoi qu’il en soit, l’étude en cours pourrait inciter l’US Navy à apporter des modifications aux futurs porte-avions de la classe Ford, comme cela a été le cas avec le CVN-79, sur lequel a été intégré un radar AN/SPY-6(V)3, le radar bi-bande [DBR] de l’USS Gerald R. Ford, actuellement déployé au Moyen-Orient, n’ayant pas donné satisfaction.
«Nous mesurons et surveillons beaucoup de choses dans la Marine, y compris les cellules des aéronefs et leur fonctionnement. Il s’agit simplement de bien comprendre la situation. Par exemple, le taux de sorties est-il réellement supérieur ? Et quelles sont les implications financières de cette catapulte électrique ? A-t-elle réellement engendré les économies escomptées ? […] Vous savez, la Marine aimerait pouvoir dire que nous avons économisé 5 milliards de dollars en termes d’effectifs et de maintenance. Je dois simplement vérifier ces chiffres», a expliqué M. Phelan.
Justement, la catapulte électromagnétique [EMALS], fournie par General Atomics, est l’une des innovations majeures de la classe Ford. Récemment critiquée par le président Trump [qui préfère celle à vapeur] en raison des difficultés qu’il a fallu surmonter pour la rendre opérationnelle, elle permet d’augmenter significativement le taux de sorties aériennes tout en ménageant les structures des aéronefs lancés.
C’est d’ailleurs pour cette raison que la «France Libre», le futur porte-avions de la Marine nationale, disposera de trois EMALS. Un contrat a déjà été notifié à General Atomics en ce sens. En outre, l’industriel américain a évoqué la possibilité qu’elles soient produites en partie en France.
Seulement, même si celles de l’USS Gerald R. Ford ont tenu toutes leurs promesses [«Je pense que le taux de sorties sera stupéfiant. Leurs capacités sont tout simplement incroyables», a commenté l’amiral Ben Reynolds, le secrétaire adjoint de l’US Navy chargé du budget], les critiques portées contre l’EMALS outre-Atlantique ont conduit les autorités françaises à évoquer un «plan B» pour la «France Libre».
Cette approche est aussi dictée par les doutes sur les intentions américaines… Cela étant, par le passé, les relations entre la France et les États-Unis, alliés depuis plus de 200 ans, ont parfois pu être orageuses [que l’on songe à la question irakienne en 2003 ou à l’affaire AUKUS]. Pour autant, la coopération militaire entre les deux pays n’a jamais été remise en cause. Pour rappel, les catapultes à vapeur du porte-avions Charles de Gaulle sont… américaines.
Quoi qu’il en soit, l’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 n’évoque pas de «plan B» pour les catapultes électromagnétiques de la «France Libre». Ce que les députés de la commission de la Défense ont «corrigé» via un amendement défendu par Yannick Chenevard et Jean-Louis Thiériot, les deux rapporteurs de ce projet de loi.
«En vue de la réalisation du porte-avions la France libre, une étude de faisabilité, portant sur les modalités de développement d’un système de catapultes électromagnétiques souverain est conduite», précise en effet ce texte.
Dans l’exposé des motifs, MM. Chenevard et Thiériot ont expliqué que cette technologie est nécessaire à cause de l’évolution «considérable» de la masse des futurs aéronefs.
«L’armement embarqué sous ces appareils et leur capacité d’emport en kérosène impliquent également des masses extrêmement importantes. L’avantage des catapultes électromagnétiques réside également dans leur capacité à effectuer des lancements répétés sans interruption, contrairement aux systèmes à vapeur. La capacité de décollage des aéronefs plus graduelle qu’avec un catapultage à vapeur limitera les dommages causés dans le temps aux avions et aux futurs UCAV», ont-il fait valoir.
Aussi, les études demandées devront «déterminer les opportunités et le coût d’un développement d’une technologie de catapultes électromagnétiques souveraines». Reste à voir si l’industrie française sera en mesure de répondre à cette sollicitation…
Quoi qu’il en soit, cela pose, en creux, la question d’un second porte-avions.
En effet, l’amendement de MM. Chenevard et Thiériot fait référence à l’étude de coûts qui, prévues par la LPM 2024-30 initiale, vise à permettre au «gouvernement de présenter au Parlement, en 2028, une estimation des crédits nécessaires à la conception, à la réalisation, à l’activité et à l’entretien d’un second porte-avions de nouvelle génération».
Lors de l’examen du projet de loi de finances 2026, M. Chenevard, en qualité de rapporteur du programme 178 «Préparation et emploi des forces – Marine», avait expliqué que le développement de catapultes électromagnétiques françaises serait facilité par la construction d’un second porte-avions.
«Je tiens à rappeler qu’au moment du lancement du Charles de Gaulle, un sister-ship était prévu. Nous aurions dû, quelques années après le désarmement du Foch, disposer d’un second porte-avions à propulsion nucléaire. Ça n’a pas été le cas. Je soutiens aujourd’hui la nécessité d’un second porte-avions pour assurer la permanence de l’alerte. Si ce choix devait être fait, il serait alors peut-être rentable d’investir nous-mêmes dans des catapultes [électro]magnétiques et les brins d’arrêt associés», avait-il soutenu.