Guerre électromagnétique : « Priver l’adversaire de ses capacités »

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 17 avril 2026

La guerre des ondes est une des priorités du projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire, qui lui consacre plus de 400 millions. Elle s’impose comme un facteur de supériorité opérationnelle, dont les enjeux sont exposés par le lieutenant-colonel Elie, du Commandement de la cyberdéfense et le lieutenant-colonel Jonathan, du Centre d’expertise aérienne militaire. 

Lieutenant-colonel Jonathan du CEAM et lieutenant-colonel Elie du COMCYBER – © SCH Christian Hamilcaro / Défense / DICoD

Dans un environnement interconnecté, toutes les opérations se déroulent dans un champ électromagnétique. De « [sa] maîtrise dépend la liberté d’action des forces », soutient le lieutenant-colonel Jonathan, officier directeur guerre électromagnétique au Centre d’expertise aérienne militaire, lors du point presse du ministère des Armées et des Anciens combattants le 16 avril dernier. Mais qu’est-ce que la guerre dans le champ électronique (GCEM) ? Le lieutenant-colonel Jonathan la définit comme « la capacité à voir sans être vu, à communiquer sans être entendu, tout en privant l’adversaire de ses capacités ». Le lieutenant-colonel Elie, chef du bureau emploi au sein du Commandement de la cyberdéfense, précise : « le spectre électromagnétique concerne l’ensemble des fréquences utilisées pour déployer nos équipements. Quels que soient les moyens de communication utilisés sur le champ de bataille, des radars aux drones, la guerre électromagnétique permet de protéger nos troupes, de surveiller et attaquer l’adversaire. » La GCEM connait une accélération avec la multiplication des moyens rayonnants (antennes radio ou satellitaires) depuis 20 ans.

Lieutenant-colonel ElieChef du bureau emploi au sein du Commandement de la cyberdéfense16 avril 2026

Renforcer nos défenses et pénétrer celles de l’adversaire

Pour cela, les armées françaises continuent de se structurer pour permettre au commandant en opération de détecter et perturber l’ennemi grâce à des attaques cyber, du brouillage et du leurrage. Lors de l’exercice Orion 26, des unités de l’armée de Terre à l’instar du 54e régiment de transmission, ont mené des expérimentations de brouillage, de surveillance et d’offensives cyberélectroniques, combinant ces effets avec du brouillage spatial. « Cette expérimentation nous permet de finaliser en ce moment même un retour d’expérience afin de poser des bases solides pour le modèle de GCEM que nous souhaitons », explique le lieutenant-colonel Elie. 

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) n’est pas en reste, d’autant plus que « la puissance aérospatiale fait un usage intensif du spectre électromagnétique », souligne le lieutenant-colonel Jonathan. Cette puissance vise à produire des effets dans le champ électromagnétique pour renforcer nos défenses, mais aussi pour pénétrer celles de l’adversaire. Depuis trois ans, l’AAE organise l’exercice Black Crow, dont l’objectif est de reproduire l’ensemble des situations auxquelles les forces pourraient être confrontées, des menaces sol-air aux menaces spatiales. Un entraînement auquel le Polygone de guerre électronique (un centre d’entraînement à la guerre électronique conjoint entre la France, l’Allemagne et les États-Unis) prend part. L’édition 2026, en septembre prochain, accueillera une délégation britannique. Une première dans un environnement électromagnétique toujours plus contesté.