Après des attaques de drones ukrainiens, Moscou menace les pays baltes et la Finlande en invoquant la «légitime défense»

par Laurent Lagneau · 17 avril 2026

Lors de son audition à l’Assemblée nationale pour présenter le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, le chef d’état-major des armées [CEMA], le général Fabien Mandon, a une nouvelle fois prévenu. «La permanence d’une menace russe sur notre continent, avec une guerre ouverte […] reste ma préoccupation première en termes de préparation des armées», a-t-il dit.

«Chaque pays garde la liberté d’évoluer», a continué le CEMA. Mais selon les projections qu’il a partagées avec les députés, la Russie devrait compter 1,9 million de combattants en 2030 contre 1,3 million actuellement. Son industrie de l’armement tournant à plein régime, il est attendu qu’elle fasse passer le nombre de ses chars de 4 000 à 7 000 et qu’elle porte le format de son aviation de combat de 1 200 à 1500 appareils. Enfin, sa flotte de guerre compterait toujours entre 230 et 240 navires. Et c’est sans compter sa production de drones d’attaque et de munitions complexes [missiles de croisière et missiles balistiques].

«C’est quelque chose qui n’est absolument pas dogmatique, c’est quelque chose de renseigné», a insisté le général Mandon, qui avait précédemment dit craindre un choc avec la Russie d’ici trois ou quatre ans. «Nous sommes dans une période de danger. Il ne faut pas susciter de l’inquiétude, mais juste de l’éveil», a-t-il ajouté, pour justifier l’effort budgétaire [36 milliards de plus] prévu par l’actualisation de la LPM 2024-30.

Cela étant, ce «choc» avec la Russie pourrait-il avoir lieu avant cette échéance de trois ou quatre ans évoquée par le CEMA ? Cette hypothèse n’est pas impossible étant donné que l’effort d’armement entrepris par plusieurs membres de l’Otan, à commencer par les pays baltes, est encore loin d’être achevé et que l’opération lancée par les États-Unis contre le régime iranien vide les stocks de munitions des forces américaines.

Même si le Pentagone a pris des mesures pour les reconstituer [quitte, a priori, à retarder certaines livraisons à l’exportation], la question est de savoir si Washington sera en mesure de répondre à une éventuelle activation de la clause de défense collective de l’Alliance atlantique, que ce soit pour des raisons politiques ou à cause d’une dégradation de la situation dans la zone indopacifique où, par exemple, la Chine et les Philippines sont à couteaux tirés.

Quoi qu’il en soit, depuis quelques jours, la Russie durcit le ton à l’égard des pays baltes et de la Finlande.

Le 6 avril, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a dit avoir adressé un «avertissement approprié» à la Lituanie, l’Estonie et la Lituanie après les avoir accusées de permettre aux drones d’attaque ukrainiens de survoler leur territoire avant d’aller frapper des infrastructures critiques en Russie. «Si les régimes de ces pays ont assez de bon sens, ils écouteront. Sinon, ils devront faire face à une réponse», a-t-elle asséné. Et cela alors que les forces ukrainiennes venaient d’enchaîner plusieurs frappes contre les infrastructures pétrolières de la région de Leningrad, notamment celles d’Oust-Louga et de Primorsk, essentielles pour les exportations russes transitant par la mer Baltique.

Les pays baltes ont rejeté les accusations russes, tout en admettant que des drones ukrainiens aient pu pénétrer par erreur dans leur espace aérien, comme cela est arrivé en Estonie, en Lettonie et même en Finlande, lors d’attaques massives. Et cela en raison, probablement, du brouillage électronique russe.

Cela étant, dix jours plus tard, le secrétaire du Conseil de sécurité de la fédération de Russie, Sergueï Choïgou, par ailleurs ancien ministre de la Défense, a haussé le ton non seulement à l’endroit des pays baltes mais aussi à celui de la Finlande.

«Ces derniers temps, les frappes de drones ukrainiens contre la Russie, via la Finlande et les pays baltes, se sont multipliées. Il en résulte […] des dégâts importants aux infrastructures civiles», a-t-il d’abord fait valoir, via un communiqué de presse. Et «cela peut se produire dans deux cas : soit les systèmes de défense aérienne occidentaux sont extrêmement inefficaces, soit ces États cèdent délibérément leur espace aérien, devenant ainsi complices d’une agression contre la Russie», a-t-il poursuivi.

Aussi, a prévenu M. Choïgou, «dans ce dernier cas, l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui stipule le droit inhérent des États à la légitime défense en cas d’attaque armée, entre en vigueur, en vertu du droit international». En un mot, Moscou menace ces quatre pays d’une riposte militaire.

Cela étant, comme l’a souligné le général Ivan Martin, qui commande la cellule Anticipation, Stratégie, Orientation de l’État-major des armées après avoir été attaché militaire en Russie et en Ukraine, les pays de la Baltique sont déjà confrontés à des actions relevant de la «guerre hybride».

«Si on observe ce qui s’est passé dans les pays baltes – les attaques cyber, les événements dans le domaine informationnel, mais aussi les violations de l’espace aérien -, on comprend bien qu’y compris et en premier lieu sous le seuil strict de l’affrontement armé, des choses se produisent déjà dans cette région», a-t-il en effet confié à RFI, le mois dernier.