SCAF : Airbus serait prêt à développer son propre avion de combat de nouvelle génération
par Laurent Lagneau · 13 février 2026
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Les négociations actuellement en cours pour débloquer le projet de Système de combat aérien du futur [SC AF] ne sont pas exemptes de manœuvres informationnelles. Un exemple ? S’agissant de l’avion de combat de nouvelle génération [NGF] sur lequel doit reposer ce « système de systèmes », et bien que démentie à plusieurs reprises, l’affirmation selon laquelle Dassault Aviation, réclamerait 80 % du travail continue d’être relayée par une partie de la presse d’outre-Rhin. En réalité, l’industriel français demande seulement que sa voix compte plus que celles des filiales allemande et espagnole d’Airbus réunies [soit 51 %] afin de tenir son rôle de maître d’œuvre.
Et puis, au-delà des échanges « musclés » entre les industriels impliqués, il y a des bruits qui courent, sans que l’on sache vraiment s’ils sont fondés ou non.
Ainsi, depuis maintenant plusieurs mois, il est dit que l’Allemagne envisagerait de se passer de la France pour mener ce projet, dont le NGF n’est qu’une partie puisque celui-ci doit évoluer au sein d’un « cloud de combat », aux côtés de différents types de drones. Ou qu’elle pourrait rejoindre le Global Combat Air Programme [GCAP], une initiative concurrente lancée par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Faut-il y voir une manœuvre pour faire pression sur Paris ?
En attendant, comme l’a récemment assuré, côté français, le Délégué général de l’armement [DGA], Patrick Pailloux, les discussions se poursuivent. Mais la solution qui semble peu à peu s’imposer consisterait à développer deux avions de combat de nouvelle génération pour un même système. Lors d’une audition au Sénat, en novembre, le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, a évoqué une telle issue.
Pour le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Jérôme Bellanger, il importe surtout de développer le « cloud de combat » afin de garantir l’interopérabilité entre les forces aériennes françaises, allemandes et espagnoles, le NGF étant secondaire. Le commandant de la Luftwaffe, le général Holger Neumann, est sur la même ligne.
Cette semaine, l’Association allemande des industries aérospatiales [BDLI] et le puissant syndicat IG Metall ont plaidé en faveur d’une « solution à deux avions dans le cadre du Système européen de combat aérien du futur » car elle permettrait « d’instaurer un cadre clair, d’offrir de meilleures perspectives d’avenir et d’éliminer non seulement les désaccords actuels mais aussi les incertitudes liées à la planification ».
Plus tard, lors d’un entretien accordé à la chaîne de télévision publique ZDF, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a estimé que, si le SCAF prenait fin, ce « ne serait pas la fin du monde » et que « l’amitié franco-allemande continuerait d’exister ». En outre, il a réfuté l’idée selon laquelle l’abandon de ce projet « compromettrait l’architecture globale de la défense européenne », avant de souligner qu’il y avait « d’autres solutions pour développer des capacités aériennes avancées ».
Le même argument a été repris par une source industrielle allemande, citée par l’AFP, ce 13 février. « Ce ne serait pas la fin du monde, si on arrivait à la conclusion qu’il fallait construire deux avions. Cela rendrait le système SCAF plus résilient », a-t-elle affirmé, estimant qu’il fallait garder « ce qui marche » dans la collaboration franco-allemande, notamment dans le domaine des moteurs. En tout cas, a-t-elle assuré, « Airbus est prêt à développer de manière autonome son propre avion de combat ». Enfin, elle a écarté l’hypothèse d’une participation allemande au GCAP. « Arriver tard n’est jamais bon », a-t-elle dit.
En réalité, Airbus a le projet de développer un avion de combat de nouvelle génération depuis juin 2016. Il s’agissait de répondre à l’intention du ministère allemand de la Défense de lancer le programme « Next Generation Weapon System » en partenariat avec d’autres pays européens afin de remplacer les chasseurs-bombardiers Tornado.
De son côté, Dassault Aviation, par la voix de son PDG, Éric Trappier, a constamment fait valoir qu’il pouvait développer un nouvel avion de combat sans aide extérieure, si ce n’est celle de ses sous-traitants habituels, dont Thales et Safran.
Cependant, la solution à deux avions a été rejetée par le président Macron. Le SCAF est un « bon projet et je n’ai eu aucune expression allemande pour me dire que ce n’est pas un bon projet. Quand les industriels essaient de faire de la dyssynergie, c’est une chose, mais ce n’est pas à nous de la cautionner », a-t-il dit, dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens, dont Le Monde.
« Pour ma part, je considère que les choses doivent avancer. Et de la même manière sur le char de combat, d’ailleurs. Parce que vous imaginez, si d’aventure, le partenaire allemand remettait en cause l’avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun », a-t-il ajouté [au passage, le projet de Système principal de combat terrestre, qui ne repose pas seulement sur un char, se fait bien discret…]. Et de conclure : « Ce que je vis là, sur le SCAF, je l’ai vécu sur Ariane-6. [Sur ce dossier,] j’entendais, toutes les semaines, les Allemands ne vont pas mettre l’argent, c’est fini, catastrophe. On l’a fait. »