Article de Adélaïde Motte
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SCAF : la tentation allemande d’un chasseur national fragilise l’architecture militaire européenne
Article de Adélaïde Motte
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SCAF : la tentation allemande d’un chasseur national fragilise l’architecture militaire européenne | Armees.com© Armees.com
Au début du mois de février 2026, le SCAF apparaît plus que jamais comme un programme sous tension. Alors que le projet devait structurer la supériorité aérienne européenne de long terme, plusieurs acteurs militaires et industriels allemands plaident désormais pour un chasseur national, remettant en cause l’architecture commune imaginée avec la France.
Le SCAF, un système de combat aérien pensé pour la supériorité militaire
Le SCAF ne se limite pas à un simple avion de combat. Il repose sur une logique de système, combinant un chasseur de nouvelle génération, des effecteurs déportés et un réseau de combat numérique. Pour les forces armées françaises, ce modèle vise à maintenir la supériorité aérienne face à des adversaires dotés de capacités anti-accès avancées, tout en garantissant l’autonomie stratégique nationale.
Dans cette logique, le rôle central confié à Dassault Aviation répond à une exigence militaire précise. Le constructeur français est aujourd’hui le seul en Europe à disposer d’une expérience complète, récente et souveraine dans la conception d’un avion de combat pleinement opérationnel. Cette continuité industrielle est considérée à Paris comme indispensable pour garantir la crédibilité opérationnelle du SCAF.
Côté allemand, la perception est sensiblement différente. La Luftwaffe privilégie une approche plus intégrée aux standards de l’OTAN, marquée par l’interopérabilité avec les forces américaines. Cette orientation se reflète dans l’acquisition du F-35, choix qui pèse lourdement sur la vision allemande du SCAF et nourrit le scepticisme quant à son adéquation aux besoins opérationnels immédiats.
Les critiques allemandes du SCAF à l’aune des besoins militaires
Les réserves exprimées en Allemagne à propos du SCAF dépassent désormais le cadre industriel. Elles touchent directement à la conception du combat aérien futur. Pour une partie des responsables allemands, le programme ne garantirait pas une maîtrise suffisante des technologies clés, notamment en matière de commandement du système et de partage des données tactiques.
Les syndicats de l’industrie de défense allemande soulignent que le SCAF devait initialement reposer sur un équilibre strict entre partenaires militaires. Or, selon eux, la prééminence française dans la conception du chasseur remettrait en cause cette logique, créant un déséquilibre perçu comme incompatible avec une souveraineté opérationnelle allemande.
Dans un contexte de réarmement rapide et de multiplication des théâtres de tension, l’Allemagne cherche à garantir une capacité de décision autonome. Pour certains cercles militaires, développer un chasseur national ou rejoindre un programme alternatif permettrait de sécuriser une chaîne de commandement plus conforme à leurs doctrines d’emploi, quitte à fragiliser le SCAF.
Un éclatement du SCAF aux conséquences stratégiques majeures
L’hypothèse d’un retrait allemand du SCAF poseun problème stratégique majeur pour la défense européenne. Le programme devait servir de socle à une convergence doctrinale entre forces aériennes européennes. Un éclatement du projet entraînerait mécaniquement une fragmentation des capacités, des standards et des chaînes logistiques.
Sur le plan militaire, deux chasseurs concurrents en Europe réduiraient les effets de masse recherchés face aux grandes puissances aériennes. Cette duplication affaiblirait la crédibilité d’une réponse européenne coordonnée, tout en augmentant les coûts de maintien en condition opérationnelle pour chaque nation engagée.
Pour la France, un SCAF sans l’Allemagne resterait militairement cohérent, mais politiquement affaibli. Pour l’Allemagne, un chasseur national renforcerait l’autonomie perçue, mais au prix d’une perte d’intégration stratégique européenne. Dans les deux cas, la crise actuelle du SCAF révèle moins un désaccord ponctuel qu’une divergence profonde de visions militaires entre Paris et Berlin.
Un autre effet direct d’une sortie allemande du SCAF concernerait la crédibilité européenne dans les opérations aériennes de haute intensité. Le programme devait permettre une planification commune des doctrines d’emploi, de la pénétration en environnement contesté jusqu’à la gestion du combat collaboratif. Sans SCAF partagé, les forces aériennes européennes risqueraient de diverger durablement sur les concepts d’emploi, compliquant l’intégration opérationnelle lors d’engagements multinationaux, pourtant devenus la norme sur le flanc est de l’OTAN comme dans les opérations de projection.