Une unité de l’armée algérienne va s’installer dans l’ancienne base française de Madama, au Niger
par Laurent Lagneau · 26 octobre 2026

Solidaire du Mali et du Burkina Faso dans la Confédération des États du Sahel, le Niger s’était fâché avec l’Algérie après qu’un drone malien fut abattu par l’armée algérienne en avril 2025. Mais cette brouille ne dura que quelques mois, les deux pays s’étant finalement réconciliés en février dernier, d’ailleurs au grand dam de Bamako. Mais d’autres intérêts, en particulier énergétiques, ont pris le pas sur le reste. Ainsi, le projet de gazoduc transsaharien [TSGP pour Trans Saharan Gas Pipeline], censé permettre d’acheminer du gaz exploité au Nigéria vers l’Algérie, fut relancé.
En août, alors qu’Alger venait de donner quatre hélicoptères aux forces nigériennes [deux Mi-24V et deux Mi-171, tous de conception russe], le groupe public algérien Sonatrach lança le forage d’un nouveau puits de pétrole près de la localité de Kafra, dans le nord du Niger.
Puis, peu après une «mutinerie» de militaires nigériens, réprimée par les forces loyales à la junte au pouvoir depuis juillet 2023 ainsi que par le groupe paramilitaire russe «Africa Corps», le gouvernement algérien envoya quatre chasseurs Su-30 – armés de missiles air-air – et un avion ravitailleur Iliouchine Il-78 à Niamey. Et cela, à la demande des autorités nigériennes.
«Cette opération vient réaffirmer, une nouvelle fois, l’engagement constant de l’Algérie et sa détermination à poursuivre ses efforts en faveur du renforcement de la sécurité et de la stabilité dans la région, tout en réitérant son soutien indéfectible à l’État du Niger, gouvernement et peuple, pour surmonter cette épreuve sensible» avait alors commenté le ministère algérien de la Défense.
Cette intervention était inédite car, depuis la guerre du Kippour, au cours de laquelle elle avait fourni un appui militaire et financier au Caire, l’Armée nationale populaire [ANP] n’était plus autorisée à mener des opérations au-delà de ses frontières, au nom d’une politique de non-ingérence, laquelle a été assouplie après une révision constitutionnelle en 2020.
Quoi qu’il en soit, ayant rompu avec la France et les États-Unis sur le plan militaire, confronté à une menace jihadiste qu’il n’est pas en mesure d’endiguer, le Niger a conclu un accord de défense avec l’Algérie le 21 octobre. Et celui-ci, dont le contenu n’a pas été dévoilé, ne tardera pas à se concrétiser.
En effet, quatre jours plus tard, le Parlement algérien a autorisé l’envoi, à la demande de Niamey, de troupes dans le nord du Niger. Ce déploiement «s’inscrit dans la nécessité de protéger les intérêts vitaux du pays, compte tenu de l’élargissement du champ des menaces transfrontalières, de la multiplication des conflits dans la région du Sahel ainsi que de la propagation du terrorisme, de la criminalité organisée, de la contrebande d’armes et du trafic de drogue», a fait valoir le FLN, le parti au pouvoir, dans un communiqué.
D’après des informations obtenues par Jeune Afrique, le détachement militaire algérien devrait prendre ses quartiers à Madama, où les forces françaises de l’opération Barkhane avaient établi une base opérationnelle avancée, située à une centaine de kilomètres de la frontière avec la Libye. De son côté, le portail d’informations Algérie 360 précise que sa mission consistera essentiellement à «protéger des infrastructures énergétiques et non à engager le combat».
Début octobre, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, avait prévenu. «Nous protégerons le Niger quoi qu’il arrive. S’il fait l’objet d’un complot, nous sommes à ses côtés, dans la même tranchée, avec les actes, pas avec des paroles », a-t-il en effet déclaré, face à la presse.