L’armée de Terre pourrait créer au moins dix régiments ou bataillons supplémentaires après 2030
par Laurent Lagneau · 25 octobre 2026

L’ambition de l’armée de Terre est de disposer d’un corps d’armée pleinement opérationnel d’ici 2030 et donc d’être en mesure de planifier et de conduire les opérations de plusieurs divisions d’une force terrestre multinationale dans le cadre de l’Otan.
«Dans un conflit de haute intensité, les opérations sont nécessairement menées en coalition. Encore faut-il être capable de transformer cette coalition en une force de combat cohérente et efficace. C’est précisément l’une des fonctions du corps d’armée», explique le Pôle rayonnement de l’armée de Terre [PRAT].
D’où le plan stratégique «Armée de Terre de combat», mis en œuvre à partir de 2023. Celui-ci s’est traduit, entre autres, par la création de brigades spécialisées et de commandements dits «Alpha». Mais cette réorganisation s’est faite sans révision à la hausse du format de l’armée de Terre.
Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, son chef d’état-major [CEMAT], le général Jacques de Montgros, a expliqué que l’on ne pouvait «pas être nation cadre […] sans avoir d’éléments organiques de corps d’armée qui soient robustes».
Et d’ajouter: «On pense souvent à la guerre électronique, à la défense sol-air, aux feux dans la profondeur. Mais je pense aussi beaucoup à la logistique, qui est dans un état assez faible et qui est toujours ce à quoi on pense en dernier mais qui est juste primordial au sens premier du terme si on veut pouvoir se projeter et, surtout, durer».
Quoi qu’il en soit, ayant mis l’accent sur la «cohérence», la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 actualisée a fait l’impasse sur le format des armées, ce sujet devant être abordé dans un prochain Livre blanc sur la Défense et la sécurité [LBDSN].
Cela étant, même si les effectifs de l’armée de Terre n’augmenteront pas d’ici-là, le général Montgros a indiqué que de nouvelles unités allaient être créées en 2027. Ainsi, le 1er Régiment d’Artillerie [RA] comptera une nouvelle batterie dotée de munitions téléopérées tandis que le 54e RA disposera d’une section dédiée à la lutte antidrone [LAD]. Le 17e RA va prendre de l’épaisseur avec une batterie sol-air très courte portée et une section LAD. Enfin, une compagnie de guerre électronique supplémentaire verra le jour au sein du 54e Régiment de Transmissions.
Ce n’est qu’un début. Dans son avis budgétaire sur le programme 178 «Préparation et emploi des forces – Forces terrestres», la députée Anna Pic avance que l’armée de Terre «pourrait disposer de dix régiments ou bataillons supplémentaires dédiés aux éléments organiques de corps d’armée» dans le cadre d’une prochaine LPM dite de «format».
Ces «éléments» concerneraient notamment les fonctions «Feux et action dans la profondeur», avec deux bataillons supplémentaires dotés de lance-roquettes multiples, «Renseignement, drones et guerre électronique», «Commandement» et «Soutien/Autonomie tactique».
L’accent devrait cependant être mis sur la logistique car le «passage à un corps d’armée nécessite un véritable changement d’échelle» en la matière.
«Des travaux sont notamment en cours sur des créations d’unités supplémentaires dans les domaines du soutien médical, du ravitaillement en carburant, du transport et du stockage, de l’accueil et du soutien des unités alliées et de la maintenance», explique Mme Pic, pour qui «cette montée en puissance conditionne directement l’autonomie, la résilience et l’endurance du corps d’armée et de la composante du territoire national en cas d’engagement majeur».
Comme l’a souligné le général de Montgros, la logistique est redevenue une priorité de l’armée de Terre – ce qui n’était pas le cas au cours de ces dernières années.
La LPM 2024-30 actualisée a ainsi revu à la hausse le nombre de camions gros porteurs avec 300 véhicules supplémentaires [soit 2 300 poids lourds livrés], ce qui est encore loin du compte.
«Le programme flotte tactique et logique terrestre [FTLT] doit permettre le renouvellement des camions-citernes nouvelle génération, des ensembles de porte-blindés nouvelle génération, des engins lourds de dépannage et des camions logistiques, de charge utile 4 à 6 tonnes», rappelle Mme Pic. Et d’ajouter : «La poursuite de cette trajectoire au-delà de 2030 est indispensable. L’effet de masse de FTLT est principalement attendu entre 2030 et 2040, avec environ 7 000 véhicules complémentaires».
En attendant, relève-t-elle, «les capacités de transport issues du civil peuvent permettre d’atteindre la masse critique nécessaire à un corps d’armée. Il s’agit notamment de capacités de transport ferroviaire, de camions de transport routier de blindés et de camions-citernes».