L’Italie commande deux super-destroyers de plus de 13.000 tonnes pour 3.7 milliards d’euros

Matthias Espérandieu – 25/09/2026

© FincantieriSignature de la commande des DDX italiens.

L’OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement) a annoncé le jeudi 24 septembre avoir signé un contrat avec Orizzonte Sistemi Navali (OSN), la coentreprise de Fincantieri et Leonardo, pour la conception et la construction de deux futurs destroyers destinés à la marine italienne. Le contrat avoisine les 3.7 milliards avec option et permet d’en savoir plus sur l’architecture de ces futures unités, qui s’apparentent à de véritables croiseurs et sont appelées à devenir les plus imposantes frégates d’Europe à partir de 2033.

L’Italie a officiellement approuvé le développement et l’acquisition de deux nouveaux destroyers via le contrat signé entre l’OCCAR et Orizzonte Sistemi Navali, une coentreprise formée par Fincantieri (51 %) et Leonardo (49 %), deux géants italiens du secteur de la défense. Le coût de 3.7 milliards d’euros (dont 1.3 milliard en option) couvre la conception, la construction et une période de maintenance initiale des deux futurs destroyers. OSN sous-traite directement la réalisation des navires et de leur système de combat respectivement à Fincantieri (1.8 milliard d’euros dont environ 800 millions en option) et Leonardo (environ 1.7 milliard d’euros dont près de 480 millions en option). La Marina Militare doit recevoir ses deux nouveaux fleurons en 2033 et 2035.

Destinés à remplacer les destroyers lance-missiles Luigi Durand de la Penne et Francesco Mimbelli (147.7 x 16 mètres, 5400 tonnes à pleine charge) mis en service en 1993 et placés en réserve en 2024 et 2025, les futurs DDX ne boxent plus dans la même catégorie. Avec 180 mètres de long pour 13.500 tpc, une autonomie de 4000 milles nautiques et un équipage très conséquent de 251 marins, leurs successeurs seront en réalité de vrais croiseurs. Leur armement s’annonce très conséquent avec au moins trois tourelles de 76 mm Super Rapido de Leonardo, plusieurs canons de calibres plus réduits et plusieurs dizaines de cellules de lancement vertical (probablement 8 lanceurs octuples, quatre sur la plage avant et quatre au centre du navire, pour un total de 64 cellules) capables de prendre en compte des missiles antiaériens de la famille Aster ainsi que de potentiels missiles de croisière, voire de futurs missiles balistiques. La lutte antisurface reposera dans un premier temps sur les missiles antinavires Teseo Mk2/E, conçus par MBDA. Les images dévoilées laissent penser que jusqu’à 16 missiles antinavires pourraient être embarqués. Les derniers visuels laissent par contre à voir la disparition d’un canon de 127 mm, probablement jugé peu polyvalent et moins utile dans la défense antiaérienne que le calibre de 76 mm.

La défense aérienne sera le rôle principal des futurs DDX italiens, qui disposeront d’un tout nouveau système de direction de combat SADOC 5 C5I de Leonardo ainsi qu’une suite de radars AESA à panneaux fixes fonctionnant en bande S. Le tout, couplé avec la panoplie d’armements de MBDA, notamment l’Aster 30 B1NT, fera des DDX de redoutables plateformes de combat, en particulier dans la défense antiaérienne et antibalistique (IAMD).

Fincantieri avance également des progrès techniques sur la plateforme navale, avec une très forte automatisation, notamment grâce à un cœur numérique dans le cadre d’un concept appelé Navis Sapiens (navire qui pense, ndlr). L’industriel transalpin explique que : « La connectivité de Navis Sapiens avec la terre ferme permet de créer un écosystème numérique (Fincantieri Digital Ecosystem) pour la Marine italienne ; celui-ci interconnecte le navire numérique et la base navale numérique, tout en regroupant des données et des capacités réparties, en facilitant le partage de données pour la maintenance prédictive et le soutien logistique numérique, et en rendant les informations de mission immédiatement disponibles à bord dans des conditions sécurisées. L’ensemble procure des avantages considérables : amélioration de l’état de préparation à la mission, accroissement de la disponibilité opérationnelle, réactivité de la chaîne d’approvisionnement, accélération de la rotation des équipages, résolution plus efficace des problèmes et interopérabilité entre les différents domaines ». Le DDX comprendra également un nouveau système de stabilisation, des algorithmes revisités pour la gestion de l’énergie et un circuit électrique secondaire en courant continu avec stockage d’énergie, ce qui laisse penser à la présence de batteries importantes. 

Le constructeur naval ajoute qu’à 15 nœuds, le DDX sera en mesure de diriger des engins de surface et sous-marins autonomes, à l’image de drones emportant des capteurs ou de l’armement. Fincantieri table vraisemblablement sur une architecture ouverte à même d’évoluer dans le temps et de servir de navire de commandement à des drones accompagnateurs, d’où peut-être l’explication d’un nombre de membres d’équipage aussi élevé pour un navire aussi moderne, presque le double de celui d’une frégate multi-missions (FREMM). Le DDX italien sera en somme un peu sur le même créneau que ce qu’aurait pu être le Type 83 britannique, abandonné en faveur d’une solution plus simple et surtout moins coûteuse.

Contrairement à d’autres pays, comme la France, qui s’orientent vers des unités compactes, l’Italie fait donc le choix d’une très grande plateforme. Cela s’explique probablement par ses priorités opérationnelles, qui vont d’abord à la défense de la Méditerranée et donc à une concentration géographique en cas de conflit. La Marine nationale, elle, doit répartir ses forces sur un plus grand nombre de théâtres, nécessitant des moyens plus nombreux et agiles, sans oublier la question budgétaire puisque le coût de chaque DDX équivaut à celui d’au moins deux frégates classiques.