Le futur porte-avions Kennedy rejoint les rangs de l’US Navy pour de nouveaux essais en mer
Matthias Espérandieu – 02/10/2026

© HiiLe futur JFK quittant Newport News le 29 septembre 2026.
Après 9 mois d’essais en mer chez son constructeur, l’US Navy a accepté partiellement le porte-avions USS John F. Kennedy (CVN-79), qui peut quitter le chantier naval de Newport News pour rejoindre la base navale de Norfolk. Alors que son entrée en service doit advenir au printemps 2027, tous les soucis techniques n’ont pas encore été réglés.
Le futur porte-avions nucléaire américain USS John F. Kennedy (CVN-79) se rapproche lentement mais sûrement de son admission en service actif. Celui qui est le second navire de la nouvelle classe Ford des porte-avions géants de l’US Navy a été accepté « de manière préliminaire » par l’US Navy le 29 septembre, déclare son constructeur, Huntington Ingalls Industries (HII). Il a ainsi quitté son chantier de Newport News pour rejoindre la base de Norfolk où il va entreprendre une nouvelle série d’essais de la part de la marine américaine, alors qu’une série réalisée par le constructeur s’est achevée en août. « L’acceptation préliminaire permettra au navire et à son équipage de procéder à des essais en mer et d’acquérir de l’expérience en navigation, tandis que le constructeur naval effectuera les derniers essais des systèmes du navire avant sa livraison officielle au printemps 2027 », déclare la Navy.
La livraison doit en effet se produire en mars 2027, alors que le porte-avions a déjà subi de nombreux retards, puisqu’il devait initialement être admis en service en 2023, avant de glisser en 2025 et maintenant 2027. Un retard qui a poussé à la prolongation de l’USS Nimitz, le vétéran des porte-avions américains et tête de sa classe éponyme. Ce dernier devait être retiré du service en 2026 et le sera finalement au printemps 2027. Il sert aujourd’hui avant tout à l’entraînement des équipages et des pilotes.

Parmi les causes du retard sur le JFK, on retrouve : les difficultés de la navale américaine, notamment en termes de ressources humaines, les tensions logistiques liées aux crises sanitaires et géopolitiques, mais également la difficile maturation de certaines technologies. Comme son aîné le Ford, la maîtrise des systèmes de catapultage électromagnétique EMALS et des systèmes AAG, pour lesquels les presses de frein des brins d’arrêt combinent les technologies hydraulique et électromagnétique, était un challenge, mais elle est désormais acquise. Le vrai problème, qui n’a pas encore été totalement résolu, est d’ordre architectural sur les nouveaux monte-charges à munitions du bâtiment. Au nombre de 11 au total, 4 ne seraient toujours pas fiabilisés et feraient l’objet d’essais de la part de HII. D’où le fait que l’US Navy parle d’un porte-avions « terminé à 99 % ». Mais le mieux est parfois l’ennemi du bien et le Pentagone souhaite probablement plus que tout forcer la mise en service de son nouveau fleuron, même si une partie de ses équipements reste en rodage.

Faire de la place pour l’Enterprise et le Truman
D’autant que les capacités du chantier de Newport News continuent d’être fortement sollicitées. Outre la construction du futur USS Enterprise (CVN-80), le prochain de la classe Ford qui doit être livré en 2031, HII planche déjà sur les prochains de la série, à savoir les USS Doris Miller (CVN-81), USS William J. Clinton (CVN-82) et USS George W. Bush (CVN-83). Ils doivent remplacer respectivement les USS Dwight D. Eisenhower (CVN-69), USS Carl Vinson (CVN-70), USS Theodore Roosevelt (CVN-71) et USS Abraham Lincoln (CVN-72).

En plus de la construction d’unités neuves, le chantier est le seul à même de réaliser les complexes et chronophages refontes à mi-vie des porte-avions géants de la Navy. Depuis 2021, c’est l’USS John C. Stennis (CVN-74) qui subit un « refueling and complex overhaul » (RCOH), c’est-à-dire à la fois la refonte complète du bâtiment, mais également le rechargement de ses cœurs nucléaires. Un chantier qui dure traditionnellement entre 4 et 5 ans. Le Stennis devrait bientôt en sortir alors que le Pentagone a signé le contrat le 29 septembre pour le RCOH de l’USS Harry S. Truman (CVN-75). Celui qui a connu une intense activité opérationnelle en 2025 au large du Yémen est le prochain à être retapé de fond en comble. La Navy a signé un contrat de près de 5.1 milliards de dollars (4.5 milliards d’euros) pour la refonte du Truman dont les travaux préliminaires ont déjà commencé. Le vaisseau doit retrouver le service en 2031.
Le rythme est donc essentiel si l’US Navy souhaite conserver son format de 11 porte-avions géants en service, sachant que tous ne peuvent être opérationnels en même temps.

Mis sur cale en juillet 2015 et mis à l’eau en octobre 2019, l’USS John F. Kennedy va succéder à l’USS Nimitz (CVN-68), entré en flotte en mai 1975 et qui a dépassé un demi-siècle de carrière. Il mesure 333 mètres de long pour une largeur maximale de 78 mètres, son déplacement étant de 100.000 tonnes à pleine charge. Il est armé par plus de 4500 marins, incluant les équipes du groupe aérien embarqué, qui peut comprendre jusqu’à 75 avions et hélicoptères. Ce bâtiment dispose notamment des toutes nouvelles catapultes et des nouveaux brins d’arrêt électromagnétiques EMALS et AAG, développés par General Atomics afin de remplacer les anciens systèmes à vapeur et hydrauliques qui équipaient jusqu’ici les porte-avions américains. De nouveaux systèmes qui ont fait leurs preuves sur le Ford et pour lesquels le président Trump fait planer le doute d’un retour en arrière pour le choix de la vapeur. Ce qui ne ferait que ralentir encore une fois le rythme de construction de la classe, à partir des 5e ou 6e unités.