Les États-Unis proposent 48 chasseurs-bombardiers F-35A à l’Arabie saoudite… à un prix dissuasif

par Laurent Lagneau · 18 septembre 2026

En novembre 2020, la Defense Security Cooperation Agency [DSCA], qui s’occupait alors des exportations d’équipements militaires américains via le dispositif FMS [Foreign Military Sales], publia un avis recommandant au Congrès d’autoriser la vente potentielle de cinquante chasseurs-bombardiers F-35A aux Émirats arabes unis pour un montant estimé à 10,4 milliards de dollars. Mais aucune commande ne fut passée par Abou Dhabi par la suite.

En effet, l’administration du président Biden fit savoir qu’elle allait «réexaminer» les ventes d’armes autorisées durant les dernières semaines du mandat de Donald Trump afin de vérifier si elles répondaient aux «objectifs stratégiques» des États-Unis.

Dans le cas des Émirats arabes unis, trois raisons furent avancées pour justifier le refus de leur vendre ces cinquante F-35A : leur trop grande proximité avec la Chine et la Russie, l’engagement de Washington à maintenir la supériorité militaire d’Israël au Moyen-Orient [Qualitative military Edge – QME] et le risque de voir ces appareils engagés par les forces émiriennes au Yémen et en Libye.

Ces trois arguments étaient aussi valables pour l’Arabie saoudite, même si, à la fin de son mandat, le président Biden avait l’intention de lever toutes les restrictions sur les ventes d’armes imposées au royaume, en échange d’une normalisation de ses relations avec Israël.

Revenu à la Maison Blanche, Donald Trump a renoué avec la politique qui était la sienne à l’égard de l’Arabie saoudite. Lors d’une tournée diplomatique au Moyen-Orient, en mai 2025, il fit savoir que Riyad avait exprimé l’intention de commander des équipements militaires auprès des États-Unis pour un montant total de 142 milliards de dollars.
Depuis, peu de commandes annoncées se sont concrétisées. Et il n’est pas certain que l’Arabie saoudite finisse par obtenir les quarante-huit F-35A qu’elle souhaite acquérir, même si l’administration américaine vient de donner son feu vert à une telle vente, sous réserve qu’elle soit approuvée par le Congrès

En effet, le 17 septembre, le Bureau des affaires politico-militaires du département d’État a diffusé un avis autorisant la vente potentielle de quarante-huit F-35A à l’Arabie saoudite pour 24,3 milliards de dollars. Soit à un prix deux fois plus élevé que pour les cinquante avions proposés aux Émirats arabes unis en novembre 2020.

«Cette vente potentielle soutiendra les objectifs de politique étrangère et de sécurité nationale des États-Unis en améliorant la sécurité d’un allié majeur non-membre de l’Otan qui est une force de stabilité politique et de progrès économique dans la région du Golfe», a justifié le Bureau des affaires politico-militaires.

Et d’ajouter : Elle «renforcera la capacité de l’Arabie saoudite à dissuader les menaces actuelles et futures en consolidant sa défense nationale et en améliorant l’interopérabilité avec les forces américaines, ainsi qu’avec les autres forces régionales et celles de l’Otan. Elle permettra également d’accroître la flotte d’aéronefs opérationnels du Royaume et d’améliorer ses capacités d’autodéfense air-air et air-sol».

Enfin, il a également fait valoir que la vente de F-35 à l’Arabie saoudite et leur «soutien associé» n’allait pas «modifier l’équilibre militaire dans la région». Ce qui, en creux, signifie que les appareils destinés à la Royal Saudi Air Force [RSAF] seront moins performants que ceux les F-35I «Adir» israéliens et que Riyad n’aura pas accès à certaines munitions de pointe, comme, par exemple, le futur missile air-air AIM-260 JATM.

Reste à voir si l’Arabie saoudite acceptera le devis que Washington lui propose, alors que le président Trump a refusé d’engager les forces américaines pour l’aider à empêcher les rebelles houthistes de prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, vital pour ses exportations d’hydrocarbures.

«La vente proposée de F-35 témoigne de la solidité et du caractère durable du partenariat stratégique entre l’Arabie saoudite et les États-Unis, ainsi que de la progression constante de notre coopération en matière de défense», a cependant commenté la diplomatie saoudienne.

Enfin, il n’est pas certain que le Congrès suive la recommandation du département d’État dans la mesure où, entre autres, des responsables du renseignement américain ont mis en garde contre une possible fuite vers la Chine de données confidentielles relatives au F-35.

«L’administration Trump ne devrait pas donner suite à son projet de vente d’avions de chasse F-35 à l’Arabie saoudite alors que nos propres services de renseignement nous avertissent que cela pourrait mettre les joyaux de la technologie militaire américaine à la portée du Parti communiste chinois», a ainsi résumé Raja Krishnamoorthi, élu démocrate et membre de la commission du renseignement à la Chambre des représentants.