Il existe encore, dans les années 1930, des blancs sur les cartes. Louis Liotard décide d’aller voir ce qui s’y trouve.
Né à Paris en 1904, Louis Liotard appartient à cette génération d’explorateurs pour laquelle voyager n’est ni du tourisme ni une collection de photographies. Explorer signifie partir pendant des mois, franchir des montagnes, supporter le froid et l’isolement et accepter qu’une expédition puisse ne jamais revenir. L’INHA le décrit comme explorateur français et recense ses activités dans le cadre de missions scientifiques.
Vers les confins du Tibet
Avec son compagnon d’expédition André Guibaut, Liotard part en 1936 reconnaître des territoires encore très mal connus aux confins de la Chine, de la Birmanie et du Tibet.
Leur objectif n’est pas seulement l’aventure. Ils observent, photographient, étudient et cartographient.
Le récit scientifique publié dans les Annales de Géographie explique qu’ils quittent la France en avril 1936 afin de reconnaître ces territoires, avant d’abandonner rapidement routes et chemins de fer pour poursuivre sur des pistes muletières.
C’est une exploration au sens propre : aller là où la connaissance disponible s’arrête.
Une aventure scientifique
Liotard participe également à la naissance, en 1937, de ce qui deviendra la Société des Explorateurs Français. Son idée de l’exploration est profondément moderne : l’aventure n’a véritablement de sens que si elle permet d’apprendre quelque chose.
C’est probablement ce qui rend son histoire particulièrement intéressante aujourd’hui.
Nos outils ont changé. Nous disposons de satellites, de GPS, d’Internet, de drones et d’intelligence artificielle. Pourtant, le principe reste le même : une génération progresse parce que certains acceptent d’aller chercher ce que personne ne connaît encore.
Le dernier voyage
Liotard repart pour une nouvelle expédition avec Guibaut. Ils traversent les hautes régions du Tibet oriental et accumulent une documentation considérable. La BnF conserve ainsi la trace d’un ensemble de 194 photographies de la mission Guibaut-Liotard de 1940, consacré notamment aux paysages, populations, monastères et coutumes de la région.
Le 10 septembre 1940, l’aventure s’arrête brutalement.
Louis Liotard est tué dans une embuscade au passage d’un col, dans l’actuel Sichuan. Il n’a que 36 ans.
André Guibaut survivra.
Son nom n’a pas disparu
En 1948, le grand prix de l’exploration de la Société des Explorateurs Français prend son nom. Sa définition semble résumer toute sa vie : il récompense le voyage associant risque et recherche scientifique.
Des décennies plus tard, ce prix existe toujours : en 2024, il a notamment été attribué à Thomas Pesquet.
Il y a là une remarquable continuité : des caravanes de Liotard sur les pistes tibétaines aux missions spatiales du XXIe siècle, les moyens changent mais demeure la même volonté d’aller voir plus loin.
Ce que Louis Liotard peut dire aux jeunes
Le monde de Liotard paraît infiniment éloigné du nôtre. Pourtant son histoire porte un message très actuel.
Ne soyez pas seulement spectateurs du monde. Allez le comprendre.
Il n’est évidemment plus nécessaire de risquer sa vie sur une piste tibétaine pour explorer. Les territoires inconnus d’aujourd’hui peuvent être scientifiques, technologiques, médicaux, marins ou spatiaux.
Mais il faut toujours des femmes et des hommes suffisamment curieux pour se demander ce qu’il y a derrière la prochaine frontière — et suffisamment courageux pour aller le découvrir.
Louis Liotard avait choisi d’être l’un d’eux.

