La DGA lance un marché pour l’acquisition de plusieurs dizaines d’USV embarquables pour la Marine nationale

Vincent Groizeleau – 16/09/2026

© Naval GroupL’USV de 9 mètres Seaquest-S de Sirehna, filiale de Naval Group, déployé ici à titre d’expérimentation depuis un BSAM en mer Baltique en 2025.

La Direction Générale de l’Armement (DGA) vient de publier un appel d’offres en vue d’acquérir « plusieurs dizaines » de drones de surface (USV) offrant une importante endurance et pouvant être embarqués sur des bâtiments de la Marine nationale, en particulier les porte-hélicoptères amphibies (PHA) et les bâtiments de soutien et d’assistance métropolitains (BSAM). Cela, pour des missions de surveillance au-dessus et sous la surface de l’eau. Un nouveau marché qui est lancé alors qu’un autre projet d’USV embarqués est déjà en cours avec DANAE.

La DGA a publié le 14 septembre un appel d’offres pour l’acquisition d’une flotte de drones de surface destinée à la Marine nationale. « Le marché consiste à acquérir des drones d’endurance à des fins de recueil de renseignement et d’établissement de situation tactique au-dessus et en dessous de la surface. Les drones doivent être embarquables et mise en œuvre depuis des bâtiments de la Marine Nationale (par exemple de type PHA, BSAM), de jour comme de nuit. Le drone peut être appréhender comme une plateforme comportant, diverses charges utiles et un système C2 et doit être modulaire et évolutif. Il doit être livré avec les interfaces permettant son intégration au bâtiment porteur. Le drone doit avoir une élongation d’au moins 100 nq et une autonomie de 5 à 10 jours en fonction de sa mission. Il doit être capable de conduire sa mission jusqu’à mer 4 minimum. Il s’agit d’un marché composite (pouvant comporter, outre une partie forfaitaire, une partie à bons de commande et une partie provisionnelle). La quantité maximale de drones visée est de quelques dizaines », indique l’avis publié. Les candidats ont jusqu’au 15 octobre pour répondre. La durée du marché est de 60 mois, soit cinq ans. 

Un USV DriX d’Exail évoluant avec le PHA Tonnerre lors de l’exercice Dragoon Fury à Toulon début 2025. 

Cette nouvelle acquisition a quelque peu surpris alors qu’un projet d’acquisition d’USV (Unmanned Surface Vehicle) a déjà été lancé en 2025 avec l’opération DANAE pilotée par l’Agence de l’innovation de défense (AID), en coopération avec la DGA et la Marine nationale. Sept groupements industriels menés par Exail, Keys4sea, Marine Tech, SEAir, SeaOwl, Sirehna et Thales étaient en lice, trois seulement devant être retenus à l’issue d’une première phase d’évaluation en mer qui s’est déroulée à Toulon en janvier dernier. Les lauréats auraient dû être annoncés au printemps mais aucune communication officielle n’est encore intervenue. Alors qu’elle pourrait survenir à l’occasion du salon Euronaval, début novembre, des bruits de coursives indiquaient ces derniers mois que les solutions sélectionnées seraient celles présentées par Sirehna, SeaOwl et SEAir. Ce qu’il conviendra de confirmer, sachant que les trois finalistes devront présenter un prototype, ces engins allant être normalement évalués fin 2027. L’objectif annoncé est de retenir un seul modèle pour équiper les bâtiments de la Marine nationale, en particulier les frégates, le choix devant intervenir d’ici 2028. 

C’est dans ce contexte que le nouvel appel d’offres de la DGA intervient. Il se veut comme complémentaire de DANAE mais, compte tenu des missions et performances souhaitées, on se rapproche diablement de certaines solutions concourant à cette opération, à l’image du Seaquest-S de Sirehna, filiale de Naval Group qui s’appuie sur le chantier girondin Couach pour une éventuelle production en grande série de cet USV. S’agit-il de repêcher un candidat malheureux ou appelé à l’être? La Marine nationale aurait-elle, en définitive, décidé d’acquérir d’entrée de jeu plusieurs modèles d’USV plutôt que de choisir une seule solution ? Les moyens budgétaires supplémentaires alloués par l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) devraient en tous cas lui laisser cette latitude, ce qui n’est pas aberrant à un moment où les technologies progressent à pas de géant et les drones évoluent à toute vitesse. Sans oublier la problématique des embarquements sur frégates, où les marins rechignent à sacrifier une de leurs deux niches à embarcations pour loger un USV pendant les déploiements, cas d’usage où des solutions polyvalentes basées sur des semi-rigides pouvant être pilotés manuellement ou dotés de kits de dronisation paraissent plus adaptées. En revanche, les engins nativement conçus comme autonomes se prêtent peut-être mieux à des missions côtières ou pour des embarquements à bord d’unités offrant plus de moyens de stockage. 

Sollicitée par Mer et Marine sur les objectifs de ce nouveau marché, la DGA ne nous avait pas encore répondu au moment de la publication de cet article.