Le héros du jour : Gabriel Voisin, l’homme qui montait dans ses propres inventions

Il y a des époques où l’on perfectionne des technologies existantes. Et puis il y a celles où il faut tout inventer.

Lorsque Gabriel Voisin commence à travailler sur l’aviation au début du XXe siècle, personne ne sait encore vraiment à quoi doit ressembler un avion.

Né en 1880, passionné de mécanique, il construit avec son frère Charles des cerfs-volants, des planeurs et toutes sortes d’engins. En 1903, il commence professionnellement à travailler sur des planeurs pour Ernest Archdeacon, l’un des promoteurs de l’aviation naissante.

Mais Gabriel Voisin n’est pas seulement un ingénieur devant sa table à dessin.

Il est aussi son propre pilote d’essai.

À 25 ans, au-dessus de la Seine

Le 8 juin 1905, un drôle d’engin est installé sur la Seine entre Billancourt et Sèvres.

C’est un planeur biplan auquel ont été ajoutés des flotteurs. Il n’a même pas de moteur : un bateau rapide doit le remorquer pour lui donner suffisamment de vitesse.

Gabriel Voisin prend place à bord.

L’appareil accélère puis quitte l’eau. Voisin vole sur environ 600 mètres, atteignant une quinzaine de mètres d’altitude.

Aujourd’hui, 15 mètres semblent dérisoires.

En 1905, c’est l’inconnu.

Les matériaux sont rudimentaires, les connaissances aérodynamiques balbutiantes, les moteurs peu fiables. Chaque essai peut se terminer par la destruction de la machine — et la mort de son pilote.

Voisin continue pourtant.

Construire une industrie qui n’existe pas encore

Avec Charles, Gabriel passe bientôt du prototype à l’entreprise.

Les frères Voisin installent leurs ateliers à Billancourt et deviennent des pionniers de la construction aéronautique européenne. En 1907, Henri Farman leur commande un biplan de 50 chevaux. Après plusieurs mois d’essais, le 13 janvier 1908, Farman parcourt à son bord un kilomètre en circuit fermé : une première européenne qui donne au constructeur une renommée internationale.

En quelques années, ce qui ressemblait à une aventure de bricoleurs devient une industrie.

C’est peut-être cela qui rend l’histoire de Gabriel Voisin particulièrement actuelle.

Une leçon pour les jeunes Français

À 25 ans, Gabriel Voisin ne pouvait pas attendre qu’une « filière aéronautique » lui offre un emploi.

Elle n’existait pas.

Il a contribué à la créer.

Les grandes aventures technologiques françaises du XXIe siècle — intelligence artificielle, robotique, espace, énergie, biotechnologies — naîtront elles aussi d’hommes et de femmes capables de travailler sur des choses qui paraissent aujourd’hui incertaines, difficiles ou impossibles.

Gabriel Voisin ne savait pas jusqu’où irait l’aviation.

Il savait seulement qu’il fallait essayer.

Et il avait suffisamment confiance dans ce qu’il construisait pour monter lui-même à bord.

Gabriel Voisin est notre héros français du jour.