Le Japon veut équiper des drones avec des capteurs quantiques pour mieux détecter les sous-marins
par Laurent Lagneau

Trop bruyants au point d’être détectés dans la première zone de convergence, c’est-à-dire l’anneau où se regroupent les ondes sonores engendrées par un élément en plongée, les sous-marins ont longtemps été le point faible de la composante maritime de l’Armée populaire de libération [APL].
Cela étant, même s’ils n’ont pas encore tout à fait atteint le même niveau de discrétion que celui de leurs homologues occidentaux, les sous-marins chinois ont réalisé des progrès significatifs dans ce domaine au cours de ces dernières années.
«Si la valeur opérationnelle de la première génération de sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] chinois, qui date des années 80, était jugée très faible, il en va tout autrement des récents SNA de type Shang qui sont crédités d’un remarquable niveau de discrétion acoustique», avait ainsi relevé l’amiral Bernard Rogel, alors chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], en 2014. Ce constat était aussi partagé par l’US Navy, celle-ci ayant estimé, à la même époque, que la Chine était sur le point de disposer d’une «capacité crédible de dissuasion en mer».
Sept ans plus tard, évoquant la mission Marianne, menée par le SNA Émeraude et le Bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain Seine en Indopacifique, un autre ancien CEMM, l’amiral Pierre Vandier, expliqua aux députés que «le niveau de la marine chinoise [était] au-delà de ce que nous imaginions».
Aussi, l’amélioration continue des sous-marins nucléaires chinois est de nature à inquiéter les Forces d’autodéfense japonaises… qui doivent aussi tenir compte de ceux, encore plus performants, mis en œuvre par la marine russe. Pour rappel, le Japon et la Russie n’ont jamais signé de traité de paix après la fin de la Seconde Guerre Mondiale et les relations entre ces deux pays sont compliquées, notamment à cause de leur différend au sujet des îles Kouriles.
En 2018, un SNA chinois de type Shang [ou Type 093] fut repéré après avoir fait surface dans les environs des îles Senkaku, administrées par Tokyo et revendiquées par Pékin. Puis, deux ans plus tard, détecté au nord-est de l’île d’Amami Oshima, un sous-marin «inconnu», au comportement «inhabituel», fut pisté par la marine japonaise, qui avait déployé le porte-hélicoptères JS Kaga, les destroyers Ashigara et Akizuki ainsi que des avions de patrouille maritime Kawasaki P-1 et P-3C Orion. Mais celle-ci se garda de communiquer davantage sur cet épisode, afin de ne pas donner d’éléments sur ses capacités de détection.
Justement, dans le budget de 48 milliards d’euros qu’il a demandé pour l’exercice 2027, le ministère japonais de la Défense n’entend pas seulement mettre l’accent sur l’intelligence artificielle, les drones et les armes à longue portée pour se mettre au diapason des «nouvelles formes de guerre». En effet, il entend investir aussi dans les technologies quantiques, notamment pour renforcer ses capacités de lutte anti-sous-marine. C’est en effet ce qu’a relevé le journal Nikkei.
«Le Japon prévoit de concevoir un capteur de pointe utilisant la technologie magnétique quantique, capable de détecter les sous-marins […] alors que la Chine opère de plus en plus dans les eaux avoisinantes», écrit-il. Ainsi, des prototypes montés sur des drones devraient être testés dès l’an prochain. L’objectif, avance Nikkei, est de finaliser ce programme d’ici 2031.
S’il est beaucoup question de la «discrétion acoustique» d’un sous-marin, la réduction de sa «signature magnétique», c’est-à-dire l’anomalie que sa masse métallique crée dans le champ magnétique terrestre, est tout aussi importante. Pour cela, on a recours à des aciers amagnétiques [ou faiblement ferromagnétiques], à la démagnétisation, afin de réduire le champ magnétique produit par ses circuits électriques ou encore à l’immunisation active [IBF], laquelle repose sur des systèmes de boucles de courants électriques internes pour générer un champ magnétique opposé.
Un magnétomètre quantique permet, en théorie, de détecter des champs magnétiques extrêmement faibles… et donc de localiser un sous-marin, même très discret.
«Le magnétomètre est un outil qui détecte le champ magnétique d’un objet. Il est déjà utilisé depuis des décennies par les forces armées pour détecter la signature magnétique de sous-marins. Pour autant, le magnétomètre reste très lourd, coûteux et n’a qu’une portée très courte. Son efficacité n’est donc que relative. Mais, un magnétomètre quantique permettrait une augmentation de sa sensibilité et par conséquent de sa portée», avait résumé une note de la Fondation pour la recherche stratégique [FRS], publiée en 2021.
À l’époque, la technologie ne permettait pas d’envisager d’intégrer des magnétomètres quantiques sur des drones, aériens ou navals.
«En plus d’une portée toujours relativement faible, les batteries de drones ont des durées de vie limitées», avait expliqué la FRS. Et d’ajouter : «Dans l’hypothèse où se développent des magnétomètres possédant une portée de 100 km, cela nécessite de connaître au préalable la position approximative du sous-marin adverse à localiser. Additionné au fait que les sous-marins peuvent appliquer un blindage magnétique, le déploiement de magnétomètres reste par conséquent peu réalisable à court terme».
Le projet du ministère japonais de la Défense suppose de relever plusieurs défis. Il faudra en effet que ce capteur quantique soit suffisamment compact et léger pour équiper un drone… Et que les conditions dans lesquelles il sera mis en œuvre n’affectent pas son bon fonctionnement.