Le héros du jour — Albert Baratier, l’homme qui cherchait le passage

Il y a des hommes qui suivent les routes. Albert Baratier faisait partie de ceux qui les trouvent.

Né à Belfort en 1864, Albert Baratier devient officier de cavalerie et sert en Afrique avant de rejoindre en 1896 la mission Congo-Nil dirigée par Jean-Baptiste Marchand. Il n’a alors que 32 ans.

L’objectif de cette expédition est immense : traverser l’Afrique d’ouest en est et rejoindre le Nil. L’entreprise se déroule dans un monde sans avions, sans GPS, sans communications instantanées et avec une connaissance encore très imparfaite des territoires à franchir.

Baratier devient l’un des hommes chargés de reconnaître la route.

Devant lui : un marais presque infranchissable

Son défi majeur porte un nom : le Bahr-el-Ghazal, dans l’actuel Soudan du Sud.

Ce n’est pas une rivière que l’on remonte tranquillement. C’est un gigantesque ensemble de marécages et de chenaux où l’eau, la végétation et la vase se confondent. Il faut trouver le passage, effectuer des relevés et déterminer si le reste de l’expédition pourra suivre.

Baratier part en reconnaissance.

Malgré les difficultés, il traverse la région et atteint le lac Nô. Cette exploration permet d’établir l’itinéraire par lequel la mission pourra passer du bassin du Congo à celui du Nil. Les Archives nationales conservent aujourd’hui ses correspondances, comptes rendus, photographies et rapports de voyage.

La mission atteint finalement Fachoda en juillet 1898 après une traversée de plusieurs milliers de kilomètres.

Explorateur autant que militaire

Ce qui rend Baratier intéressant aujourd’hui dépasse sa carrière militaire.

Il faut imaginer ce que signifie explorer à la fin du XIXe siècle. Lorsqu’une carte s’arrête, il n’existe aucun écran à consulter. Lorsqu’on se perd, personne ne peut envoyer sa position. Lorsqu’un obstacle apparaît, aucune photographie satellite ne montre ce qu’il y a vingt kilomètres plus loin.

Il faut observer. Mesurer. Décider. Et parfois accepter de risquer sa vie simplement pour savoir si le passage existe.

Baratier est aussi cartographe et écrivain. Après son retour, il établit notamment une carte du Haut-Oubangui et raconte ses voyages dans plusieurs ouvrages.

Et pour nous ?

Nous vivons dans le monde exactement inverse.

Nous savons presque toujours où nous sommes. Une machine peut nous proposer un itinéraire, traduire une langue, répondre à une question et désormais nous aider à résoudre des problèmes complexes.

C’est une chance extraordinaire.

Mais la technologie ne peut pas décider à notre place où nous voulons aller.

L’histoire d’Albert Baratier dit donc quelque chose de très moderne aux jeunes Français : les outils changent, le monde change, les cartes deviennent infiniment plus précises — mais il faudra toujours des femmes et des hommes capables d’aller voir plus loin.

Il y aura toujours des territoires sans carte.

Ils ne seront peut-être plus géographiques. Ils seront scientifiques, technologiques, économiques, écologiques ou même spatiaux.

Et il faudra toujours quelqu’un pour ouvrir le chemin.

Albert Baratier était de ceux-là.