Le ministère des Armées envisage de commander deux patrouilleurs hauturiers supplémentaires en 2027

par Laurent Lagneau 

Étant donné que, après le désarmement du Commandant Bouan et de l’Enseigne de vaisseau Jacoubet, la Marine nationale ne comptera plus qu’un seul patrouilleur de haute-mer [PHM ou aviso A69] appartenant à la classe d’Estienne d’Orves, en l’occurrence le Commandant Blaison, le programme des nouveaux patrouilleurs hauturiers ne doit souffrir d’aucun retard, d’autant plus qu’il a été lancé tardivement par la Direction générale de l’armement [DGA].

Pour rappel, les avisos A69 et les patrouilleurs P400 auraient dû être remplacés dans le cadre du programme BATISMAR [Bâtiments de surveillance et d’intervention maritime] à partir de la fin des années 2000. Les contraintes budgétaires en décidèrent autrement… Et, afin d’éviter une rupture capacitaire dans les outre-mer, la Marine nationale fut obligée de revoir ses plans.

Ainsi, le programme BATISMAR fut scindé en deux, voire en trois Les outre-mer étant prioritaires après le retrait des P400, le ministère des Armées fit l’acquisition de trois patrouilleurs Antilles-Guyane [PAG, classe La Confiance] et confia la construction de six patrouilleurs outre-mer [POM, classe Félix Éboué] à Socarenam.

Quant à la succession des avisos A69, elle fut engagée en novembre 2023, avec la commande de sept patrouilleurs hauturiers de nouvelle génération – conçus par Naval Group – auprès de trois constructeurs navals différents, à savoir Piriou, CMN et Socarenam, pour 900 millions d’euros. Et cela alors que dix unités avaient été prévues.
Construit par Piriou, le premier navire de la série, le «Trolley de Prévaux», a été lancé à Concarneau, en février dernier. Six mois plus tard, un équipage de la Marine nationale, constitué en 2025 et commandé par le capitaine de frégate Côme Deroide, vient de le prendre en main, en vue de mener les premiers essais à la mer.

«Le 8 septembre 2026, le vice-amiral d’escadre Stanislas de Chargères, commandant la force d’action navale, a fait reconnaître le capitaine de frégate Côme Deroide comme commandant du patrouilleur hauturier Trolley de Prévaux à Concarneau», a en effet annoncé le ministère de Armées, via un communiqué.

«Sept patrouilleurs hauturiers ont été commandés à ce jour par la DGA. Deux bâtiments supplémentaires sont envisagés dans le cadre du projet de loi de finances 2027, ce qui portera la série à neuf unités», a-t-il précisé.

La commande de ces deux patrouilleurs hauturiers supplémentaires n’est pas explicitement mentionnée dans la loi actualisant la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30.

«Les patrouilleurs hauturiers sont accélérés [tous livrés en 2032, plus un patrouilleur côtier de gendarmerie] et armés pour défendre nos approches en complément des frégates FLF non rénovées. Cela permet de gagner en réactivité en cas de besoin outre-mer, en renfort des patrouilleurs qui assurent les missions de souveraineté [POM et PAG]», indique seulement le texte, promulgué le mois dernier. Et celui-ci d’ajouter : «Les patrouilleurs de service public [PSP] sont prolongés pour assurer l’action de l’État en mer en métropole en attendant l’arrivée de tous les patrouilleurs hauturiers».

Au passage, les deux frégates de type La Fayette [FLF] qui n’ont pas été rénovées ont le défaut d’être dépourvues de sonar de coque, ce qui fait qu’elles ne sont pas en mesure d’assurer la protection des approches des bases navales de l’Île-Longue et de Toulon, lesquelles abritent respectivement les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] et les sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] de la Force océanique stratégique [FOST]. Aussi, les deux patrouilleurs hauturiers supplémentaires que le ministère des Armées envisage de commander ne seront pas de trop.

En attendant, le second de la série, le «D’Estienne d’Orves» doit être mis à l’eau par CMN à Cherbourg au début de l’année 2027, l’objectif étant qu’il soit livré à la Marine nationale en 2028, comme le «Jeanne Bohec», construit par Socarenam à Calais. Suivront ensuite les patrouilleurs «Jacquelines Carsignol», «Premier maître Nonen», «Commandant Ducuing» et «Quartier maître Anquetil».

Pour rappel, affichant un déplacement de 2 400 tonnes à pleine charge pour une longueur de 92 mètres et une largeur de 14,2 mètres, le patrouilleur hauturier de nouvelle génération est doté du système de combat SETIS-C, du sonar de coque BlueWatcher, du radar NS54, d’un canon de 40 mm RAPIDFire et d’un système surface-air à courte portée Simbad-RC armé de missiles MISTRAL 3. Il mettra en œuvre un hélicoptère H160M Guépard, un drone aérien ainsi que deux embarcations semi-rigides.