Le héros du jour – 13 septembre

François Thibault (1835-1881)

Dix vies au bout d’une échelle

Paris, 8 août 1868. Un violent incendie ravage un immeuble de la rue Saint-Antoine.

Le feu a gagné la cage d’escalier. Aux étages, des habitants sont pris au piège et apparaissent aux fenêtres. Les moyens des pompiers de l’époque n’ont évidemment rien à voir avec ceux d’aujourd’hui.

Parmi les hommes arrivés sur place se trouve le caporal François Thibault, 33 ans.

Il ne dispose pour atteindre les victimes que d’une échelle à crochets, que l’on accroche successivement aux fenêtres pour progresser le long de la façade.

Thibault monte.

Puis il redescend avec une victime.

Et il remonte.

Au total, dix personnes seront sauvées au cours de cette intervention spectaculaire.

Le dernier sauvetage paraît presque impossible. Une femme est encore prisonnière au cinquième étage. Thibault la rejoint, l’attache solidement sur son dos à l’aide d’un drap et entreprend avec elle la descente de la façade.

Quelques semaines auparavant, il s’était blessé à la main en sauvant un chien réfugié sur un toit. C’est donc avec cette main encore meurtrie qu’il accomplit son exploit.

Son courage fait de lui une célébrité nationale. Napoléon III le décore personnellement et François Thibault devient chevalier de la Légion d’honneur. Son histoire restera longtemps enseignée aux jeunes recrues des pompiers de Paris.

Mais ce qui nous parle encore aujourd’hui n’est ni la médaille ni la célébrité.

C’est le moment où un homme arrivé au terme d’un sauvetage décide de remonter parce qu’il reste quelqu’un là-haut.

Le courage n’est pas l’absence de danger. C’est savoir qu’il existe et décider que quelque chose compte davantage que soi.

À 33 ans, François Thibault en donna une définition qui tient en trois mots :

Dix vies sauvées.

« Le courage commence quand on décide que la vie de l’autre mérite qu’on risque la sienne. »