Joseph-René Bellot (1826-1853)

À 27 ans, il disparaît dans les glaces pour sauver des hommes qu’il ne connaît pas

Il a 25 ans lorsqu’il décide de partir au bout du monde.

Pas pour conquérir un territoire.
Pas pour devenir célèbre.
Mais pour rechercher des hommes disparus.

Joseph-René Bellot est officier de la Marine française. Né en 1826 et élevé à Rochefort dans une famille modeste, il entre à l’École navale à seulement quinze ans. À 19 ans, lors d’une opération à Madagascar, il est sérieusement blessé. Son courage lui vaut déjà la Légion d’honneur.

Mais quelques années plus tard, une autre aventure le fascine.

En 1845, l’explorateur britannique John Franklin est parti avec deux navires et 129 hommes pour chercher le mythique passage du Nord-Ouest à travers l’Arctique.

Plus aucune nouvelle.

Les Britanniques lancent expédition après expédition pour les retrouver.

Bellot est français. Franklin est anglais. Cette histoire pourrait ne pas le concerner.

Il décide exactement le contraire.

En 1851, il écrit à la veuve de Franklin et propose spontanément de partir comme volontaire.

Il embarque sur le Prince Albert avec une expédition britannique. Au départ, certains officiers anglais s’inquiètent même de la présence d’un officier étranger à bord.

Quelques mois plus tard, Bellot a gagné leur confiance.

Puis commence l’Arctique.

Le navire est prisonnier des glaces pendant onze mois.

Pas de GPS.
Pas de téléphone satellite.
Pas de secours aérien.

Bellot et ses compagnons avancent en traîneau dans des températures extrêmes, au milieu de territoires dont les cartes sont encore largement incomplètes.

Avec le capitaine William Kennedy, il participe à une expédition de près de 1 100 miles à travers l’Arctique canadien. Ils découvrent notamment un passage entre l’île Somerset et la péninsule de Boothia.

Kennedy lui donne le nom de son jeune compagnon français :

le détroit de Bellot.

Ils ne retrouvent pas Franklin.

Bellot pourrait rentrer en France et considérer qu’il a fait sa part.

Il repart.

En 1853, il se porte de nouveau volontaire pour une expédition britannique.

Le 12 août, depuis l’île Beechey, Bellot part à pied avec quatre hommes pour porter des dépêches à une autre équipe de recherche.

Cinq jours plus tard, Bellot et deux compagnons sont séparés de la terre.

Le morceau de banquise sur lequel ils se trouvent dérive.

Ils construisent un abri et passent la nuit sur la glace.

Au matin du 18 août 1853, en pleine tempête, Bellot sort pour examiner la situation.

Un de ses compagnons le suit quelques instants plus tard.

Bellot a disparu.

Il ne retrouve que son bâton sur un bloc de glace voisin.

Son corps ne sera jamais retrouvé.

Joseph-René Bellot avait 27 ans.

Sa mort provoque une émotion considérable en Grande-Bretagne. Un mémorial est élevé à Greenwich. Son nom reste attaché au détroit qu’il avait contribué à découvrir.

Il y a quelque chose d’étonnamment moderne dans l’histoire de Bellot.

Il aurait pu considérer que la disparition de marins d’un autre pays n’était pas son problème.

Il a choisi de considérer que le courage, la science et la solidarité n’avaient pas de nationalité.

À 25 ans, il est parti chercher des inconnus.

À 27 ans, il y a laissé sa vie.

Deux siècles plus tard, les cartes de l’Arctique portent toujours son nom.

On peut vivre peu de temps et laisser une très longue trace.