Le héros du jour – 10 septembre

Raymonde de Laroche (1882-1919)

La femme qui a décidé que le ciel était aussi à elle

Au début du XXe siècle, voler est déjà une folie.

Les avions sont faits de bois, de toile et de câbles. Les moteurs sont peu fiables. Les instruments rudimentaires. Chaque décollage comporte une part d’inconnu.

Et les pilotes sont presque exclusivement des hommes.

Raymonde de Laroche va bouleverser cette évidence.

Née Élise Deroche à Paris en 1882, elle est d’abord comédienne. Mais une révolution technologique est en train de naître sous ses yeux : l’aviation.

Elle veut en être.

Elle apprend à piloter sur les appareils des frères Voisin et, le 8 mars 1910, obtient le brevet de pilote n°36 de l’Aéro-Club de France.

Elle devient ainsi la première femme au monde officiellement brevetée pilote d’aéroplane.

Aujourd’hui, cela peut sembler n’être qu’une ligne dans un livre d’histoire.

En 1910, c’est une rupture.

Raymonde de Laroche entre dans un monde dont personne n’avait prévu qu’une femme puisse faire partie. Et elle ne demande pas que l’on diminue le danger pour elle.

Elle vole.

Quelques mois après l’obtention de son brevet, elle est victime d’un grave accident. Elle est sérieusement blessée.

Elle remonte pourtant dans un avion.

Elle participe à des meetings, poursuit les performances et continue de voler pendant ces années où l’aviation apprend encore, souvent au prix de la vie de ses pionniers.

En 1919, elle établit encore un record féminin d’altitude.

Le 18 juillet de la même année, elle monte à bord d’un prototype Caudron pour un vol d’essai. L’appareil s’écrase. Raymonde de Laroche meurt à 36 ans.

Son histoire ne dit pas aux jeunes qu’il faut rechercher le danger.

Elle dit quelque chose de beaucoup plus utile : les frontières que l’on vous présente comme naturelles ne le sont pas toujours.

Il y a un peu plus d’un siècle, une femme aux commandes d’un avion paraissait incongrue.

Raymonde de Laroche n’a pas organisé sa vie autour de cette limite.

Elle l’a franchie.

Aujourd’hui, les technologies changent à nouveau le monde à une vitesse extraordinaire. Intelligence artificielle, espace, robotique, biotechnologies : des métiers qui n’existaient pas apparaissent et des territoires nouveaux s’ouvrent.

À chaque génération revient alors la même question :

« Pourquoi pas moi ? »

Raymonde de Laroche avait répondu avant nous.

Elle avait décollé.

« Certaines places n’attendent pas qu’on les occupe. Il faut les créer. »