À 25 ans, il était mécanicien. À 31 ans, il avait repoussé quatre fois la frontière du ciel.
Georges Legagneux naît à Puteaux en 1882. Il n’est ni riche héritier ni ingénieur célèbre. Quand l’aviation balbutie, il commence au plus près des machines : comme mécanicien.
Mais réparer les avions des autres ne lui suffit pas.
En 1908, il apprend à piloter.
Il faut se représenter ce que cela signifie. Pas de cockpit fermé. Des moteurs capricieux. Des structures de bois et de toile. Et quelques années seulement après les tout premiers vols motorisés de l’histoire.
Legagneux vole quand même.
Il devient pilote professionnel, instructeur chez Voisin puis chef pilote chez Breguet. Il participe aussi à la création d’une école de pilotage près de Compiègne.
Puis il regarde vers le haut.
À cette époque, prendre de l’altitude est un défi considérable. Le froid augmente, l’air se raréfie, les moteurs perdent de leur puissance.
Legagneux va pourtant battre quatre fois le record mondial d’altitude. Fin 1913, il porte son dernier record à plus de 6 000 mètres.
Aujourd’hui, un avion de ligne monte tranquillement beaucoup plus haut avec des passagers qui regardent un film ou dorment dans leur siège.
Mais quelqu’un a dû monter le premier.
Le 6 juillet 1914, Legagneux effectue un nouveau vol à Saumur. Son appareil plonge vers la Loire et ne se redresse pas. Les causes exactes de l’accident resteront discutées.
Georges Legagneux meurt à 31 ans.
Son histoire dit quelque chose de très moderne.
Quand une technologie nouvelle apparaît, il y a ceux qui la regardent, ceux qui l’utilisent et ceux qui décident de découvrir jusqu’où elle peut aller.
Legagneux appartenait à la troisième catégorie.
À 25 ans, il réparait des avions.
Six ans plus tard, il était allé plus haut que n’importe quel pilote avant lui.
On ne choisit pas toujours son point de départ. On peut choisir jusqu’où on veut monter.

