Eugène Jamot (1879-1937) — Le médecin qui partit combattre une épidémie
Il n’avait ni vaccin miracle, ni hélicoptère, ni laboratoire ultramoderne.
Il avait un microscope, quelques hommes et une maladie qui tuait.
Au début du XXe siècle, la maladie du sommeil ravage des régions entières d’Afrique centrale. Transmise par la mouche tsé-tsé, elle attaque progressivement le système nerveux et peut conduire au coma puis à la mort.
Eugène Jamot est médecin français, originaire d’une famille modeste de la Creuse. Après des études de médecine, il choisit la médecine tropicale et part en Afrique. Il sert d’abord comme médecin militaire et obtient plusieurs citations. Puis il rencontre un autre ennemi : la trypanosomiase, la « maladie du sommeil ».
Jamot comprend qu’attendre les malades dans quelques dispensaires ne suffira jamais.
Alors il inverse le système.
Ce ne seront plus les malades qui iront vers le médecin.
Ce seront les médecins qui iront vers les malades.
Il constitue des équipes mobiles qui parcourent les villages, examinent les populations au microscope, dépistent les personnes infectées et les traitent. Ce principe des « colonnes mobiles » permettra de réduire fortement l’incidence de la maladie dans les régions où elles interviennent.
Il faut imaginer ce que cela signifie dans les années 1920 : parcourir pendant des mois des territoires immenses, loin des infrastructures médicales modernes, au contact permanent des maladies tropicales.
Jamot ne combat pas avec un fusil.
Il combat avec la médecine, l’organisation et une idée simple : si les malades ne peuvent pas atteindre la médecine, la médecine doit aller jusqu’à eux.
Son histoire n’est pourtant pas sans zones d’ombre. Ses campagnes s’inscrivent dans le système colonial de leur époque et leurs méthodes autoritaires sont aujourd’hui discutées par les historiens. Un grave accident thérapeutique provoqué par le surdosage décidé par l’un de ses adjoints rendit notamment des centaines de patients aveugles ; Jamot refusa d’accabler son subordonné et sa carrière en fut brisée.
Mais son principe d’équipes médicales allant directement au-devant des populations marquera durablement la médecine de terrain.
Pour un jeune d’aujourd’hui, son histoire rappelle surtout quelque chose :
On peut être un aventurier sans chercher à conquérir un sommet. On peut risquer sa vie simplement parce que, quelque part, des hommes ont besoin de vous.
