« Je veux sortir de ma zone de confort » : le nouveau « service national » militaire démarre après l’échec du SNU
Article de Léonie Guilbaut avec Guillaume Dussourt
Après l’échec du Service national universel (SNU), le nouveau service militaire volontaire fait sa rentrée. Près de 3.000 jeunes sont attendus pour un engagement de 10 mois. Pour l’instant, les candidats sont volontaires alors que nombreux pays européens ont rétabli le caractère obligatoire de leur service militaire.
C’est la rentrée sur tous les fronts. Ce lundi 31 août, 3000 jeunes de 18 à 25 ans, commencent le nouveau Service national, un engagement militaire volontaire en remplacement du Service national universel (SNU) mis en place en 2019 puis supprimé cette année par le gouvernement.
Ces jeunes volontaires se sont engagés pour un service de 10 mois et débutent leur service par un mois de formation militaire avec l’apprentissage de la discipline, de la marche, des chants et du maniement des armes avant de rejoindre une unité de l’armée de Terre, de l’Air ou de la Marine.
Des soldats de l’armée française (photo d’illustration).© GUILLAUME SOUVANT / AFP
« Je veux grandir »
C’est le cas de Dylan qui doit faire ses classes en Normandie au sein de l’armée de l’Air. Un virage à 180 degrés pour lui qui travaillait dans le BTP: « Je suis très stressé parce que pour moi tout est nouveau », confie à RMC le jeune homme un peu fébrile. À 18 ans, il change de région pour les 10 prochains mois mais les levers à 5h30 et les 5 semaines d’entraînement militaire dès le début de la formation, ça ne lui fait pas peur, il sait pourquoi il s’est engagé.
« Je veux grandir, prendre en maturité, sortir de ma zone de confort et faire fusilier de l’air, le métier que j’ai envie de faire », prévient Dylan.
L’armée c’est une vocation aussi pour Tanguy, 20 ans, qui quitte le cocon familial de Châteauroux direction Toulon et la Marine nationale: « Ça va être la première fois que je suis loin de ma famille mais j’ai aussi besoin de changement », confie-t-il. Pour s’émanciper mais surtout pour acquérir de nouvelles compétences: « Un cadre comme ça, ça apprend la discipline, la vie en communauté, il n’y a que de bonnes valeurs ».
Pourquoi les armées sont -cette fois- intéressées par le dispositif
Et si finalement il ne veut plus continuer dans l’armée à l’issue de son service, il n’aura quand même pas perdu son temps selon lui: « Ça sera toujours intéressant professionnellement sur le CV. Au niveau du cadre, on sait que ça demande de la ponctualité et de l’entraide, des choses que les entreprises aiment. » Le hic selon, lui la solde de 800 euros bruts: « Mais on est quand même nourri, logé, blanchi c’est déjà pas mal », relativise Tanguy.
« Les armées sont intéressées parce qu’elles vont pouvoir former des soldats », salue ce lundi sur RMC Story le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU qui y voit enfin une vraie solution après l’échec du SNU: « Ça avait été un échec parce que les militaires considéraient qu’on ne formait pas de soldats et que ça ne les concernait pas. Et l’Éducation nationale considérait que ça ne les concernait pas non plus. Personne n’était volontaire, là les armées sont intéressées ».
« On revient en terrain connu avec un service militaire de 10 mois avec un mois de formation initiale comme ce que je formais dans mon régiment il y a 30 ans », explique-t-il.
L’objectif est d’atteindre, à terme, 10.000 volontaires par an, puis jusqu’à 50.000 jeunes engagés en 2035, un chiffre qui peut paraître faible mais qu’explique le général: « L’effondrement démographique est tel en France qu’on n’est plus capable de recruter des soldats comme on en recrute aujourd’hui. Il s’agit donc d’avoir un réservoir de soldats qui pourront intégrer l’armée en tant que tel, soit d’avoir de nouveaux réservistes », justifie le militaire.
Bientôt un service obligatoire?
Mais ce service national volontaire pourrait-il être une étape vers un rétablissement du service militaire obligatoire comme le font de nombreux pays européens comme la Croatie, Chypre, la Grèce ou l’Estonie? Impossible assure le général Dominique Trinquand: « Ce sont des pays beaucoup moins peuplés que la France. Un service militaire obligatoire ce serait 700.000 personnes par an alors qu’on a 200.000 personnes dans toutes les armées », avance-t-il.
« Réglons les finances publiques françaises et on verra ensuite avec ce qu’on aura », ajoute le général Trinquant alors que le coût du service national d’ici 2030 avec 10.000 soldats est évalué à un milliard d’euros.
Pour l’instant, toutes les missions du nouveau service national n’auront lieu que sur le sol français et séduisent: « Je suis frappé par le volontarisme des jeunes », se félicite Dominique Trinquand. Ces jeunes engagés volontaires de la première promotion, avec ou sans diplôme, ont été sélectionnés sur dossier et en fonction de leur motivation pour un service de 10 mois.