LE HÉROS DU JOUR : JEAN-BAPTISTE BIOT

Il voulait comprendre le ciel. Alors il est monté dedans.

En 1804, il n’existe évidemment ni avion, ni combinaison pressurisée, ni bouteille d’oxygène moderne. Les premiers vols humains en ballon n’ont que vingt ans.

Jean-Baptiste Biot est physicien, mathématicien et astronome. Il pourrait parfaitement rester dans son laboratoire.

Il choisit de monter.

Avec le jeune chimiste et physicien Joseph-Louis Gay-Lussac, il embarque dans une nacelle suspendue sous un ballon. Leur objectif n’est ni un spectacle ni un record : ils veulent comprendre comment se comportent l’atmosphère, l’électricité et le champ magnétique terrestre lorsqu’on s’élève loin au-dessus du sol.

Les deux hommes atteignent plus de 4 000 mètres d’altitude. Dans leur minuscule nacelle, ils manipulent leurs instruments et réalisent leurs observations en plein ciel. L’Académie des sciences considère leur vol comme la première expédition en ballon à but scientifique.

Aujourd’hui, 4 000 mètres correspondent à une altitude que nous franchissons tranquillement dans un avion chauffé et pressurisé.

En 1804, c’est une autre histoire.

Le ballon est à la merci des vents. Les hommes sont directement exposés au froid et à la raréfaction de l’air. Et les connaissances mêmes qui permettraient de prévoir exactement ce qui va leur arriver sont précisément celles qu’ils sont venus chercher.

Ils utilisent donc leur propre corps pour emmener la science là où elle n’est encore jamais allée.

Mais ce n’est qu’un épisode de la vie extraordinaire de Biot.

Un an auparavant, une étrange pluie de pierres s’est abattue près de L’Aigle, en Normandie. À l’époque, l’idée que des pierres puissent tomber de l’espace reste controversée. Biot est envoyé sur place. Il interroge méthodiquement les témoins, étudie la dispersion des fragments et rassemble les preuves. Son enquête contribue de façon décisive à établir l’origine extraterrestre des météorites.

Il travaillera ensuite sur l’optique, l’électricité, le magnétisme et l’astronomie. Son nom restera notamment associé, avec Félix Savart, à une loi fondamentale du magnétisme. Il deviendra membre de l’Académie des sciences, puis de l’Académie française.

Mais son histoire raconte quelque chose de plus intéressant qu’une accumulation de titres.

Biot ne séparait pas la connaissance de l’expérience.

Quand des pierres tombent mystérieusement du ciel, il va sur le terrain.

Quand il veut comprendre ce qui se passe dans l’atmosphère, il monte dans un ballon.

Deux siècles avant les sondes spatiales et les satellites, il applique déjà une règle que connaissent tous les grands explorateurs scientifiques :

si la réponse n’est pas à portée de main, il faut aller la chercher.

À une époque où presque toute la connaissance du monde tient aujourd’hui dans un téléphone, son exemple mérite peut-être d’être rappelé aux jeunes générations : avoir accès au savoir n’est pas la même chose que chercher à comprendre.

Jean-Baptiste Biot, lui, est allé chercher ses réponses à 4 000 mètres au-dessus du sol.