Émile Driant (1855 – 1916)
Le député qui choisit de retourner au front
À 60 ans, Émile Driant pourrait être à l’abri.
Il est député de Meurthe-et-Moselle.
Il a derrière lui une longue carrière militaire.
Il est aussi écrivain, connu sous le nom de Capitaine Danrit.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate pourtant, il demande à reprendre du service.
Ce choix va le conduire devant Verdun.
En février 1916, Driant commande les 56e et 59e bataillons de chasseurs à pied installés dans le Bois des Caures, au nord de Verdun.
Depuis plusieurs semaines, il comprend que quelque chose se prépare.
Les mouvements ennemis l’inquiètent.
Le 20 février, il écrit que l’assaut allemand est désormais certain.
Le lendemain, il commence.
Le 21 février 1916, une formidable préparation d’artillerie s’abat sur les positions françaises.
C’est le début de la bataille de Verdun.
Le Bois des Caures se retrouve directement sur le chemin de l’offensive.
Les chasseurs de Driant sont soumis pendant des heures au bombardement puis aux assauts allemands.
Ils sont très inférieurs en nombre.
Mais ils tiennent.
Toute une journée.
Puis une nuit.
Puis encore une partie du lendemain.
Ce combat ne peut pas arrêter à lui seul l’armée allemande.
Mais il lui fait perdre un temps précieux.
Le 22 février, la position devient intenable.
Driant ordonne le repli.
Et c’est là que l’homme rejoint la légende.
Il ne part pas le premier.
Il reste parmi ses chasseurs.
Sur le chemin, il s’arrête auprès d’un soldat blessé, le chasseur Papin, pour le soigner.
Il poursuit ensuite son repli avec ses hommes.
Quelques instants plus tard, une balle le frappe à la tête.
Émile Driant tombe au Bois des Caures.
Il avait 60 ans.
Il était député.
Il aurait pu demander aux jeunes hommes de se battre depuis les bancs de l’Assemblée.
Il choisit de partager leur danger.
C’est peut-être pour cela que son histoire mérite encore d’être racontée aux jeunes Français.
Le courage ne consiste pas uniquement à ne pas avoir peur.
Il consiste parfois à pouvoir s’éloigner du danger…
et à choisir malgré tout de rester avec ceux dont on a la responsabilité.
Un chef ne montre pas seulement le chemin. Il accepte d’y marcher lui-même.
