L’homme qui voulait passer là où il n’y avait pas de route
Imaginez un monde sans GPS, sans téléphone portable, sans autoroutes, et parfois même sans cartes fiables.
Puis imaginez décider de le traverser en automobile.
C’est le défi que relève Georges-Marie Haardt.
Né en 1884 à Naples de parents belges, installé en France et naturalisé français, Haardt devient l’un des principaux collaborateurs d’André Citroën. Mais cet industriel ne veut pas seulement fabriquer et vendre des voitures.
Il veut savoir jusqu’où elles peuvent aller.
Traverser le Sahara
En 1922, Haardt et Louis Audouin-Dubreuil se lancent dans une entreprise extraordinaire pour l’époque : traverser le Sahara en automobile.
Le désert est alors un immense obstacle.
Il n’y a évidemment ni stations-service ni garages sur la route. Les hommes doivent emporter carburant, eau, nourriture, pièces détachées et matériel et être capables de réparer leurs véhicules loin de tout secours.
Ils réussissent.
Mais pour Haardt, ce n’est qu’un commencement.
Un continent du nord au sud
En 1924 débute la Croisière noire.
Cette fois, les véhicules Citroën doivent traverser l’Afrique.
Pendant des mois, les hommes progressent sur des milliers de kilomètres, franchissant des régions où l’automobile est pratiquement inconnue.
L’expédition est une aventure mécanique, mais aussi scientifique, géographique et humaine.
Haardt démontre quelque chose qui paraît aujourd’hui évident mais qui ne l’était absolument pas il y a un siècle : la technologie peut repousser les limites de ce que l’homme croit possible.
Et maintenant, l’Asie
Il aurait pu s’arrêter là.
Il repart.
En 1931 commence la Croisière jaune, une expédition encore plus ambitieuse à travers l’Asie.
Les hommes affrontent les déserts et les montagnes d’Asie centrale. Une partie de l’expédition doit franchir les redoutables pistes du Pamir et de l’Himalaya.
Ce ne sont plus vraiment des routes.
Par endroits, il faut démonter, transporter, réparer, improviser.
À chaque difficulté, la même question se pose : est-ce encore possible ?
Et la réponse de Haardt reste la même : essayons.
L’expédition finit par atteindre Pékin.
Haardt, épuisé, poursuit jusqu’à Hong Kong. Il y contracte une pneumonie et meurt le 16 mars 1932.
Il n’a que 47 ans.
« Des actes, pas des paroles »
Il reste de Georges-Marie Haardt une devise qui résume étonnamment bien son existence :
« Des actes, pas des paroles. »
Elle pourrait être écrite aujourd’hui au-dessus de la porte d’une école, d’un atelier ou d’une start-up.
Car Haardt n’était pas un surhomme.
C’était un homme qui organisait, préparait, construisait des équipes, utilisait les technologies nouvelles de son époque et acceptait ensuite d’aller lui-même sur le terrain pour vérifier si l’impossible était vraiment impossible.
Un siècle plus tard, nos déserts ont changé.
Ils peuvent s’appeler espace, intelligence artificielle, énergie, médecine ou océans.
Mais il faudra toujours des jeunes femmes et des jeunes hommes suffisamment curieux pour se demander :
« Pourquoi pas ? »
Et suffisamment courageux pour essayer.
« Des actes, pas des paroles. »
