L’Allemagne envisage d’investir 12 milliards d’euros pour se doter de capacités de frappe à très longue portée

par Laurent Lagneau · 22 août 2026

Estimant qu’elles sont indispensables pour assurer une «dissuasion crédible», l’Allemagne a fait de l’acquisition de capacités de frappe dans la grande – voire la très grande – profondeur l’une de ses priorités. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle participe à l’initiative ELSA [European Long-Strike Approach] aux côtés de la France, de l’Italie, du Royaume-Uni, de la Pologne et de la Suède, l’objectif étant de développer une famille de missiles ayant une portée de l’ordre de 2 000 km.

En outre, dans le cadre du traité de Trinity House, Berlin et Londres ont décidé de développer conjointement une «nouvelle capacité de frappe d’une portée de plus de 2 000 km», reposant, selon le ministère britannique de la Défense [MoD], sur une «famille de futurs missiles de croisière furtifs et hypersoniques, dont l’entrée en service est prévue dans les années 2030».

En attendant que ces capacités soient opérationnelles, l’Allemagne souhaite acquérir des missiles de croisière Tomahawk auprès des États-Unis. Un accord en ce sens a d’ailleurs été annoncé par le chancelier allemand, Friedrich Merz, lors du dernier sommet tenu par l’Otan à Ankara, en juillet. «Grâce à cela, nous allons combler une lacune stratégique importante dans notre défense. Parallèlement, nous travaillerons au développement de nos propres systèmes européens et à leur déploiement en Europe», avait-il affirmé.

Selon des documents du ministère allemand de la Défense que Politico a pu consulter, Berlin a l’intention d’investir 12 milliards d’euros pour se doter de missiles à longue portée dès 2027, sous réserve d’obtenir le feu vert du Bundestag.

Outre les Tomahawk américains, il est aussi question pour la Bundeswehr d’acquérir des missiles à bas coût et susceptibles d’être produits en masse afin d’être en mesure, le cas échéant, de «submerger les défenses aériennes ennemies par des attaques massives».

D’après les notes internes du ministère allemand de la Défense, trois modèles de missiles sont envisagés : l’Anthem, qui, développé par l’entreprise israélo-américaine Covenant Industries, a fait l’objet d’un essai réussi dans le désert marocain au début de ce mois, le BARS, dont on ne sait que très peu de choses si ce n’est qu’il est produit en Ukraine, et le Flamingo de l’ukrainien Fire Point.

«L’Allemagne est en négociations contractuelles avec deux de ces fournisseurs, dans l’optique de recevoir des missiles pour qualification d’ici l’année prochaine», avance Politico, avant de préciser que des «contrats-cadres en vue d’une production de masse ultérieure» étaient en préparation.

Mais l’essentiel de l’investissement prévu – soit 9 milliards d’euros – doit être fléché vers les capacités de frappe à longue portée développée conjointement avec les Britanniques, dans le cadre du programme «Deep Precision Strike». Toujours d’après les documents évoqués par Politico, deux projets sont en cours : l’un concerne un missile de croisière «furtif» d’une portée de 2 000 km tandis que l’autre porte sur un planeur hypersonique. Ce qui n’avait jamais été précisé jusqu’alors.

Ces deux projets ont d’ailleurs été confirmés par Luke Pollard, le ministre britannique délégué à l’Industrie de défense, dans une réponse écrite à un parlementaire, le 19 août.

Le programme Deep Precision Strike «inclut des missiles de croisière furtifs et des planeurs hypersoniques. Le Royaume-Uni et l’Allemagne partagent une vision commune de ses principaux paramètres, notamment les concepts opérationnels et les dates cibles de mise en service prévues dans les années 2030. Les équipes conjointes britanniques et allemandes s’attachent désormais à mener à bien les travaux techniques actuellement sous contrat avec l’industrie et à élaborer des contrats complémentaires, soutenus au Royaume-Uni par le financement prévu par le Plan d’investissement de la défense», a en effet expliqué M. Pollard.

Photo : Missile Flamingo – Fire Point