À 26 ans, il part cartographier le bout du monde
Imaginez.
Vous avez 26 ans. Pas de GPS. Pas de téléphone satellite. Pas d’hélicoptère de secours.
Devant vous : des milliers de kilomètres d’océan et, au bout, les îles Kerguelen, perdues dans les mers australes, battues par les vents et les tempêtes.
Raymond Rallier du Baty décide d’y aller.
Né à Lorient en 1881 et formé à l’hydrographie, le jeune marin rêve d’exploration. En 1903, il réussit à embarquer comme simple matelot avec Jean-Baptiste Charcot pour sa première grande expédition antarctique.
Mais Rallier du Baty ne veut pas seulement regarder les autres explorer.
Il veut monter sa propre expédition.
En 1907, à seulement 26 ans, il achète un ancien bateau de pêche, le transforme et le baptise J.B. Charcot en hommage à son ancien commandant.
Ils ne sont que six à bord.
Leur destination : les Kerguelen.
Ces îles françaises de l’océan Indien austral comptent parmi les terres les plus isolées du monde. Le froid, les vents violents et une mer redoutable y rendent toute navigation dangereuse.
Pendant près de deux ans, les hommes affrontent les tempêtes, le froid, la malnutrition et la menace permanente du naufrage.
Mais ils continuent.
Rallier du Baty mesure, observe, relève les côtes et explore l’archipel. Son expédition permet d’en établir une cartographie beaucoup plus précise.
Il aurait pu considérer l’aventure terminée.
Il repart.
En 1913, il revient aux Kerguelen à bord d’un nouveau navire, La Curieuse, pour poursuivre son travail scientifique et cartographique.
Puis, en 1914, la nouvelle de la guerre arrive jusqu’à l’expédition.
Rallier du Baty interrompt sa mission et rentre servir la France. Il devient pilote d’hydravion dans l’aéronautique maritime et effectue des missions de patrouille.
Explorateur, marin, scientifique, aviateur : Raymond Rallier du Baty aura passé sa vie à aller là où les cartes devenaient blanches.
Son histoire porte un message étonnamment moderne.
À une époque où nous disposons d’une carte du monde entière dans notre téléphone, l’inconnu existe toujours.
Il se trouve simplement ailleurs : dans ce que personne n’a encore inventé, découvert, construit ou tenté.
À 26 ans, Rallier du Baty n’avait ni une immense expédition ni des moyens extraordinaires.
Il avait un vieux bateau, cinq compagnons et une volonté.
Et il est parti.
Le courage, ce n’est pas de ne pas voir le danger. C’est de décider que quelque chose mérite de l’affronter.

