La 27e Brigade d’Infanterie de Montagne expérimente le concept de «combat décentralisé»

par Laurent Lagneau · 20 avril 2026

Mise en œuvre par l’US Air Force, la doctrine ACE [Agile Combat Employment] vise à concentrer des forces à un instant t pour obtenir la supériorité aérienne sur une zone donnée et/ou à les disperser pour les soustraire à la menace de l’ennemi. L’armée de l’Air & de l’Espace a adopté une approche similaire avec le concept MORANE [Mise en œuvre réactive de l’arme aérienne].

Ce qui vaut pour les forces aériennes peut-il s’appliquer au combat terrestre ? En tout cas, à l’occasion de l’exercice interarmées Orion 26, la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne [BIM] a expérimenté le concept de «combat décentralisé», dont la philosophie est proche de celle de la doctrine ACE, après avoir tiré les enseignements des retours d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine, laquelle se caractérise par l’omniprésence de drones et de capteurs divers et variés… et donc par la «transparence du champ de bataille».

En outre, ce concept de «combat décentralisé» met en pratique le «commandement par intention» qui, pour résumer à grands traits, consiste à fixer à un échelon subalterne un objectif tout en lui laissant les coudées franches pour l’atteindre. Enfin, il fait appel à deux notions, à savoir la mobilité légère et la dissimulation.

«Le retour du combat de haute intensité, l’omniprésence de la menace drone, la vitesse des cycles de ciblage et la prolifération des moyens de reconnaissance nous obligent à repenser en profondeur la manière de combattre. Dans ce contexte, la mobilité légère, la dissimulation et le combat décentralisé deviennent les piliers d’une nouvelle réflexion tactique», explique la 27e BIM, via le réseau social LinkedIn.

En clair, pour les chasseurs alpins, il s’agit d’être plus imprévisibles et plus discrets tout en manœuvrant en permanence. Cela suppose de donner une large autonomie d’action aux sections, organisées en «cellules tactiques polyvalentes», dotées chacune de drones, de moyens de communication résilients au brouillage électronique ainsi que de véhicules légers.

«Ces ‘micro-unités interarmes’ s’inséreront sur le terrain de manière fluide, s’y déplaceront rapidement, s’y disperseront pour éviter d’offrir une cible ‘rentable’ à l’ennemi, et convergeront ponctuellement pour générer un effet localisé avant de se désengager aussitôt», détaille la 27e BIM. Et d’ajouter que leur efficacité dépendra de leur capacité à «créer une présence diffuse et déroutante, difficile à cartographier pour l’adversaire». Ce qui n’est pas sans rappeler, toute proportion gardée, le mode opératoire des Corps francs.

D’un point de vue capacitaire, l’expérimentation menée lors d’Orion 26 doit permettre de déterminer les modèles de véhicules les mieux adaptés à ce «combat décentralisé», l’objectif étant que ces «cellules tactiques polyvalentes» puissent manœuvrer «en essaims légers, difficiles à cibler, capables de frapper puis de disparaître».

«Les véhicules légers doivent jouer un rôle clé dans cette expérimentation. Les premiers retours nous orienterons, quant à l’emploi de ces véhicules pouvant s’étendre vers le transport de munitions, la pose de capteurs, la logistique du dernier kilomètre ou encore l’ouverture d’itinéraires», avance la 27e BIM.

Quant au «commandement par intention», il est la condition sine qua non du combat décentralisé dans la mesure où les chefs de groupe ou de section seront les mieux placés pour «saisir les opportunités», «comprendre la situation tactique de référence immédiate» et «décider à leur niveau de l’action à mener».

«L’exercice ORION 26 constitue une occasion déterminante pour éprouver, en conditions réalistes, les fondements de la mobilité légère et du combat décentralisé imaginés par la brigade de montagne. Les enseignements qui en seront tirés permettront d’affiner ces concepts et d’envisager leur intégration progressive, afin de préparer la brigade aux engagements futurs», a conclu la 27e BIM.le TranslateEmailCopy Link