Mission « Sentinelle arctique »: l’Otan muscle sa présence dans le Grand Nord

Des marins danois et français participent à l’exercice de l’Otan «Arctic Endurance» en mer dans l’Atlantique Nord, le 18 janvier 2025.

Des marins danois et français participent à l’exercice de l’Otan «Arctic Endurance» en mer dans l’Atlantique Nord, le 18 janvier 2025.© AFP – BRIAN MARCHER

L’Alliance atlantique a annoncé mercredi 11 février le lancement d’une nouvelle mission dans l’Arctique, sur fond de tensions avec la Russie et après les menaces de Donald Trump sur le Groenland.

Avec notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet

À la veille de la réunion des 32 ministres de la Défense de l’Otan, le commandement militaire de l’Alliance atlantique a décidé de lancer une mission dans le Grand Nord. Baptisée « Sentinelle arctique », elle intervient dans un contexte marqué par les tensions provoquées par le président américain Donald Trump, qui avait menacé de prendre le contrôle du Groenland.

Cette annonce signifie une présence accrue de l’Otan dans l’Arctique, une perspective qui fait déjà réagir Moscou. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a averti que la Russie prendrait des « contre-mesures », y compris « de nature militaire », si les pays occidentaux renforçaient leur présence militaire au Groenland.

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Une mission qui couvre tout le Grand Nord

La mission « Sentinelle arctique » couvrira l’ensemble du Grand Nord et pas seulement le Groenland, a insisté le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte. Même si le territoire autonome danois se trouve au cœur de l’Arctique, l’objectif affiché est plus large.

Cette initiative répond aussi directement aux préoccupations sécuritaires mises en avant par Donald Trump pour justifier ses revendications sur le Groenland. Le secrétaire général de l’Otan reprend d’ailleurs le même argumentaire pour expliquer le déclenchement de la mission : l’activité militaire de la Russie dans la région et l’intérêt croissant de la Chine pour le Grand Nord.

« Ce qui est vraiment nouveau, c’est que, pour la première fois, nous allons regrouper toutes nos activités dans l’Arctique sous un seul commandement », a déclaré Mark Rutte. « Sentinelle arctique tire parti des points forts de l’Alliance en regroupant les activités de l’Otan et des alliés dans le Grand Nord dans une approche opérationnelle globale pour la région, ce qui affirme clairement notre engagement à garantir la sécurité de l’Arctique », a-t-il ajouté.

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Le secrétaire général a également souligné que ces efforts doivent permettre à l’Otan non seulement de renforcer sa position dans la région, mais aussi de disposer d’« un tableau complet des défis potentiels dans l’Arctique afin de pouvoir combler rapidement et efficacement les lacunes éventuelles ».

« Des dizaines de milliers d’hommes »

Dans un premier temps, la mission « Sentinelle arctique » regroupera des activités militaires et des exercices déjà menés de manière continue par le Danemark et la Norvège. L’Otan évoque « des dizaines de milliers d’hommes » impliqués, ce qui laisse entrevoir une présence durable, voire permanente, des forces de l’Alliance dans le Grand Nord.

Cette nouvelle mission a été décidée après une rencontre entre Donald Trump et Mark Rutte à Davos le mois dernier. Selon l’Otan, elle vise à renforcer la coordination d’opérations déjà existantes dans la région, afin de disposer d’une vision globale des défis sécuritaires dans l’Arctique et de pouvoir y répondre rapidement.

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