10 février 2026

Incroyable revirement: Thales, géant français de l’armement, va transformer l’« éléphant blanc », unique porte-avions d’Asie du Sud-Est, en atout stratégique enfin opérationnel

10 février 2026

Le vénérable HTMS Chakri Naruebet, longtemps perçu comme un « éléphant blanc », s’apprête à retrouver une utilité stratégique. Avec l’appui du groupe Thales, la marine royale thaïlandaise dote son unique porte-avions d’un système nerveux numérique de dernière génération. Objectif: transformer un symbole coûteux en plateforme opérationnelle, flexible et résiliente.

Un vénérable bâtiment à réinventer

Mis en service en 1997, le Chakri Naruebet a trop souvent navigué sans aile embarquée, faute d’avions à décollage court encore disponibles. Construit sur la lignée du Príncipe de Asturias, il a surtout servi aux parades, aux missions humanitaires et aux entraînements conjoints. Cette modernisation vise à lui rendre une pertinence tactique, sans prétendre rivaliser avec les géants régionaux.

Le cœur numérique apporté par Thales

Au centre du projet, l’Integrated Platform Management System (IPMS) agit comme un véritable cerveau de bord. Il supervise la propulsion, l’électricité, les auxiliaires, la sécurité incendie et la gestion des avaries, tout en dialoguant avec la navigation et le combat. En cas d’alerte, le système propose des réponses automatisées, hiérarchise les priorités et soulage la charge cognitive des équipages.

« Ce programme ne fait pas que remettre à niveau un navire ancien, il crée un pont entre une plateforme héritée et une marine réellement connectée », souligne un officier impliqué dans la modernisation.

Une coopération locale pour l’autonomie

Thales s’appuie sur le partenaire UCS (Universal Communication Systems) afin d’intégrer localement l’IPMS et de bâtir un socle de compétences durables. L’enjeu est d’assurer la maintenance en condition opérationnelle, la formation et l’ingénierie sur le territoire thaïlandais. Ce transfert limite la dépendance à des équipes étrangères et renforce l’autonomie stratégique du pays.

Ce chantier s’inscrit dans une relation de plus de cinquante ans entre Thales et la marine royale, déjà équipée à plus de 80 % de solutions du groupe. Radars, sonars, réseaux de commandement et lutte contre les mines constituent un écosystème cohérent, que l’IPMS vient désormais unifier à l’échelle de la plateforme.

Ce que change l’IPMS à bord

  • Supervision en temps réel des réseaux électriques et de la propulsion
  • Protection renforcée avec scénarios incendie et isolements automatiques
  • Optimisation énergétique et arbitrage des priorités de consommation
  • Diagnostics prédictifs pour anticiper les pannes et réduire l’immobilisation
  • Connexion fluide aux systèmes de combat et de navigation pour une réponse intégrée

Un rôle crédible dans une région en tension

En Asie du Sud-Est, la modernisation navale est une réalité: la Chine densifie ses déploiements, le Vietnam et l’Indonésie renforcent leurs flottes. Dans ce contexte, la Thaïlande a besoin d’un bâtiment polyvalent de présence, apte à manœuvrer au cœur d’exercices multinationaux. Le Chakri Naruebet peut redevenir un atout pour la logistique, les secours post-catastrophes et la coopération régionale.

Privé d’avions à décollage vertical, le navire reste pertinent avec des hélicoptères ASM, des vectorisations de drones VTOL et des moyens de commandement mobiles. La remontée en puissance passera par l’interopérabilité, la permanence à la mer et une gestion affûtée des ressources. L’IPMS fédère ces briques pour une exploitation plus sûre et plus efficace.

Une transformation mesurée, au bon coût

La modernisation du « yacht royal » par un système intégré coûte infiniment moins cher qu’un porte-avions neuf. Elle accélère le retour à l’utilité sans immobiliser des budgets colossaux ni alourdir indéfiniment la chaîne de soutien. Le pari est pragmatique: fiabiliser l’existant, numériser les processus et rallonger la vie utile d’une plateforme encore robuste.

Reste la montée en compétences des équipes, clef d’une transformation réussie dans un environnement cyber plus hostile. Formation, simulation et retour d’expérience devront ancrer de nouveaux réflexes à bord, pour que l’automatisation reste un levier et non une dépendance. Avec ce chantier, la Thaïlande réaffirme une ambition navale raisonnée, crédible et arrimée à des standards modernes.

Un signal politique et industriel

Au-delà de la technique, ce programme envoie un message clair: Bangkok investit dans sa liberté d’action maritime. L’effet d’entraînement industriel, soutenu par l’écosystème local, peut irriguer d’autres unités et fluidifier la maintenance de la flotte. Thales consolide une position historique tout en ouvrant un chapitre de souveraineté partagée avec ses partenaires.

Pour la région, voir ce porte-avions reprendre de la substance est un marqueur de stabilité et de coopération potentielle. Pour la Thaïlande, c’est la preuve qu’un « éléphant blanc » peut devenir un outil utile, si l’on y greffe le bon cerveau numérique et une doctrine d’emploi à la hauteur des défis maritimes actuels.

Marc-André Boucher