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Revue de Presse 02 du 24/12/2025 :

Le Figaro 222:12:25

Emmanuel Macron a confirmé dimanche depuis Abu Dhabi la construction d’un nouveau porte-avions pour 2038.

78.000 tonnes, 310 mètres de long, 2000 marins… Les dimensions monumentales du futur porte-avions français

Aujourd’hui, les menaces ne portent pas toujours un uniforme. Elles se dissimulent notamment dans les ingérences étrangères via la manipulation de l’information ou les financements occultes. Alors dans un monde où l’équilibre géopolitique vacille, la cohésion nationale devient une question de sécurité.
Développer un esprit de défense, s’engager dans l’armée d’active ou dans la réserve, entretenir le devoir de mémoire, sont autant de moyens de la consolider.
Direction : Ministère des Armées / Publié le : 21 décembre 2025
[JDEF] Cohésion nationale : l’arme décisive | Ministère des Armées et des Anciens combattants

Titre Successeur du VBL, le Véhicule blindé d’aide à l’engagement prend forme
Date édition 20/12/25
Lieu d’édition F1
Date d’archivage 24/03/26
Lieu d’archivage J2

Bien que prévu dans la phase 2 du programme SCORPION [Synergie du COntact Renforcé par la Polyvalence et l’Info valorisatiON], le Véhicule blindé d’aide à l’engagement [VBAE], destiné à remplacer les actuels Véhicules blindés légers [VBL] de l’armée de Terre, a fait l’objet de plusieurs ébauches depuis maintenant une dizaine d’années.
En effet, en 2012, Panhard avait ainsi dévoilé le CRAB [Combat and Reconnaissance Armored Buggy], un blindé de 8 à 10 tonnes qui, doté de systèmes téléopérés, de missiles antichars et d’une mitrailleuse de 12,7 mm, devait afficher une excellente mobilité tout en étant discret. Mais, faute de crédits, ce projet resta dans les tiroirs.
Puis, après avoir racheté Panhard, Arquus dévoila le Scarabee en 2018. Pressenti pour prendre la relève du VBL, ce blindé était censé « révolutionner les standards actuels de mobilité et de motorisation » des véhicules militaires, grâce à sa propulsion hybride, sa protection modulaire, ses capteurs et son armement. Mais il est depuis resté à l’état de démonstrateur.
D’autres industriels, comme SOFRAME, avec le MOSAIC [pour Mission Observation Surveillance Acquisition Investigation Combat], ou Thales, avec le Hawkei, ont également tenté leur chance. Sans succès.
Finalement, dans le cadre d’une coopération avec la Belgique, la Direction générale de l’armement [DGA] lança le programme VBAE en 2023, par l’entremise de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement [OCCAr], en notifiant un contrat de préconception à un groupement momentané d’entreprises [GME] formé par Arquus et KNDS France.
En janvier, l’OCCAR fit savoir que l’architecture préliminaire du VBAE avait été définie avec succès. « Cela pose les bases d’autres études d’optimisation portant sur les aspects techniques, opérationnels et financiers qui seront menées tout au long de 2025 », avait-elle expliqué.
Et de préciser que ces études « viseront à démontrer la valeur ajoutée du VBAE par rapport aux véhicules existants dans ce segment et permettront à la France et à la Belgique de décider de la conception détaillée ultérieure ».
Dans le même temps, le VBAE devrait intégrer des briques technologiques développées au titre du projet européen FAMOUS 2 [European Future Highly Mobile Augmented Armoured Systems / Futurs systèmes blindés augmentés européens à haute mobilité], mené par le finlandais Patria et auquel Arquus participe.
Financé à hauteur de 95 millions d’euros par le Fonds européen de défense, le « projet FAMOUS 2 a pour objectif de concevoir des innovations technologiques de pointe destinées à équiper la prochaine génération de véhicules blindés, ainsi qu’à moderniser les plates-formes existantes, qu’il s’agisse de véhicules tout-terrain, de véhicules blindés légers ou de chars de combat. Débuté en 2023, le projet FAMOUS 2 sera achevé d’ici décembre 2026 », résume Arquus.

Cette semaine, via une vidéo de présentation de FAMOUS 2, diffusée via la plateforme LinkedIn, Arquus a dévoilé le profil du futur VBAE. Jusqu’alors, seule une image sommaire de ce futur blindé avait été publiée par l’OCCAr. Cependant, elle n’était guère éloignée du modèle qui vient d’être présenté.
Au premier abord, le VBAE paraît plus massif que le Scarabee, qui fait penser à un buggy. Mais, à y regarder de plus près, les deux partagent, grosso modo, les mêmes lignes. En tout cas, les innovations du second vont profiter au premier, d’après les explications fournies par les ingénieurs d’Arquus.

ar Laurent Lagneau · 20 décembre 2025

Titre Coup de théâtre en Europe : l’Allemagne tourne le dos à l’EuroDrone au profit des États-Unis |
Date édition 24/12/25
Lieu d’édition F2
Date d’archivage 01/03/26
Lieu d’archivage J3

Article de Antoine Renaud

En Allemagne, une décision majeure a été prise pour renforcer et moderniser les capacités militaires du pays avec un investissement de taille. Cette décision, actée le 17 décembre par la commission du Budget de la chambre basse du Parlement allemand, le Bundestag, concerne la Bundeswehr, la force armée allemande. Avec un total de 30 projets d’armement autorisés pour un montant de 50 milliards d’euros, c’est une étape importante pour la sécurité nationale et européenne, rapporte le média spécialisé Zone Militaire. Le ministère allemand de la Défense a souligné que cette initiative répond aux évolutions des menaces sécuritaires, s’inscrivant dans le réarmement allemand.
La Bundeswehr disposera d’un budget prévisionnel de 87,2 milliards d’euros pour l’année prochaine, complété par une enveloppe supplémentaire de 25,5 milliards d’euros issue d’un Fonds spécial. L’an dernier, le Bundestag avait déjà débloqué 83 milliards d’euros, autorisant 103 projets d’armement.
En octobre, l’Allemagne a approuvé l’achat de 20 Eurofighter EF-2000 pour 3,75 milliards d’euros. En novembre, une commande importante de blindés (dont le Schakal, le Luchs 2 et le SpähFz NG) a été passée pour 8 milliards d’euros.
Les projets autorisés couvrent la terre, l’air, la mer, le cyberespace et l’espace. Côté terrestre, sont prévus des véhicules de combat d’infanterie Boxer et Puma, de nouveaux blindés CAVS, ainsi que des systèmes d’artillerie RCH 155. L’approvisionnement en munitions, notamment pour la défense aérienne, sera renforcé. La production du missile de croisière air-sol Taurus Neo débutera également.
L’espace : le projet SPOCK en première ligne
L’espace est aussi une priorité pour la Bundeswehr, avec un objectif d’investissement de 35 milliards d’euros d’ici 2030. Le projet spatial SPOCK, destiné à renforcer les capacités de suivi opérationnel, recevra 1,76 milliard d’euros.
SPOCK sera mené par une coentreprise entre Rheinmetall et ICEYE, et le ministère de la Défense l’a qualifié d’urgent en raison des évolutions de la situation sécuritaire en Europe.
Drones : quelques choix qui surprennent
Parmi les décisions récentes, l’achat des drones MQ-9B SeaGuardian auprès de General Atomics a surpris, au regard de l’engagement allemand dans le programme EuroDrone qu’il pilote. Les MQ-9B sont prévus pour des missions de reconnaissance à longue portée et de lutte anti-sous-marine, marquant un virage stratégique qui interroge l’avenir de l’EuroDrone et du projet franco-allemand MAWS.
Ces drones offrent une autonomie de vol de plus de 30 heures et embarquent des équipements sophistiqués comme la boule optronique MX-20, le radar SeaVue, des bouées acoustiques, ainsi que la possibilité d’être équipés d’un radar à antenne active Seaspray 7500E V2.

Titre La nouvelle doctrine de guerre de Moscou

Date édition 26/12/25
Lieu d’édition C2
Date d’archivage 01/03/26
Lieu d’archivage J7

BFM BusinessMathieu Jolivet
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Le chef d’état-major russe Iouri Balouevski et le président russe Vladimir Poutine en 2007. – Dmitry Astakhov
Le chef d’état-major russe Iouri Balouevski dévoile une doctrine de « guerre numérique » née du front ukrainien, où la transparence totale imposée par les drones relègue chars et artillerie au passé et fait de la puissance de calcul le nouveau pivot stratégique, au point d’ébranler les fondements mêmes de la dissuasion nucléaire.
Le chef d’état-major des armées russes, Iouri Balouevski, vient de publier une note stratégique dans la revue Russia in Global Affairs, que Le Grand Continent a traduite intégralement. Il y décrit une doctrine spectaculaire, entièrement nourrie du retour d’expérience ukrainien — un champ de bataille où drones et technologies chamboulent les schémas classiques.
Désormais, plus personne ne peut se cacher, tout devient transparent. Pour lui, fantassins et chars perdent leur utilité: l’urgence est à la décentralisation des centres de commandement et à l’investissement massif dans la puissance de calcul, plus fondamentale que l’armement traditionnel. Voici les grandes lignes de cette doctrine de « guerre numérique » vertigineuse, qui pourrait même remettre en cause l’équilibre lié à la dissuasion nucléaire.
Les drones ont radicalement changé la guerre. Ils sont autonomes, repèrent tout, et percent très loin derrière la ligne de front. Ainsi, le chef d’état-major des Armées russes décrit un champ de bataille très exposé:
« Le champ d’opérations tactiques et l’arrière, jusqu’à plusieurs kilomètres de la zone de contact, deviennent progressivement des « zones d’extermination totale ». »
L’Ukraine et la Russie achètent chacune plusieurs centaines de milliers de drones par mois, soit plus que la production de munitions d’artillerie.
Des drones connectés entre eux, capables de voler en essaim, et qui causent beaucoup de dégâts humains, admet le chef d’état-major russe :
« Ces drones, qui fondent en essaim sur tout soldat repéré, sont devenus la cause principale de destruction non seulement du matériel, mais aussi du personnel militaire. Début 2025, d’après les statistiques russes, plus de 70% des pertes de combattants étaient imputables aux drones. »
Le char perd toute utilité face aux essaims de drones connectés
Le stratège russe imagine même des essaims de drones qui n’auront plus besoin de contrôle humain pour réaliser des frappes. L’armée qui aura le plus de drones prendra le dessus, prévient-il. Dans cette configuration, le camouflage n’est plus possible car le champs de bataille est devenu totalement transparent.
Résultat, Iouri Balouevski imagine une armée où soldats et matériels sont interconnectés, où la guerre se conduit à distance.
Dans cette nouvelle guerre, l’ennemi n’a plus besoin d’être dans le champ de vision. Le char, lourd et visible, perd toute son utilité:
« Le char apparaît aujourd’hui comme une cible aisément détectable et destructible, avec un système d’armement peu efficace pour la lutte en champ de vision. Le tank a perdu la place qu’il occupait jadis: celle de principal moyen de percée et de manœuvre de l’armée. »
Même diagnostic pour l’artillerie classique -canons, obus, lance-roquette. Les drones la surpassent désormais largement.
Selon Iouri Balouevski, cette guerre numérique raye d’un trait toutes les doctrines héritées de la révolution industrielle:
« La campagne d’Ukraine a tiré un trait sur près d’un siècle de domination des représentations de la guerre mécanisée, propres aux sociétés industrielles. »
Une armée décentralisée, agile, et connectée
Pour le stratège russe, l’organisation du déploiement des troupes doit aussi être revu de fond en comble. Avec ces essaims de drones autonomes, hors de question de concentrer les troupes au même endroit:
Les « zones d’extermination totale » sont appelées à s’étendre sur plusieurs dizaines de kilomètres, rendant impossible toute manœuvre ou concentration de troupes par l’une des parties en présence, même au sein de sa propre profondeur opérationnelle. »
Le chef militaire russe plaide pour des unités minuscules – 2 à 4 soldats – très mobiles, très légères, très connectées. Il faut investir massivement dans les systèmes anti-drones et privilégier des véhicules plus légers que les chars, comme le M2 Bradley, qui aurait, selon lui, démontré son efficacité en Ukraine.
Dans cette nouvelle doctrine, l’armée du futur doit être moins cloisonnée, plus polyvalente, plus connectée, et capable d’agir partout avec agilité sur le champ de bataille. Pour le chef d’état-major des armées russe, il est urgent de changer de logiciel:
« Il est clair que la structure, l’organisation et la technique des troupes armées devront connaître une profonde adaptation. L’ère des « grands bataillons » est bel et bien derrière nous. »
La puissance de calcul, nouveau nerf de la guerre
Pour Iouri Balouevski, la puissance de calcul est désormais le nerf de la guerre. Elle permettra, via l’intelligence artificielle de créer des systèmes automatisés capables de détecter, identifier et frapper toute menace à une vitesse et une précision jamais vues. Une révolution qui pourrait même remettre en cause l’équilibre lié à la dissuasion nucléaire:
« Ces dynamiques pourront accroître considérablement la capacité de défense contre les armes nucléaires traditionnelles et donner une nouvelle dimension aux systèmes de défense anti-missiles — une transformation lourde de conséquences pour la valeur de l’arme nucléaire et la dissuasion nucléaire en général. »
Pour le chef d’état-major russe, la Russie dispose de ressources techniques et scientifiques pour prendre ce virage technologique. Mais il met en garde : les avancées sont si rapides que la Russie risque d’être distancé par les grandes puissances technologiques.