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La Simulation massive en réseau est sur le point de franchir un nouveau jalon au sein de l’armée de l’Air & de l’Espace


par Laurent Lagneau · 13 décembre 2025

En octobre, organisée par le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes [CDAOA], l’édition 2025 de l’exercice de préparation à la « haute intensité » Volfa a mobilisé pas moins d’une cinquantaine d’aéronefs et plus d’un millier d’aviateurs.

« Inspiré des enseignements tirés des conflits récents, Volfa 2025 intègre de nombreux raids aériens complexes, de jour comme de nuit, mettant en œuvre tout le spectre des opérations aériennes : supériorité aérienne, reconnaissance, déploiement agile, protection des forces ou encore opérations en conditions dégradées », avait alors expliqué l’armée de l’Air & de l’Espace.

Mais il se pourrait bien que, dans un avenir proche, la « simulation massive en réseau » [SMR] joue un rôle dans des exercices de cette nature.

Pour rappel, la SMR reprend les principes du « serious gaming » [jeu sérieux] et des jeux vidéos. En 2017, dans le cadre d’un projet d’innovation participative, l’Escadron de chasse 2/5 « Île-de-France », aujourd’hui dissous, s’était approprié ce concept en se dotant de six stations DCS [Digital Combat Simulator] afin de simuler des tactiques air-air pour ensuite les reproduire dans des conditions réelles. À cette fin, il avait sollicité l’entreprise RAZBAM Simulations pour reproduire aussi fidèlement que possible le système de navigation et l’armement du Mirage 2000C.

Cette initiative fit florès car, en 2019, l’état-major de l’AAE décida de l’étendre à l’ensemble de ses unités, avec l’appui du Centre d’expertise Aérienne Militaire [CEAM] et l’Agence de l’innovation de défense.

Et pour cause : si elle ne remplace évidemment pas l’entraînement en conditions réelles, la SMR offre plusieurs avantages, à commencer par celui de s’affranchir des contraintes de disponibilité des aéronefs. Peu coûteuse, elle permet surtout d’expérimenter de nouvelles tactiques, de passer outre certaines réglementations contraignantes qui s’imposent en « temps de paix », de rejouer des scénarios opérationnels autant de quoi que nécessaire, voire de produire des données qui alimenteront les algorithmes d’intelligence artificielle [IA] dédiés au combat aérien.

« La Simulation Massive en Réseau complète la formation en vol des équipages et les simulateurs ‘haute-fidélité’ en offrant un environnement virtuel et opérationnel commun. En mettant en réseau des cabines de pilotage et des systèmes d’armes simplifiés, elle permet d’entraîner les forces aux procédures communes et à la coordination exigée par du combat collaboratif », résume le CEAM.

Quoi qu’il en soit, la SMR est sur le point de franchir une nouvelle étape au sein de l’armée de l’Air & de l’Espace. Le 4 décembre, alors que les équipements nécessaires sont en cours de déploiement, une mission de synthèse a été effectuée en vue de prononcer une première capacité opérationnelle d’ici la fin de cette année.

Dans le détail, et selon le CEAM, cette mission de synthèse a consisté à connecter seize cabines réparties sur six sites différents, afin de permettre aux opérateurs « d’interagir, de tester et développer des tactiques dans des scénarios complexes et exigeants représentatifs de la haute intensité ». Elle « a ainsi permis de faire évoluer la chasse [Luxeuil et Nancy], la défense sol-air [Avord], le contrôle de la défense aérienne [Tours et Mont-de-Marsan], les hélicoptères [Pau], etc. », a-t-il ajouté.

L’an prochain, l’AAE a l’objectif de déployer une centaine de cabines interconnectées sur ses différentes bases aériennes. « Les ambitions futures incluent l’enrichissement de la SMR avec de nouvelles briques capacitaires, notamment des capacités ‘constructives’ générées par l’intelligence artificielle et une aptitude à l’interconnexion avec l’environnement ‘Live’ », a expliqué le CEAM, via le réseau social LinkedIn.