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Naval Group dévoile un concept de croiseur porte-drones

VINCENT GROIZELEAU – 03/11/2026

© Naval GroupVue du SCX-26.

À l’occasion d’Euronaval 2026, Naval Group dévoile avec le SCX-26 sa vision d’un futur bâtiment de combat lourd imaginé pour évoluer au centre d’une flotte ultra-connectée combinant plateformes habitées et autonomes. Une approche prospective qui ne préjuge pas forcément d’un futur programme, mais qui dessine clairement un avenir qui n’est peut-être pas si lointain. Mer et Marine vous propose de découvrir en détail cet impressionnant bâtiment.

Ce concept ship, qui a fait l’objet d’études assez poussées, y compris avec des tests de maquette en bassin d’essai de carène, est pensé pour répondre à l’évolution dans la durée des menaces dans tous les milieux et intégrer les révolutions technologiques liées à la numérisation des systèmes, l’intelligence artificielle et l’essor des plateformes robotisées. 

Drones aériens, de surface et sous-marins, saturation des défenses, guerre électronique, cyber attaque, menaces balistiques, hypervéloces et asymétriques : le navire de combat de demain devra, selon Naval Group, conjuguer puissance de feu, capacité d’adaptation augmentée et aptitude renforcée à intégrer de nouveaux systèmes tout au long de son cycle de vie.

« Il faut avoir un coup d’avance »

« Ce concept ship remplit un rôle de laboratoire de tests et d’agrégation de technologies. L’exercice consiste à anticiper l’avenir et combiner sur une plateforme les besoins qui seront ceux de demain. Il faut avoir un coup d’avance. Ce n’est pas un bateau destiné en l’état à être construit mais ses grandes caractéristiques sont directement issues des derniers retours opérationnels et des évolutions technologiques en cours et à venir. Les engagements récents ont démontré le besoin d’une plus grande modularité des plateformes, dans le temps présent pour passer rapidement d’une mission à l’autre, et dans la durée afin de pouvoir intégrer de nouvelles capacités et innovations. Sur le SCX-26, nous avons donc dédié des espaces importants pour les évolutions capacitaires », explique à Mer et Marine Aymeric de Torcy, responsable marketing Drones et Cyber chez Naval Group.

Un bâtiment ultra-furtif de 10.000 tonnes

Pour répondre aux enjeux du combat naval de demain, c’est-à-dire à l’horizon des années 2040, les équipes de l’industriel français, architectes et anciens officiers de la Marine nationale, ont imaginé une plateforme lourde de type cr de 170 mètres de long pour 24 mètres de large et d’un déplacement d’environ 10.000 tonnes à pleine charge. Une plateforme rapide, capable d’atteindre la vitesse de 30 nœuds et de franchir jusqu’à 8000 nautiques avec une propulsion de type CODLAG (Combined diesel–electric and gas). Et, surtout, une plateforme extrêmement furtive, y compris verticalement afin de déjouer les missiles balistiques comme la surveillance des satellites radars depuis l’espace. Le « toit » des superstructures bénéficie donc lui aussi, comme le reste du bateau, de formes spécifiques pour réduire au maximum sa signature.  

© Naval Group

Deux grandes superstructures encadrant une zone flexible

L’architecture du SCX-26 repose notamment sur deux hautes superstructures intégrant de multiples capteurs et des passerelles bénéficiant d’une vue particulièrement surélevée. Entre ces deux mâtures intégrées géantes se trouve une vaste zone flexible destinée à intégrer des capacités opérationnelles modulaires. Il peut s’agir d’armements complémentaires, de zone de stockage de conteneurs ou de drones, par exemple. C’est typiquement dans cet espace que pourraient être logées un grand nombre de munitions téléopérées (MTO), dont des drones intercepteurs de drones. 

Une grande baie de mission et une usine à drones à l’arrière

En plus de cette zone centrale, l’arrière du SCX-26, sur près d’un tiers de la longueur du bâtiment, est conçu autour d’une vaste baie de mission interne. Située sous la plateforme aviation, à laquelle elle est reliée par un grand ascenseur, elle peut non seulement accueillir des hélicoptères, mais aussi stocker, préparer et entretenir de nombreux drones (UAV, USV, AUV) et même en produire ou assurer des réparations grâce aux technologies de fabrication additive, complétées par un stock de pièces détachées. Une véritable petite usine embarquée qui peut par exemple servir à la production, à bord, de MTO. 

Cette baie permet de faire évoluer rapidement la combinaison de drones embarqués selon les missions : renseignement, surveillance, guerre électronique, lutte anti-sous-marine, escorte ou d’autres missions spécialisées. Associée aux propres capteurs et effecteurs du navire, cette capacité robotisée contribue à une approche plus distribuée du combat, dans laquelle le navire agit au sein d’une force associant navires, aéronefs, drones et autres systèmes de combat naval du futur.

Une combinaison de capteurs, dont un radar UHF 

Très fortement armé, le SCX-26 réunit les meilleures capacités dans tous les domaines de lutte : défense aérienne, lutte anti-sous-marine et antinavire, frappe en profondeur… Il ne s’agit plus de concevoir des frégates spécialisées, le bâtiment de combat du futur sera tout à la fois. Il intègre les systèmes les plus pointus, en particulier un radar UHF. Ces antennes de nouvelle génération fonctionnant sur des fréquences très basses offriront des capacités de détection à très longue portée permettant de répondre aux menaces balistiques et hypervéloces. Il s’agit des plus grands panneaux visibles sur les images d’artiste. Ce radar UHF sera combiné à un radar multifonctions de type Sea Fire à antenne active qui a fait son apparition avec les nouvelles frégates de défense et d’intervention (FDI). Le bâtiment dispose par ailleurs d’une suite sonar complète (sonar de coque et antennes remorquées) renforcée par les capteurs des drones dédiés à la lutte sous la mer, ainsi que de moyens innovants de guerre électronique. 

Plus de 100 missiles à bord

En matière d’armement, la dotation est considérable puisque le SCX-26 est équipé de douze lanceurs verticaux de la famille Sylver (huit sur la plage avant, quatre sur les côtés de la plateforme aviation), soit une capacité de 96 missiles surface-air tels l’Aster 30 et de missiles croisière comme le MdCN. Et la dotation en missiles peut largement dépasser la centaine de munitions. D’abord avec des systèmes comme le nouveau cold launcher de Naval Group, qui permet, dans le volume d’un lanceur octuple Sylver, de loger 24 missiles surface-air CAMM. Cette solution verra le jour avec les futures frégates de défense et d’intervention (FDI) suédoises, dont la première unité sera livrée en 2030. Dans le même temps, les travaux se poursuivent en vue de développer un futur lanceur vertical, le Sylver NG, qui sera plus modulaire et devrait notamment disposer de cellules quadruples. Sans même obérer les lanceurs du SCX-26, il serait possible d’en ajouter d’autres dans la zone modulaire centrale, tout comme des silos pour de futurs missiles balistiques hypersoniques. 

Dans le même temps, pour l’autodéfense en champ proche, le SCX-26 est équipé de deux lanceurs mobiles Rampart, conçus pour mettre en œuvre différents effecteurs, comme des missiles antiaériens et antisurface de courte portée, des roquettes à guidage laser ou encore des leurres actifs décalés. 

Canon électromagnétique et laser

S’y ajoutent des armements de nouvelle génération tel un canon principal électromagnétique de fort calibre à salves rapides bénéficiant d’un carénage furtif, ainsi qu’un laser de 100 kW installé en haut de la superstructure avant, pour bénéficier d’un champ de battage complètement ouvert. L’artillerie classique complète le dispositif avec une tourelle furtive de 57 mm et des canons plus légers, l’ensemble offrant une couverture à 360 degrés. 

Le bâtiment est ainsi taillé pour faire face à tous les types de menaces actuelles et futures, depuis le bas jusqu’au haut du spectre. Il pourra contrer des attaques saturantes conventionnelles ou hybrides, des missiles hypervéloces à très longue portée, tout en pouvant lui-même, avec son environnement capacitaire, gagner la supériorité en mer et frapper très loin dans la profondeur. 

Résilience physique et numérique

Un important travail a été réalisé quant à la résilience du bâtiment, d’abord obtenue par ses capacités de surveillance, de détection et de protection, mais qui passe aussi par sa résistance à d’éventuelles avaries de combat. Il bénéficie d’une structure très robuste, ainsi qu’une forte ségrégation et redondance des systèmes clés, en particulier au niveau du système d’armes, tant sur les réseaux numériques que sur les installations, à l’image des lanceurs verticaux répartis à l’avant et à l’arrière. L’architecture à deux superstructures contribue également à cette résilience, chacune disposant d’ailleurs d’une passerelle. Sur le plan informatique, l’enjeu est tout aussi fort pour contrer les attaques cyber dans un environnement où les outils numériques seront omniprésents. 

© Naval Group

Un état-major de 100 personnes pour gérer une flotte grandement autonome

Très automatisé, ce navire porte-drones n’en reste pas moins une plateforme habitée car, chez Naval Group, on estime que la technologie ne remplacera pas l’équipage. Elle lui donnera de nouvelles capacités. Le SCX-26 serait armé par 150 marins, avec la possibilité d’accueillir 100 personnels supplémentaires. Un état-major embarqué d’un nouveau genre apte à gérer une force aéromaritime formant un réseau connecté multi-milieux, du fond des mers à l’espace. Cet état-major comprend non seulement des officiers, mais aussi des opérateurs pour les drones de la flotte.  Car ce bateau, s’il peut naviguer seul, est d’abord conçu pour évoluer au sein d’une force combinant des moyens habités et autonomes. « Ce bâtiment, au centre d’une Task Force, est un nœud de connectivité avec les moyens qui l’entourent, en particulier des drones de surface, aériens et sous-marins. C’est un ensemble qui arrive sur le champ de bataille et constitue un réseau de capteurs et d’armements dont l’empreinte est bien plus grande que celle de ses seules capacités », souligne Aymeric de Torcy. 

Une architecture data-centrée et une aide indispensable de l’IA au profit des opérateurs

Une telle approche implique une plateforme dite « data-centrée » avec des architectures numériques de nouvelle génération, qui sont d’ailleurs en cours de développement, notamment dans le cadre des développements permis par le programme de porte-avions de nouvelle génération (PA-NG). Elles vont s’appuyer sur des puits de données et de puissants logiciels d’analyse avec un rôle clé des outils d’intelligence artificielle. « Ces architectures seront essentielles pour les questions d’évolutivité et de résilience des données numériques, l’apport de l’IA permettant une meilleure analyse de la masse considérable d’informations recueillies et une aide essentielle pour les opérateurs dans un contexte où les capacités de la plateforme seront démultipliées. Elle permettra notamment de gérer la flotte de drones car il ne sera pas possible de mettre un opérateur derrière chaque engin. Dès aujourd’hui, avec le système Steeris, nous avons déjà développé une intelligence embarquée qui permet aux drones d’êtres autonomes en navigation. Là, il s’agit de développer un Steeris à l’échelle d’un bateau et même d’une flotte, l’un des grands enjeux résidant dans la charge cognitive des opérateurs qui ne doivent pas être saturés ». 

Ainsi, dans cet environnement fortement numérisé et automatisé, avec de multiples plateformes déployées simultanément et une rapidité des actions fortement accrue, les marins devront toujours pouvoir comprendre la situation, piloter avec l’aide de l’IA la coordination des systèmes et décider plus rapidement. L’intelligence artificielle et l’autonomie viendront selon Naval Group augmenter les capacités de l’équipage, tandis que la décision et la responsabilité opérationnelles resteront au cœur de l’action humaine.