Le drone de combat qui accompagnera le Rafale F5 ne sera peut-être pas de conception française

par Laurent Lagneau · 27 octobre 2026

En octobre 2024, conformément à la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, le ministère des Armées annonça le développement d’un drone de combat furtif [UCAV] censé accompagner le Rafale porté au standard F5. Il «contribuera à la supériorité technologique et opérationnelle des ailes françaises à partir de 2033», s’était alors félicité Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation.
Cet UCAV devait bénéficier des acquis du programme nEUROn, lequel s’était concrétisé par le premier démonstrateur technologique européen de drone de combat. «Adapté au combat collaboratif, il incorporera des technologies de furtivité, de contrôle autonome [avec l’humain dans la boucle], d’emport en soute, etc.», avait expliqué Dassault Aviation.

Cependant, l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] s’intéresse également aux drones de combat collaboratif [CCA], qui n’entrent pas dans la même catégorie que cet UCAV appelé à «compléter» le Rafale F5.

«Les CCA sont une petite révolution pour nous, mais ils existent déjà aux États-Unis, en Chine et en Australie. L’idée est d’avoir des plateformes collaboratives, des drones un peu plus importants que ceux que nous connaissons actuellement, afin de créer la brèche dans les défenses aériennes ennemies. Ils auront au moins un certain niveau de furtivité, de l’armement, et seront surtout réutilisables, sans pour autant coûter le prix d’un avion de chasse», avait en effet expliqué le général Jérôme Bellanger, le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace [CEMAAE], lors d’une audition parlementaire.

S’agissant de l’UCAV dérivé du nEUROn, il «incarnera le très haut du spectre des CCA», avait-il précisé.

Cela étant, au 1er juillet dernier, Dassault Aviation attendait toujours un contrat pour développer cet UCAV.

«Une petite déception est que nous n’avons pas encore lancé de drone de combat. Cela ne veut pas dire que nous n’y travaillons pas, mais les contraintes budgétaires, les évolutions… Pour nous, le drone de combat est complémentaire de l’avion de combat», avait confié M. Trappier, lors d’une audition sur l’avenir de l’aviation de combat, au Sénat.

Et, parmi les premiers contrats notifiés au cours de l’été par la Direction générale de l’armement [DGA] dans le cadre du développement du Rafale F5, aucun n’a concerné cet UCAV.
Or, quelques semaines plus tôt, la DGA avait émis une demande d’informations à l’intention de l’industrie en vue de préparer l’acquisition éventuelle de CCA, ces derniers étant susceptibles d’être utilisés pour des missions air-air, air-sol et air-surface ainsi que pour des opérations de reconnaissance/ciblage, de guerre électronique et de destruction des défenses aériennes ennemies [SEAD].

Au cours d’une audition au Sénat, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2027, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a parlé de l’UCAV au passé.

«En ce qui concerne le projet UCAV, dont l’objet était de développer un drone de combat furtif accompagnateur du Rafale F5, issu des travaux du nEUROn, les retours d’expérience des conflits actuels nous ont conduits à explorer l’ensemble des concepts de drones candidats à cet accompagnement», a déclaré Mme Vautrin.

«Il y a une demande d’informations internationale qui a été publiée par la DGA en 2026, ce qui nous a permis de recueillir des réponses industrielles cet été. On est en train de procéder à une étude pour préciser les apports opérationnels et les scénarios d’emploi afin de travailler sur une phase d’expérimentation impliquant un chasseur et un CCA en 2028», a-t-elle ajouté, en faisant manifestement allusion au projet HypAIRion de l’AAE.

Faut-il en déduire que le projet d’UCAV a été abandonné au profit de l’acquisition de CCA, qu’aucun industriel français ne propose pour le moment ? La ministre n’a rien dit de plus sur ce sujet.

Actuellement, les principaux CCA sont de conception américaine, comme le Vectis de Lockheed Martin, le YFQ-48 Talon Blue de Northrop Grumman, le MQ-28A Ghost Bat de Boeing, le YFQ-42 de General Atomics, le YFQ-44 Fury d’Anduril ou encore le XQ-58A Valkyrie de Kratos [lequel a fait l’objet d’un partenariat avec Airbus Defence & Space]. En Europe, Helsing a développé le CA-1 Europa, en espérant, justement, séduire l’armée de l’Air & de l’Espace.

FacebookXLinkedInGoogle TranslateEmailCopy LinkPartager