Alphonse Fondère (1865-1930)
À 21 ans, il traversa la Méditerranée dans une nacelle en osier
Aujourd’hui, à 21 ans, on peut traverser la Méditerranée dans un avion en regardant une série sur son téléphone.
En 1886, Alphonse Fondère choisit une autre méthode.
Un ballon.
Il a 21 ans.
Et entre Marseille et la Corse, il y a près de 200 kilomètres de mer.
Pas de moteur.
Pas de GPS.
Pas de radio.
Et évidemment aucun moyen de faire demi-tour.
Le 14 novembre 1886, sur la Plaine Saint-Michel à Marseille, une foule s’est rassemblée autour d’un énorme ballon sphérique baptisé Le Gabizos.
À son bord doivent prendre place deux jeunes hommes : Louis Capazza, 24 ans, et Alphonse Fondère, 21 ans.
Le mistral souffle fort.
Ils partent quand même. Les sources historiques situent leur envol vers 16 h 30. Tepas
Une fois parti, impossible de revenir
C’est ce qui rend leur aventure difficile à imaginer aujourd’hui.
Un ballon libre ne se pilote pas comme un avion.
Capazza a étudié les courants atmosphériques et les deux hommes peuvent jouer sur l’altitude, mais leur trajectoire dépend essentiellement du vent.
Ils quittent Marseille, passent vers Cassis et La Ciotat et longent la côte.
Puis le vent les emporte vers le large.
Devant eux : la Méditerranée.
Derrière eux : la France continentale qui disparaît.
Et sous la nacelle : la mer.
Le récit historique conservé par le programme TEPAS de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme raconte cette première traversée et souligne les conditions difficiles du départ. Tepas
Ils continuent.
Cinq heures et demie au-dessus de la mer
La nuit tombe.
À cette époque, il n’existe évidemment aucun système électronique permettant de connaître précisément sa position.
Il faut observer.
Attendre.
Et faire confiance aux calculs, au vent et à une énorme enveloppe remplie de gaz.
Enfin, une terre apparaît.
Est-ce la Corse ?
Est-ce la Sardaigne ?
Ils descendent.
C’est la Corse.
Vers 22 heures, le Gabizos atteint les environs d’Appietto, près d’Ajaccio, après environ cinq heures et demie de vol. Tepas
Mais l’aventure n’est pas terminée.
L’atterrissage est violent.
Pour empêcher le ballon de repartir et d’entraîner la nacelle, Fondère doit éventrer son enveloppe au couteau. Le récit contemporain rapporté par TEPAS décrit les secousses de l’atterrissage et Fondère attaquant le ballon pour le dégonfler. Tepas
Les deux hommes sont vivants.
Et ils viennent d’accomplir la première traversée aérienne de la Méditerranée en ballon.
Il avait 21 ans
C’est peut-être cela qu’il faut retenir aujourd’hui.
Fondère n’était pas un vieux héros au sommet d’une carrière.
Il avait 21 ans.
L’âge d’un étudiant.
Il avait accepté de monter dans une nacelle suspendue sous un ballon et de partir au-dessus d’une mer immense pour tenter quelque chose qui n’avait jamais été fait.
L’exploit fut suffisamment marquant pour qu’un monument à Marseille rende encore aujourd’hui hommage à Louis Capazza et Alphonse Fondère, avec cette inscription rappelant qu’ils réalisèrent en 1886 la première traversée aérienne de la Méditerranée. Tepas
Fondère poursuivra ensuite une vie d’aventures et d’activités en Afrique. Il avait notamment participé à une mission liée à Pierre Savorgnan de Brazza et deviendra explorateur et administrateur. Wikipédia
Mais à 21 ans, il avait déjà inscrit son nom dans l’histoire de l’aéronautique.

