Dominique-Jean Larrey (1766-1842)
Celui qui courait vers les blessés
Sur un champ de bataille, l’instinct commande de s’éloigner du danger.
Dominique-Jean Larrey, lui, faisait exactement l’inverse.
Né en 1766 dans les Hautes-Pyrénées, il devient chirurgien et rejoint en 1792 l’armée du Rhin.
À cette époque, les chirurgiens restent généralement en retrait pendant les combats. Les blessés peuvent attendre de longues heures avant d’être récupérés et soignés.
Lors de la bataille de Spire, Larrey refuse cette fatalité.
Sous le feu, il se porte au-devant des blessés pour leur apporter des secours immédiats.
De cette expérience naît une idée révolutionnaire : les « ambulances volantes ».
Larrey imagine des voitures légères et rapides capables de suivre les mouvements de l’armée, de récupérer les hommes tombés et de les transporter rapidement vers les chirurgiens.
Deux siècles avant nos systèmes modernes de secours d’urgence, il comprend un principe essentiel : pour sauver une vie, chaque minute compte.
Mais Larrey introduit également une autre idée remarquable.
Un blessé doit être soigné parce qu’il est blessé, indépendamment de son grade, de sa nationalité ou du camp auquel il appartient.
Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, il accompagne ainsi les soldats au plus près des combats, de l’Égypte à la Russie.
À Eylau, en 1807, au milieu du froid, de la neige et de milliers de victimes, Larrey et ses équipes travaillent pendant plusieurs jours sans relâche.
Les soldats le surnomment « la Providence du soldat ».
Et Larrey n’est pas un médecin qui observe la guerre depuis l’arrière.
À Waterloo, en 1815, il est encore sur le champ de bataille pour récupérer et soigner les blessés.
Il est lui-même blessé puis capturé et manque d’être exécuté.
Il survivra et poursuivra après les guerres son travail de chirurgien, d’enseignant et de médecin militaire.
Dominique-Jean Larrey laisse derrière lui bien davantage qu’une carrière exceptionnelle.
En allant chercher les blessés immédiatement, en organisant leur évacuation rapide et en plaçant la nécessité médicale avant le rang ou la nationalité, il devient l’un des grands précurseurs de la médecine d’urgence moderne.
Son histoire rappelle surtout quelque chose aux jeunes générations :
le courage ne consiste pas nécessairement à vaincre quelqu’un.
Le courage peut aussi consister à entrer volontairement dans le danger pour essayer d’en ramener un autre vivant.

