Renseigner pour protéger : la DRSD face aux nouvelles menaces
Direction : Ministère des Armées / Publié le : 29 mai 2026
Sabotage, guerre économique, ingérences, cyberattaques, manipulations de l’information… Les menaces qui visent la sphère défense se multiplient et évoluent rapidement. Lors du point presse hebdomadaire du ministère des Armées et des anciens combattants, le général Aymeric Bonnemaison, directeur de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), a présenté les modes d’actions hostiles ciblant les armées et les industriels de défense.

« Renseigner pour protéger ». Telle est la devise de la DRSD. Historiquement tournée vers le contre-espionnage militaire, elle est aujourd’hui « responsable de la contre-ingérence des forces et de la contre-ingérence de l’économie de défense », a résumé le général Bonnemaison. Présente sur l’ensemble du territoire national, en outre-mer comme en opérations extérieures, la DRSD agit au cœur d’un écosystème stratégique profondément bouleversé. En dix ans, elle s’est transformée pour faire face aux nouvelles menaces.
Pour le général Bonnemaison, « nous avons changé de monde […] Nous devons donc élever globalement le niveau de vigilance ». Le retour des conflits de haute intensité, avec la guerre en Ukraine ou les tensions au Proche et Moyen-Orient, s’accompagne d’un retour du fait nucléaire. A cela s’ajoutent des ingérences quotidiennes et des actions hybrides sur le territoire national. Dans ce contexte, la sphère défense (armées, emprises militaires, base industrielle et technologique de défense (BITD), sous-traitants…) constitue une cible prioritaire.
Des ruptures technologiques qui accélèrent les vulnérabilités
Les ruptures technologiques liées au cyber, à l’intelligence artificielle, aux drones ou encore au quantique, accélèrent les vulnérabilités. Pour le directeur, « ce qui change dans l’aspect technologique, c’est la vitesse de l’innovation. L’innovation, notamment dans la guerre en Ukraine, se fait dans un tempo opérationnel qui n’a rien avoir avec celui qu’elle avait avant. » Cette dynamique génère alors une pression sur les technologies de défense (DefTech). Dans cette « course du bouclier et du glaive », la DRSD accompagne ainsi les acteurs de la DefTech afin de protéger les innovations stratégiques et préserver la souveraineté nationale. « Plus le glaive est élaboré chez l’adversaire, plus il faut réajuster notre bouclier pour pouvoir faire face à ces agressions », a-t-il ajouté.
Guerre économique
L’économie de guerre constitue un autre volet de vigilance. Avec l’augmentation des budgets de défense à travers le monde, les entreprises françaises évoluent dans un marché particulièrement concurrentiel. « Nous sommes le service de renseignement de l’économie de défense », a rappelé le général Bonnemaison. La DRSD accompagne ainsi ces usines pour les protéger face aux menaces qui peuvent être multiples : instrumentalisation des normes, tentatives de captation de technologies, opérations de déstabilisation réputationnelle (comme cela avait été le cas avec le Rafale bashing)…
Espionnage, sabotage et manipulation : des menaces en forte hausse
Parmi les menaces identifiées figurent les opérations de repérage, les survols de drones, les vols de matériel informatique, les tentatives d’approches numériques via les réseaux sociaux ou encore les campagnes de désinformation qui ciblent les entreprises de défense. « Les survols de drones ont doublé en 2025 par rapport à 2024 », a précisé le général Bonnemaison.
Le sabotage est aussi une menace en hausse. Certaines actions revendiquées par des mouvances d’ultragauche visent désormais des entreprises liées à la défense. A cela s’ajoute l’utilisation croissante de proxys : des individus recrutés en ligne, parfois liés au crime organisé, chargés d’accomplir une mission de sabotage sans toujours connaître les véritables commanditaires.
Enfin, la subversion informationnelle constitue un défi majeur. L’intelligence artificielle en démultiplie les capacités en permettant de créer des fausses vidéos, des voix simulées… « Aujourd’hui, on est à se demander systématiquement si une information est vraie sur les réseaux sociaux », a précisé l’intervenant.
Anticipation et vigilance
Pour faire face à ces risques hybrides, la DRSD mise sur l’anticipation et la vigilance. Le service croise les menaces et les vulnérabilités selon le spectre « TESCO » pour terrorisme, espionnage, sabotage, subversion et crime organisé. L’objectif est double : détecter les signaux et adapter en permanence les dispositifs de protection. Le service s’appuie notamment sur la méthode « Red Teaming », qui consiste à se placer dans la posture d’un adversaire afin d’identifier les vulnérabilités potentielles d’une organisation. « Et à partir de là, on décline nos actions », a précisé le général Bonnemaison. Celles-ci se matérialisent par des enquêtes administratives, des audits de sécurité, de la sensibilisation du personnel…
Enfin, la vigilance collective est essentielle. En effet, « 80 % des compromissions sont dues à de simples négligences », selon le directeur de la DRSD. Et d’ajouter : « Notre sécurité est une sécurité collective. Notre vigilance doit être collective. »