La DGA envisage d’associer le planeur hypersonique V-MAX au futur missile balistique sol-sol de théâtre

par Laurent Lagneau · 16 avril 2026

Lors de son discours sur la «dissuasion nucléaire avancée» qu’il a prononcé à l’Île-Longue, le 2 mars dernier, le président Macron souligna la nécessité de disposer de «nouvelles options pour gérer conventionnellement l’escalade, à l’heure où les adversaires déploient technologies et armements nouveaux».

En clair, il s’agit de développer des capacités de frappes conventionnelles dans la profondeur. «L’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, dans le cadre de notre initiative dite ELSA [European Long-Range Strike Approach] vont travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée», avait ensuite précisé Emmanuel Macron.

Conformément à cette orientation, le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 prévoit une enveloppe de 1,1 milliard d’euros pour lancer des études sur le développement d’un missile balistique sol-sol de théâtre [MBT] à capacité conventionnelle.

«Des études pour le développement d’un segment de frappe dans la profondeur [DPS] seront lancées dès 2026 afin de disposer d’un missile sol-sol balistique conventionnel d’une portée classe 2 500 km avant la fin de la prochaine décennie. Une coopération avec nos alliés allemands et britanniques est privilégiée», précise en effet le rapport mis en annexe au projet d’actualisation de la LPM.

En réalité, ces études ont déjà commencé puisqu’il est question d’associer ce futur missile balistique de théâtre au planeur hypersonique V-MAX [Véhicule manœuvrant Expérimental], dont le développement, confié à ArianeGroup, avait été annoncé en 2019 par Florence Parly, alors ministre des Armées.

Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 15 avril, le Délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, a en effet confié que cette piste était actuellement privilégiée.

«Nous avons identifié ce que nous souhaitons faire au plan technologique, à savoir un missile balistique doté d’un planeur hypersonique manœuvrant. Nos calculs, au sens mathématique du terme, nous démontrent que c’est probablement le meilleur rapport prix/performances militaires», a expliqué M. Pailloux.

Pour autant, cette option n’est pas totalement acquise. «Nous sommes en train de discuter avec nos partenaires européens [impliqués dans l’initiative ELSA, ndlr] pour voir si on peut construire quelque chose ensemble. En fonction des discussions, il est possible que l’on modifie l’objet que l’on va développer», a-t-il ajouté.

Pour rappel, l’initiative ELSA a été lancée en juillet 2024 par la France, l’Italie, l’Allemagne et la Pologne. Le Royaume-Uni et la Suède l’ont rejointe quelques mois plus tard. En outre, en mars, Londres et Berlin ont confirmé leur intention de développer une famille de missiles de croisière conventionnels et hypersoniques à longue portée.

Le projet évoqué par le Délégué général de l’armement vise à mettre au point une capacité similaire à celle mise en œuvre par la Russie [système Avangard], les États-Unis [Dark Eagle, développé pour l’US Army et l’US Navy], la Chine [DF-ZF ou DF-17] ou encore l’Inde [HGV-202F].

Pour rappel, le V-MAX a fait l’objet d’un premier essai en juin 2023, grâce à une fusée-sonde à trois étages en configuration dite «Terrier-Oriole-Oriole» fournie par le Naval Surface Warfare Center, Port Hueneme Division [NSWC PHD] de la marine américaine.

«Le premier vol de plusieurs centaines de kilomètres a permis de tester le véhicule et sa manœuvrabilité dans le cadre d’une rentrée atmosphérique, suivie de manœuvres dans le régime hypersonique. Réalisé dans des ambiances mécaniques et thermiques extrêmes, [il] a permis de vérifier la bonne tenue des structures et le bon fonctionnement des équipements et des expériences embarquées. Le démonstrateur comportait de nombreuses innovations technologiques, notamment dans les domaines des protections thermiques et des capteurs inertiels», avait expliqué ArianeGroup.

Un second essai du V-MAX devrait bientôt être effectué avec la fusée-sonde SylEX [pour Système de Lancement d’Expériences], elle aussi développée par ArianeGroup pour le compte de la Direction générale de l’armement [DGA].

Il visera à «démontrer la capacité à concevoir, à réaliser et à piloter en vol à vitesses hypersoniques un véhicule de forme complexe équipé d’un nouveau système de pilotage».

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