Actualisation de la LPM : quelles conséquences pour les forces armées françaises ?

Rédaction Mer et Marine – 13/04/2026

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© Mbda – M. HansL’actualisation met notamment l’accent sur l’accroissement sensible des stocks de munitions. Les livraisons de missiles antinavires Exocet (ici en photo) vont augmenter de 100% d’ici 2030 et 200% d’ici 2035 par rapport aux objectifs initiaux de la LPM.

Le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) a été présenté le mercredi 8 avril en conseil des ministres. Deux jours plus tard, le texte était publié. Le parlement va maintenant l’examiner, son adoption étant souhaitée par l’exécutif avant le 14 juillet. Le projet prévoit d’affecter 36 milliards d’euros supplémentaires aux armées d’ici 2030, alors que la LPM, en forte hausse, était déjà dotée de 413 milliards d’euros entre 2024 et 2030. Mer et Marine fait le point sur les conséquences de cette actualisation pour l’équipement des forces navales, aériennes, spatiales et terrestres françaises. Un article de Vincent Groizeleau et Yannick Smaldore.

Comme d’autres rédactions, Mer et Marine avait eu connaissance de l’avant-projet de loi portant actualisation de la LPM. Nous attendions cependant de disposer du texte final pour vérifier les choix actés par l’exécutif. Le projet de loi a finalement été publié le vendredi 10 avril sur le site de l’Assemblée nationale

Le gouvernement propose donc d’allouer 36 milliards d’euros supplémentaires au ministère des Armées d’ici 2030, ce qui permettra d’atteindre à cette échéance les 2.5% du produit intérieur brut (PIB). Le budget du « Minarm » doit, ainsi, passer à 50.5 milliards en 2025 à 57.1 milliards cette année puis 63.3 milliards en 2027, soit à cette date un doublement de l’effort dans la défense française depuis 2017 (32.2 milliards). Un effort très important, surtout dans un contexte budgétaire particulièrement contraint comme celui que connait actuellement la France. Mais, comme le font remarquer certains parlementaires, une grande partie de ces sommes supplémentaires ne feront qu’absorber le renchérissement du coût des acquisitions de matériels tel que prévu lors du vote de la LPM, fin 2023, cela du fait de l’inflation. Et dans le même temps, elles compenseraient une sous-évaluation des coûts initialement présentés pour certains programmes. Ce qui consommerait en réalité plus des deux tiers de l’enveloppe. 

Marine nationale : pas de bateau en plus mais des unités mieux équipées

Par conséquent, cette nouvelle « surmarche » ne se traduit pas par un accroissement du format des armées. Ce qui n’est pas une surprise. Pour la Marine nationale par exemple, à aucun moment il ne fut question d’accroître dès maintenant le nombre de frégates de premier rang, encore moins celui des sous-marins. Si tel doit être le cas, en particulier le retour à un format de 18 frégates de premier rang, au lieu de 15, ce ne sera qu’au cours des années 2030 et cette question sera du ressort de la prochaine LPM.  

Le patron de la flotte française, l’amiral Nicolas Vaujour, l’avait très clairement indiqué en début d’année lors d’une rencontre avec l’Association des Journalistes de Défense (AJD). Avant de parler de format, il faut d’abord travailler sur la létalité des bateaux et la cohérence des moyens. C’est à ce deux premiers axes que l’accroissement budgétaire doit servir. Ainsi, le projet d’actualisation de la LPM prévoit un effort massif sur les munitions, avec pour le volet naval, un accroissement de 230% des livraisons de torpilles MU90 et F21 à horizon 2030 par rapport à la cible initiale prévue par la LPM sur la période 2036-2030. Une hausse qui doit atteindre 310% en 2035. Autre exemple : les livraisons de missiles antinavires Exocet doivent augmenter de 100% d’ici 2030 et de 200% d’ici 2035. Et les hausses concernent les autres armements, souvent mutualisés avec les autres armées, comme les missiles surface-air Aster et Mistral, les missiles de croisière Scalp et MdCN, ou encore les missiles air-air Mica et Meteor, ainsi que les armements air-sol modulaires (AASM) mis en œuvre par les Rafale Air et Rafale Marine. Un effort significatif sera également fait pour l’acquisition de munitions téléopérées (MTO), y compris en emploi naval, ainsi que dans le domaine des drones. La production des nouvelles bouées acoustiques actives/passives Sonoflash produites par Thales et qui devraient entrer en service cette année sur les avions de patrouille maritime Atlantique 2 et les hélicoptères Caïman Marine (NH90) sera quant à elle accrue de 50% d’ici 2030 par rapport à ce qui était initialement prévu par la LPM. 

Pour reprendre capacité par capacité les moyens de la flotte française et les prévisions de la LPM et de son actualisation : 

Vue du futur porte-avions France Libre. 

Porte-avions

Dans le domaine des porte-avions, la situation est quasiment inchangée. En service depuis 2001, le Charles de Gaulle, qui sera rénové lors de son troisième et dernier arrêt technique majeur à Toulon entre 2027 et 2028, naviguera jusqu’en 2038. À cette date, il sera remplacé par le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) France Libre, dont le dossier de lancement en réalisation (DLR) a été signé fin décembre. Le prochain jalon majeur pour ce programme est la signature avec les Chantiers de l’Atlantique et Naval Group du contrat de construction du bâtiment, attendue sous trois ans. Pour le PA-NG, l’actualisation de la LPM prévoit des crédits supplémentaires pour renforcer les développements liés à la supériorité informationnelle, ainsi que la létalité du bâtiment (armement, groupe aérien embarqué, drones…) La commande d’un troisième rail de catapultage est également acté. 

PHA du type Mistral. 

Porte-hélicoptères amphibies (PHA)

Pour ce qui est des trois porte-hélicoptères amphibie (PHA), les Mistral, Tonnerre et Dixmude, mis en service en 2006, 2007 et 2012, aucune grande rénovation à mi-vie n’est prévue sur l’actuelle LPM. Les bâtiments, ce qui était déjà prévus, bénéficient néanmoins d’évolutions ponctuelles (nouveaux bossoirs, liaisons de données tactiques L22), d’autres étant à l’étude (nouveau radar de veille, nouveau système de direction de combat) ou encore, en matière d’autodéfense, l’intégration de la capacité de tir Akeron/MMP (Missile Moyenne Portée).

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SNLE 3G. 

Sous-marins 

En ce qui concerne les sous-marins, aucune mention n’est faite des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). La flotte se constitue toujours de quatre unités, Le Triomphant (1997), Le Téméraire (1999), Le Vigilant (2004) et Le Terrible (2010) qui ont été modernisés et peuvent maintenant mettre en œuvre le missile balistique M51.3, officiellement mis en service en octobre dernier. La construction de L’Invincible, premier des quatre SNLE de troisième génération qui succèderont aux Triomphant, est en cours au chantier Naval Group de Cherbourg. Il doit être à la mer en 2036, les entrées en flotte de ces sous-marins devant être échelonnées tous les cinq ans.