La LPM actualisée va instaurer un «régime d’état d’alerte de sécurité nationale»
par Laurent Lagneau · 26 mars 2026
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Le 25 mars, la Commission européenne a confirmé, avec retard, que la France allait bénéficier de 15,09 milliards d’euros de prêt à taux préférentiel au titre de l’initiative SAFE [Action de sécurité pour l’Europe], lancée pour favoriser l’achat d’équipements militaires contenant au moins 65 % de composants d’origine européenne.
À quoi va servir cette «manne» ? Si l’exécutif européen a pris son temps pour donner un avis favorable à la requête française, c’est parce que Paris a fait valoir que la liste des commandes envisagées était «classifiée». En tout cas, elle profitera à la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 actualisée, pour laquelle il est prévu d’allouer 36 milliards d’euros supplémentaires.
Le même jour, lors d’un débat [sans vote] organisé au Parlement pour évoquer la situation au Moyen-Orient, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a donné les grandes lignes de cette LPM actualisée, dont les détails seront dévoilés le 8 avril prochain.
S’il a réservé une grande partie de son intervention aux aspects capacitaires, en défendant notamment la nécessité de faire un effort supplémentaire de 8,5 milliards d’euros en faveur des munitions, le chef du gouvernement a aussi fait savoir que l’actualisation de la LPM allait être l’occasion de prendre des mesures «organisationnelles» et «juridiques».
«Si nous voulons être indépendants […], nous devons être capables de nous défendre par nous-mêmes. Et si nous voulons être capables de nous défendre par nous-mêmes, nous devons investir davantage pour maintenant, mais aussi pour demain. Toutefois cette réponse ne peut pas être uniquement budgétaire», a en effet souligné M. Lecornu.
Cette réponse, a-t-il poursuivi, est non seulement «organisationnelle» et «juridique» mais aussi «politique, intellectuelle et culturelle» car «les crises contemporaines sont rapides, hybrides et imprévisibles» étant donné qu’elles mêlent «le militaire, l’économique, le cyber, l’informationnel et l’énergie».
En outre, a continué M. Lecornu, ces crises, qui «se cumulent plus qu’elles ne se succèdent», portent atteinte à «nos intérêts» et à «notre capacité collective à réagir».
Aussi, l’État «doit se mettre à jour» pour y faire face. D’où le «nouveau régime d’état d’alerte de sécurité nationale» qui, selon le Premier ministre, figurera dans le projet d’actualisation de la LPM.
Ce «régime d’état d’alerte de sécurité nationale» doit permettre, le cas échéant, «d’adapter temporairement nos règles pour accélérer les décisions, simplifier les procédures et lever les blocages qui ralentissent aujourd’hui la conduite de nos projets stratégiques», a expliqué M. Lecornu.
Pourquoi attendre une crise pour faire cet effort de simplification ? Ne serait-il pas plus pertinent d’anticiper ce qui pourrait advenir ? Car, quand une crise éclate, il est généralement trop tard pour réagir et éviter des maux que l’on aurait pu s’épargner en étant proactif.
Quoi qu’il en soit, selon le compte rendu du Conseil national d’évaluation des normes du 5 mars, cité par Maire Infos, ce régime d’état d’alerte de sécurité nationale devrait concerner au premier chef les collectivités puisqu’il conférera «aux autorités administratives compétentes en matière de défense la possibilité de déroger aux normes réglementaires nationales ou locales», des dérogations en matière d’urbanisme pouvant par exemple être imposées aux communes pour «aménager des plots logistiques».
La LPM actualisée prévoit d’autres mesures allant dans le même sens. Selon M. Lecornu, elles porteront sur la lutte antidrone, la gestion des stocks stratégiques et les réserves.
«Il ne serait pas acceptable que, face à une menace imminente, la Nation soit entravée par ses propres lenteurs. Nos compétiteurs ne s’imposent pas ces contraintes. Nous ne pouvons pas être les seuls à nous les imposer lorsque notre sécurité est en jeu», a conclu le Premier ministre.