« RAZORBACK » : ouvrir la piste pour permettre de combattre

Face au retour des conflits de haute intensité et à la vulnérabilité des bases aériennes, l’exercice « Razorback » a mis à l’épreuve, du 26 janvier au 6 février, les sections de travaux de reconnaissance et de dépollution (STRD) du 25e régiment du génie de l’air (RGA). Leur mission, au cœur de l’aérodrome de Vouziers-Séchault, était de reconnaître, sécuriser et nettoyer une plateforme aéronautique attaquée pour permettre la reprise des opérations aériennes dans les plus brefs délais.

Véhicule blindé de reconnaissance.

L’exercice simulait un scénario de haute intensité où les plateformes sont des cibles prioritaires, soumises à bombardements, frappes de précision et minage. Les STRD sont la première ligne d’intervention. Unités polyvalentes, elles combinent les compétences du sapeur avec celles, spécifiques, de la dépollution pyrotechnique et de l’expertise aéronautique. Elles reconnaissent l’état de la plateforme, neutralisent les menaces résiduelles (notamment les munitions non explosées) et caractérisent les ressources exploitables. Leur action est le prérequis indispensable à l’arrivée des échelons travaux plus lourds et, in fine, à la remise en condition de la piste.

Un scénario ancré dans les conflits contemporains

Inspiré initialement de la guerre froide, le scénario a été enrichi des retours d’expérience (RETEX) récents, notamment du conflit russo-ukrainien. Il place la plateforme en zone contestée, peu endommagée mais fortement polluée, tandis que les infrastructures annexes sont détruites. L’objectif adverse est d’interdire l’exploitation de la base sans la détruire complètement. Cette situation exige des STRD de travailler sous la menace d’attaques aériennes répétées et indirectes (drones, artillerie, missiles). Il est donc impératif d’adopter une posture de manœuvre dispersée et de déterminer rapidement une piste opérationnelle minimale, comprenant uniquement les éléments essentiels pour garantir la sécurité des décollages et atterrissages.

Moyens lourds et coordination essentielle

L’exercice a engagé environ 60 sapeurs du 25e RGA, renforcés par des équipes EOD (Explosive Ordnance Disposal – désarmement des minutions explosives) et un groupe de sapeurs de combat belges. Le dispositif s’articulait autour de véhicules blindés de reconnaissance et de dépollution, de drones et d’armements collectifs. Le binôme STRD-EOD est crucial en raison de la variété des munitions et des risques de piégeage. Les EOD appuient la dépollution et conseillent le commandement pour définir la piste opérationnelle minimum, clé de voûte de la manœuvre aérienne. Les drones, sans remplacer la reconnaissance au sol, apportent une vision d’ensemble pour cartographier la pollution et orienter les équipes, permettant un gain de temps précieux.

Reconnaissance du terrain par le 25e RGA.

L’exigence humaine : la rigueur avant tout

« Razorback » met à l’épreuve un personnel majoritairement jeune, motivé, encadré par d’anciens chefs de section STRD expérimentés, rappelés pour l’exercice. La charge mentale est permanente : la réussite de leur mission conditionne l’intervention ultérieure des sections travaux, la restauration rapide de la plateforme et de la liberté de manœuvre du chef air. Un épisode a rappelé cette exigence : la non-détection d’une seule sous-munition, de la taille d’un gobelet, suffisait à bloquer l’ensemble de la manœuvre en haute intensité.

Par ailleurs, la participation d’un détachement belge souligne la dimension multinationale et l’importance de l’échange de savoir-faire. L’exercice s’inscrit dans le concept FRA-ACE de dispersion des aéronefs et de la capacité à opérer sur des plateformes dégradées. À l’issue de l’exercice, les STRD sont capables de fournir à l’armée de l’Air et de l’Espace une évaluation rapide des délais de rétablissement d’une plateforme. Le 25e RGA adapte en permanence ses savoir-faire techniques et tactiques pour répondre aux exigences du combat de haute intensité.

Avec « Razorback », le message est clair : ouvrir et sécuriser une piste, c’est déjà permettre de combattre.

L’exercice « Razorback » a été conçu au début de l’année 2023, moins d’un an après le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a marqué le retour du combat de haute intensité sur le continent européen. L’un des premiers faits marquants de ce conflit fut la tentative de prise d’assaut de l’aéroport d’Hostomel par les forces armées russes, confirmant que, dans un affrontement symétrique, les plateformes aéronautiques constituent des objectifs à haute valeur ajoutée. Leur neutralisation ou leur conquête conditionne directement la manœuvre aérienne et, par conséquent, l’acquisition et le maintien de la supériorité aérienne. « Razorback » s’inscrit dans cette réflexion opérationnelle, en visant à préparer les unités du 25e RGA à intervenir dès les premières heures d’un conflit pour ouvrir, sécuriser et rendre exploitables des plateformes aéronautiques en environnement contesté.