Quatre ans de guerre en Ukraine: la « chair » a disparu, remplacée par des tablettes…

Ce billet devait être publié le jour du quatrième anniversaire de la reprise de la guerre en Ukraine, laquelle a commencé en 2014 avant de connaître une escalade dramatique en février 2022 et se transformer en guerre à haute intensité sur un front de 1000 km. Il est publié en ce jour avec une focalisation particulière sur l’un des aspects le plus saillant de ce conflit toujours en cours.

Soyons brutalement honnêtes quant à la situation actuelle : l’armée ukrainienne qui a stoppé la colonne russe à l’aéroport de Hostomel/Gostomel et défendu Kiev en 2022 est morte. Pas au sens figuré, mais au sens tactique. Les formations d’infanterie de masse, les groupes d’assaut « shturmoviki », les fusiliers de ligne tenant les tranchées avec des armes légères ? Ils ont tous disparu.

Outre les morts et les blessés, des estimations ukrainiennes évaluent à 200 000 le nombre de déserteurs ayant fui le conflit. Pour pallier à cette défaillance de l’élément humain, les grandes compagnies du combat numérique US et l’OTAN ont adopté une stratégie sortie tout droit de la science-fiction : Nous n’assistons plus à une guerre de chair et de sang, mais à une guerre de microprocesseurs et d’explosifs. En 2026, la ligne de front ukrainienne est tenue par une phalange de robots. Le fantassin ukrainien n’existe plus en tant qu’élément de manœuvre. Il existe en tant qu’opérateur à distance, assis dans un bunker fortifié à 20 kilomètres de la ligne de front, regardant un flux à 360 degrés provenant d’une douzaine de caméras.

Palantir, Starlink, Eutelsat, l’IA de combat et les drones ont transformé ce conflit. La Force de défense ukrainienne de 2026 est une clé passe-partout : légère, mobile et entièrement automatisée grâce à de super logiciels de gestion du champ de bataille supervisés par les meilleurs compagnies de l’IA de combat de la planète.

La disparition du fantassin

Pourquoi l’infanterie a-t-elle disparu ? Pour des raisons physiques et économiques. À la fin de l’année 2024, la densité des drones FPV et des munitions vagabondes rendait impossible tout déplacement terrestre d’un peloton à pied. Les retex (retour d’expérience) du contingent nord-coréen sont saisissants: il est tout bonnement impossible de lever la tête dans ce type de théâtre sans recevoir un drone kamikaze. En 2025, les plateformes terrestres sans pilote (UGV) telles que les chenilles d’assaut « Lyut » et les wagons logistiques « Dronya » modifiés ont commencé à prendre le relais pour effectuer les « sales boulots » : tenir les lignes d’arbres, couvrir les zones mortes et détruire les bunkers russes.

Aujourd’hui, une « attaque » ukrainienne consiste rarement en un homme avec un fusil d’assaut sautant dans une tranchée. Il s’agit plutôt d’une escouade de véhicules terrestres sans pilote (UGV) télécommandés, pilotés par câble à fibre optique, qui ouvrent la voie à une grenade larguée par drone. L’être humain est tout simplement trop lent, trop fragile et trop coûteux pour être exposé à un contact direct. Le rôle du soldat est passé de « tireur » à « architecte de système » derrière une télécommande.

La révolution Flash

En cette fin de mois de février 2026, seules les armées russe, ukrainienne et nord-coréenne ont une expérience réelle de ce qu’est une guerre de haute intensité d’un nouveau type dominé par l’IA et les systèmes armés autonomes saturant le champ de bataille.

Cette évolution n’est nulle part plus évidente que dans l’essor du bataillon de systèmes sans pilote nouvellement formé de la 28e brigade mécanisée ukrainienne, dont l’indicatif d’appel est « FLASH ».

« Flash » est sans doute l’unité la plus unique de l’histoire militaire moderne. Il s’agit de la première unité internationale d’UAV (drones) d’Ukraine, une force de frappe « étrangère lourde ». La condition d’admission pour rejoindre « Flash » n’est pas l’expérience du combat. Pas besoin d’anciens Navy Seal US, de SAS britannique, de commandos Hubert français ou des forces spéciales allemande et et polonaise. Ce n’est même pas la formation militaire: C’est la maîtrise de l’anglais et du maniement des drones FPV.

L’unité « Flash » emploie une horde polyglotte de techniciens étrangers : des ingénieurs logiciels australiens, des analystes britanniques en cybersécurité, des spécialistes américains en SIG et des pilotes de drones scandinaves, français, tchèques, polonais, etc. Ces jeunes, n’ayant souvent aucune formation militaire de base, traduisent la guerre en code.

Fonctionnement de « Flash » : la nouvelle ossature de l’OTAN en Ukraine

Le modèle « Flash » est devenu le squelette du pacte de défense OTAN-Ukraine dans cette guerre. Nous allons tenter de voir comment il fonctionne techniquement à partir de données en OSINT (source ouverte).

Le bataillon de « Nerds » : une vague d’assaut russe se forme. À trois kilomètres du front, les opérateurs « Flash », assis dans un bunker avec Starlink, Eutelsat et du café, lancent la première vague de drones « Interceptor ». Il ne s’agit pas de FPV, mais de chasseurs-tueurs assistés par l’IA, conçus pour éliminer les drones de reconnaissance russes et aveugler l’ennemi avant le début de la bataille. Le rôle des logiciels Palantir dans cette phase est primordiale.

Comme les opérateurs sont des locuteurs natifs ou parlent couramment l’anglais, l’intégration avec les renseignements de l’OTAN est transparente. Il n’y a aucun décalage pour la traduction. Un opérateur « Flash » recevant des données de ciblage par satellite en temps réel d’un AWACS de l’OTAN peut assigner une mission à un drone ukrainien Mavic ou à un drone longue portée « Baba Yaga » en quelques secondes. Les « cloisonnements » de la guerre de coalition ont été démantelés par la simple exigence que tout le monde parle le même langage technique.

« Flash » est spécialisé dans les opérations « Mothership ». Un opérateur gère un drone relais de communication à haute altitude, tandis que cinq autres sous ses ordres gèrent un essaim de FPV d’attaque au sol. C’est un jeu vidéo, un jeu StarCraft mortel et à haut risque auquel jouent des enfants qui ont grandi avec des manettes entre les mains. Cela nous rappelle les adolescentes israéliennes en pyjamas scotchées sur Tik-Tok et Instagram cachées dans des bunkers confortables contrôlant des systèmes armés semi-autonomes à la surface canardant les Palestiniens.

La technologie a évolué : le résultat est que la défense de l’Ukraine en 2026 est squelettique mais automatisée. La « force musculaire » de la mobilisation de masse a totalement disparu, mais le « système nerveux » est hyper-évolué.

Lorsque les Russes attaquent aujourd’hui, ils ne combattent pas les Ukrainiens. Ils combattent un réseau distribué US/OTAN. Ils tirent sur une tranchée et touchent un robot de 2 000 dollars. Ils détruisent un nid de mitrailleuses et découvrent une tourelle télécommandée. Ils essaient d’appeler des renforts, mais leurs fréquences radio sont brouillées par une radio logicielle commandée par un type à Kiev qui codait en Python il y a deux ou trois ans dans la maison de ses parents au Kansas ou en Virginie.

Flash prouve que dans cette guerre, la volonté de mourir a moins de valeur que la capacité à traiter des données. La 28e brigade, autrefois une unité mécanisée traditionnelle, est désormais une bête hybride : son armure est en acier, mais son épée est en silicium et son langage l’anglais.

L’ours apprend à chasser les mouches : la contre-adaptation de la Russie en 2026

Alors que l’Occident s’autocongratulait d’avoir remplacé les soldats par des tablettes dans la guerre en Ukraine, l’armée russe observait et apprenait en encaissant et recevant des milliers de drones kamikazes sur la tête de ces soldats.

La guerre n’est jamais un monologue. C’est un dialogue permanent. La réponse russe à la doctrine « Flash » et à la ligne de front robotisée ukrainienne n’a pas été d’essayer de construire une meilleure tablette. Elle a consisté à construire un meilleur marteau et à changer les règles du jeu afin que les tablettes ne fonctionnent plus.

La première priorité de l’état-major russe a été de rompre le fil conducteur de la stratégie sans pilote de l’OTAN et de l’Ukraine : la liaison de données (datalink).

Pour qu’une unité telle que « Flash » puisse fonctionner, elle a besoin d’une connexion propre et à haut débit vers ses drones. Nous assistons à une escalade massive de la guerre électronique russe (EW) pour empêcher cela. Les récentes mises à niveau des bombes planantes UMPK avec l’antenne CRPA « Kometa » à 12 canaux en sont la preuve . Pourquoi améliorer la navigation de la bombe ? Parce que la guerre électronique ukrainienne, comme le système « Lima », a été si efficace pour brouiller le GPS que les bombes russes étaient devenues aveugles . Il s’agit d’une course à l’armement en temps réel dans le domaine de la guerre électronique.

Mais l’aspect offensif est plus effrayant. Nous recevons actuellement des informations crédibles selon lesquelles la Russie testerait la triangulation des réseaux mobiles pour traquer les opérateurs de FPV profondément en arrière des lignes ukrainiennes. Les Russes utilisent les antennes-relais biélorusses comme stations de base pour localiser les émissions radio des pilotes de drones. L’« opérateur dans un bunker » n’est plus en sécurité ; son signal est désormais une cible.

Le résultat est un champ de bataille qui devient « obscur ». Les mesures de guerre électronique russes sont devenues si denses que le simple fait de faire voler un drone relève désormais de la mission suicide. L’ère des drones de reconnaissance incontestés touche à sa fin.

Alors que les Etats-Unis et leur alliés débattent des protocoles avancés de ciblage de l’IA, les usines russes sont en pleine effervescence. La réponse à l’essaim de FPV a été brutale et industrielle. En dépit de l’infériorité technique russe face à l’hégémonie technologique du complexe SatCom/IA de combat US, la stratégie suivie par Moscou se révèle résiliente face aux armes secrètes adverses et cela effraie au plus haut point les Européens.

Prenez par exemple l’essor du « char Dandelion » (ou « Tsar-Mangal » 2.0). Officiellement brevetés par le ministère russe de la Défense, ces T-90M et T-72 sont recouverts d’une cage métallique ondulée et d’un blindage à lamelles qui semble avoir été conçu dans une usine de tracteurs des années 1970. Les médias occidentaux se moquent à l’infini de leur esthétique, mais ils passent à côté de l’essentiel.

Cette armure « pissenlit » n’est pas destinée à arrêter un redoutable missile antichar Javelin. Elle est conçue pour faire exploser un drone FPV à distance. Elle transforme un drone de 50 000 dollars en confettis contre une feuille de métal de 500 dollars. Comme l’a fait remarquer à juste titre un de nos homologue, cette carapace à l’apparence ridicule est « vulnérable aux obus traditionnels », mais les Ukrainiens ne tirent plus d’obus, ils font voler des drones. Les Russes ont calculé que la principale menace était le FPV, et ils ont construit un abri mobile pour y survivre. La vidéo d’un « char Frankenstein » russe survivant à deux douzaines de frappes de drones avant d’être finalement détruit n’est pas une histoire d’échec, mais celle d’une résilience terrifiante.

Lors de l’exercice militaire Hedgedog 2026 mené par l’Otan dans un pays Balte, deux bataillons d’une puissance militaire avancée de l’OTAN ont été totalement détruits en moins de huit heures par une unité ukrainienne jouant le rôle de l’adversaire dans des conditions similaires à celle de la guerre en Ukraine. Cela a ébranlé bien des convictions sur l’adaptation à ce type de guerre face à des essaims continuels de drones dans un champ de bataille saturé.

Changement de doctrine

Le changement le plus profond se produit actuelleme’t dans l’esprit des stratèges russes. Pendant un siècle, la doctrine russe reposait essentiellement sur le concept de « poing blindé ». C’est officiellement terminé.

La non adaptation du char de bataille est patent dans les conditions prévalant dans la guerre en Ukraine. Même les chars occidentaux les plus avancés et les plus onéreux ont totalement échoué sur le champ de bataille ukrainien.

L’ère des divisions blindées de la Garde est révolue. Le nouveau mantra est « les drones auront encore leur heure de gloire ». Les Russes admettent publiquement que le programme T-14 Armata est une impasse et que les blindés massés constituent une cible de choix pour les drones ukrainiens. Ce ne sont pas que des paroles en l’air. Le président Poutine a officialisé ce changement en créant une branche distincte des forces armées : la Force des systèmes sans pilote .

Voici la particularité russe : ils réduisent leurs effectifs pour mieux se renforcer. Alors que l’Ukraine met en place des bataillons « Flash » pour mener à bien des missions complexes, la réponse russe consiste en des assauts menés par de « petites équipes ». Des escouades de 3 à 5 hommes à moto ou en buggy se faufilent à travers le « champ de bataille transparent » pour traquer les équipages de drones ukrainiens. Ils ne peuvent pas tenir le terrain, mais ils n’en ont pas besoin. Il leur suffit de s’approcher suffisamment pour tuer le type qui tient la tablette. Voilà pourquoi il y a des dizaines de vidéos montrant les ciblage de soldats russes à moto ou en buggy par des drones.

Le marteau hypersonique

Enfin, nous ne pouvons ignorer l’éléphant dans la pièce, ou plutôt le missile dans le ciel. Les Russes préfèrent toujours le marteau. L’attaque menée par la Russie en janvier 2026 avec le missile hypersonique Oreshnik près de Lviv a été considérée par certains analystes comme tactiquement insignifiante . Il s’agit là d’une erreur d’interprétation fatale. En fait cela visait à démontrer que la Russie est capable de lancer des missiles à capacité nucléaire que les défenses aériennes occidentales ne peuvent intercepter.

Alors que les bataillons « Flash » remportent la guerre tactique des drones, la Russie remporte la guerre stratégique de l’escalade. L’Oreshnik est conçu pour déstabiliser les commanditaires et les dirigeants politiques occidentaux des opérateurs « Flash ». Il envoie le message suivant à Varsovie, Berlin et Washington : votre supériorité technologique sur le front n’a aucune importance si nous décidons d’en faire une guerre des capitales.

Le modèle ukrainien « Flash » de 2026 est brillant. Il s’agit de l’aboutissement logique d’une nation qui a plus de courage que ses conscrits mais surtout d’une innovation technologique majeure des géants US du numérique engagés dans la première guerre mondiale hybride et dont l’apport en Ukraine est décisif.

Mais la Russie s’est adaptée. Elle a accepté que le « champ de bataille transparent » soit permanent . Elle dépense des roubles dans le domaine du spoofing électronique, des cages rudimentaires et des menaces hypersoniques plutôt que d’essayer de reconstruire une armée de chars de l’ère soviétique.

Si les quatre premières années de cette guerre ont été marquées par l’essor des drones, les quatre prochaines seront consacrées à la guerre contre les drones.

C’est cet aspect qui déterminera l’avenir immédiat de ce conflit qui n’est pas prêt de s’arrêter et qui continuera bien au-delà d’un éventuel cessez-le-feu (utopique) pour une durée minimale de dix à vingt ans si l’on se tient aux paramètres actuels.