One Way Effector, le pari gagnant de MBDA

MBDA aura eu le nez fin. Le groupe europĂ©en et son partenaire, Aviation Design, livreront une première munition tĂ©lĂ©opĂ©rĂ©e de longue portĂ©e aux armĂ©es françaises, rĂ©sultat d’un dĂ©veloppement engagĂ© sur fonds propres et menĂ© tambour battant l’an dernier. La livraison d’un premier lot est attendu pour la mi-2027. 

Entre l’écriture d’une feuille de route et l’adoption de la munition One Way Effector par la Direction gĂ©nĂ©rale de l’armement (DGA), « il s’est passĂ© un an Â», nous explique un reprĂ©sentant de MBDA. Le bouillonnement constatĂ© dans ce domaine et l’urgence du besoin imposaient d’aller vite, donc de consentir Ă  mettre Ă  l’étrier sur fonds propres tout en mobilisant des briques existantes. « Cela faisait partie des points novateurs du contrat. (…) Nous avions bien saisi l’importance du sujet et la nĂ©cessitĂ© d’être rapide pour produire quelque chose quasiment sur Ă©tagère Â», relève MBDA.

La prise de risque a sans doute Ă©tĂ© consentie par d’autres, mais la compĂ©tition aura finalement souri au duo formĂ© avec Aviation Design. Le sujet est plutĂ´t sensible, alors pas un mot sur les montants et les volumes. Mais, mĂŞme pour un groupe europĂ©en dont le chiffre d’affaires frĂ´lait les 5 Md€ en 2024, les quantitĂ©s inscrites dans le contrat « sont significatives et, surtout, ce sont des commandes fermes Â». Pour MBDA, le contrat se dĂ©marque Â« Ă  la fois par le nombre de munitions qui pourraient ĂŞtre commandĂ©es au fil du marchĂ© mais aussi par la manière dont il a Ă©tĂ© conduit par la DGA Â». Travailler autrement s’avĂ©rait en effet nĂ©cessaire pour rĂ©pondre aux contraintes de coĂ»t et de calendrier. La DGA s’est pour cela appuyĂ©e sur le Pacte drones aĂ©riens de dĂ©fense mis en place en juin 2024, un mĂ©canisme qui permet de mieux aligner les besoins des forces et les capacitĂ©s industrielles. 

Il s’agissait Ă©galement de rapprocher les « grands Â» des « petits Â», un montage qui se multiplie aujourd’hui dans l’industrie française. MBDA en sait quelque chose, lui qui a conçu la quasi-totalitĂ© de son catalogue de MTO avec des dronistes comme Delair et Novadem. En dĂ©coule une autre relation gagnant-gagnant, car combinant l’agilitĂ© et l’expertise technique d’une petite structure aux moyens de production et financiers d’un gĂ©ant de l’armement. Gain de temps, d’énergie et d’argent Ă  la clef. En ressort une munition OWE Ă©bauchĂ©e au tournant de 2025 puis dĂ©voilĂ©e en juin dernier Ă  Paris. « Nous avons tenu les engagements pris au salon du Bourget Â», se fĂ©licite MBDA. Les faits parlent d’eux-mĂŞme. Le premier vol est intervenu Ă  l’automne dernier, suivi quelques semaines plus tard d’un premier tir – rĂ©ussi – en prĂ©sence de la DGA. 

PlutĂ´t que de partir d’une feuille blanche chronophage, MBDA est allĂ© chercher un drone existant dans le catalogue d’Aviation Design. L’entreprise de Milly-la-ForĂŞt (Essonne) dispose en effet d’un vecteur d’origine civile remaniĂ©, armĂ© et livrĂ© Ă  l’Ukraine « avec, dĂ©jĂ , des cadences de production Ă©levĂ©e Â». Cette plateforme mature, MBDA l’a retravaillĂ©e avec celui qui est dĂ©sormais son « partenaire privilĂ©giĂ© Â» dans le segment de la longue portĂ©e pour y intĂ©grer et optimiser le fonctionnement d’une charge militaire de 40 kg issue de l’artillerie et enrichie de quelques composants « maison Â». Et franchir au passage l’intervalle entre ce drone auquel on accole un explosif et une MTO dotĂ©e d’une charge militaire dĂ©diĂ©e. « IntĂ©grer une telle charge demande une rĂ©elle expertise, et c’est lĂ  que MBDA intervient Â», note un industriel non seulement chargĂ© de la gĂ©nĂ©ration de l’effet militaire, mais aussi du guidage et de la sĂ»retĂ© d’armement. 

Crédits image : MBDA

Si la DGA a retenu le terme de MTO LP pour son contrat, l’OWE n’en est pas vraiment une. MBDA lui prĂ©fère l’expression de munition prĂ©-programmĂ©e. Elle n’est en effet pas rĂ©ellement guidĂ©e Ă  distance mais suit une trajectoire dĂ©terminĂ©e en amont. La navigation dĂ©pend ensuite de l’hybridation d’un GPS, d’une centrale inertielle et « d’autres capteurs Â» dans l’idĂ©e de frapper sur coordonnĂ©es. L’OWE se situe ainsi Ă  la croisĂ©e d’une MTO de par ses caractĂ©ristiques de coĂ»t, de disponibilitĂ© et d’évolutivitĂ© et de ce qui demeure l’un des coeurs de mĂ©tier de MBDA, le missile de croisière. « Il y a une complĂ©mentaritĂ© avec les missiles de croisière Ă  laquelle nous rĂ©flĂ©chissons beaucoup Â», pointe MBDA. Quant Ă  la motorisation permettant Ă  l’OWE d’atteindre les 400 km/h, celle-ci repose sur un turborĂ©acteur d’origine europĂ©enne, disponible sur Ă©tagère, peu cher et rapide Ă  produire donc taillĂ© pour la prise de masse. Le tout en rĂ©pondant aux critères de performance et de souverainetĂ© Ă©tablis par la DGA.

Avec sa portĂ©e supĂ©rieure Ă  500 km, la solution OWE est avant tout destinĂ©e Ă  rĂ©aliser des frappes tactiques dans la profondeur contre des cibles Ă  haute valeur ajoutĂ©e, Ă  commencer par les postes de commandement et dispositifs logistiques adverses. Si le système est « assez flĂ©chĂ© vers l’armĂ©e de Terre mais qui pourra ĂŞtre en dotation dans les trois forces armĂ©es Â», indique MBDA. MĂŞme si le premier contrat est « crantĂ© Â» vers les artilleurs, des rĂ©flexions se poursuivent dès lors en interne pour faire Ă©voluer cette munition et l’adapter le plus possible aux besoins spĂ©cifiques des aviateurs et des marins. 

Elle ne sera par ailleurs pas uniquement dĂ©diĂ©e Ă  la destruction mais aussi Ă  l’épuisement de la dĂ©fense sol-air adverse « par des tirs en salve de plusieurs munitions Â», prĂ©cisait le ministère des ArmĂ©es lors de l’annonce de la notification du contrat. Reste que la munition OWE est pour l’instant lancĂ©e par rampe. Si « la rampe permet dĂ©jĂ  de lancer des quantitĂ©s assez importante Â», souligne MBDA, ce besoin de saturation de la DSA ennemie incite Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  d’autres modes de lancement pour accĂ©lĂ©rer la manoeuvre, une voie Ă©galement poursuivie par d’autres. 

La notion de saturation pose d’emblĂ©e la question de la masse. Le schĂ©ma industriel proposĂ© Ă  la DGA « permet entièrement de rĂ©pondre aux attentes de cadence de production, quelles qu’elles soient dans le cadre du marchĂ© Â». LĂ  encore, MBDA a pris les devants en planchant d’emblĂ©e sur un schĂ©ma permettant de monter Ă  1000 exemplaires sortis d’usine chaque mois. Voire d’aller au-delĂ  « si besoin Ă©tait Â», l’industriel n’hĂ©sitant pas Ă  revoir une fois encore sa copie pour ĂŞtre en mesure de produire Ă  des cadences « largement supĂ©rieures Â» Ă  celles annoncĂ©es lors du Bourget. Aviation Design jouera un rĂ´le central durant l’exĂ©cution du contrat. Ses Ă©quipes seront autant chargĂ©es d’une partie de la production du vecteur que de contribuer Ă  le faire Ă©voluer au rythme des Ă©volutions constatĂ©es ou demandĂ©es.

« Nous avons dĂ©jĂ  quelque-chose qui est bien avancĂ© pour ĂŞtre vraiment au rendez-vous pour la livraison Â», rĂ©sume MBDA. Parachever le dĂ©veloppement et conduire les essais Ă©tatiques en moins de 18 mois, « c’est quand mĂŞme très court, d’oĂą l’intĂ©rĂŞt d’avoir lancĂ© des choses en avance de phase Â», estime l’industriel. Ce dernier prĂ©voit de fournir un système fini dans le courant 2026, prĂ©alable au lancement en production. La confiance reste de mise. « Il n’y a pas d’inquiĂ©tude sur le fait que nous serons Ă  l’heure pour livrer les premières munitions Â».