Le marin qui refusa de tirer
En 1785, deux navires quittent Brest pour accomplir l’une des plus ambitieuses expéditions scientifiques françaises du XVIIIe siècle : La Boussole et L’Astrolabe.
À la tête de l’expédition se trouve Lapérouse. À ses côtés, un homme aujourd’hui beaucoup moins connu : Paul-Antoine Fleuriot de Langle, commandant de L’Astrolabe. Marin depuis l’âge de 14 ans, combattant de la guerre d’indépendance américaine, mais aussi scientifique et membre de l’Académie de Marine, il est choisi par Lapérouse pour ses connaissances et son expérience. Académie de marine
Pendant plus de deux ans, les deux équipages parcourent le Pacifique. Leur mission ne consiste pas seulement à explorer : ils doivent cartographier des territoires encore mal connus des Européens, réaliser des observations scientifiques et recueillir des informations sur les régions visitées. Service Historique de la Défense
Puis vient le 11 décembre 1787, sur l’île de Tutuila, aux Samoa.
Langle descend à terre avec des hommes pour chercher de l’eau douce, notamment parce qu’il craint les ravages du scorbut sur son équipage. Les chaloupes chargées de barriques doivent attendre la marée pour repartir. La situation se tend brutalement autour des marins. Académie de marine
Langle dispose d’armes.
Mais il refuse d’ordonner de tirer sur la foule. L’expédition a reçu pour instruction de se comporter pacifiquement envers les populations rencontrées. Une pierre le frappe à la tête. Il tombe. Le groupe est attaqué et Langle est tué, ainsi que plusieurs de ses hommes. Wikipédia
Lapérouse perd ce jour-là bien davantage qu’un officier. Dans le témoignage qui nous est parvenu, il décrit Langle comme son meilleur ami et souligne précisément son humanité. Wikipédia
Son histoire pose une question qui n’a pas vieilli : que vaut un principe quand le respecter devient dangereux ?
Il est facile de parler de maîtrise de soi, de responsabilité ou d’humanité lorsque rien ne nous menace. Fleuriot de Langle, lui, dut prendre une décision en quelques secondes, face au danger.
Il la paya de sa vie.
Plus de deux siècles plus tard, son nom reste associé à cette expédition extraordinaire et à ces hommes partis de Brest vers un monde qu’ils connaissaient à peine, « morts pour la science et la Patrie », selon l’inscription portée sur le monument qui leur rend hommage. Wikipédia
Le courage, ce n’est pas seulement savoir combattre. C’est aussi savoir, parfois, ne pas tirer.

